L'anonymat politique par Yves Dupeux
"Or, dans l'anonymat de la foule, l'homme est piégé, puisqu'il ne peut en sortir qu'en se montrant par différence avec elle, comme celui qui a un nom, qui certes lui procure une identité, mais individuelle seulement. Pourtant, même séparé de la foule, il court toujours le risque de disparaitre et retourner à l'anonymat de/dans la foule, parce qu'elle demeure une somme d'individus sans forme commune propre: la foule et l'individu renvoient l'un à l'autre. Dès lors, comment l'anonymat peut-il être retenu s'il reste pris dans la massification individualisante que produit la mondialisation capitaliste? Ne faudrait-il pas plutôt revendiquer une résistance politique face à cette massification?
On défendra ici qu'il y a bien une telle résistance politique et qu'elle correspond précisément à ce retour d'un nationalisme aux tendances fascisantes, parce que c'est la seule forme politique qui rassure face à la perte de sens de l'anonymat mondialisé. Ce nationalisme est défini par le repli sécurisant à l'abri de la nation, de la proximité de ces natifs qui composent la nation et que l'on peut aisément reconnaitre comme tels. Si on peut retrouver dans cette attitude les ressorts du fascisme, sa forme politique actuelle ne saurait être comparée aux fascismes des années 1930. Les états-nations d'aujourd'hui s'inscrivent dans une mondialisation qu'ils ne remettent pas en cause et qu'ils n'ont pas davantage pour objectif de dominer le monde. A l'inverse, ils font plutôt partie de la réorganisation du totalitarisme capitaliste qui se sert de leur résistance à la mondialisation pour les mettre en concurrence mondialement les uns contre les autres. Qui mieux que la nation peut en effet mobiliser les forces de résistance individuelles pour les réunir au sein d'une identité capable de résister dans la guerre économique mondiale?"
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