lundi 13 juillet 2026

"Jusqu'à demain" par L'Oublié


I



Il monte dans sa voiture.


Derrière lui, sa maison. 


Il y avait mangé, dormi, sans se préoccuper du décor, du papier qui se décolle. 

Les peintures qui s'écaillent.

Les objets qui se cassent.


Il a toujours fui le regard des autres, tamisé les lumières. 


Il y a 10 ans maintenant qu'il a conduit son épouse au cimetière.


La maison est vide de toutes ses affaires.


- Chantal, elle est là. Des années que tout son bordel me faisait chier. Le voir encore et encore, m'y cogner, que ça tombe partout. Je continuerais à la maudire. J'ai juste besoin de l'aimer. 


Aujourd'hui : Une table, une chaise, un lit, un canapé, une télé et un ordinateur. 

Et encore, une télé, toujours éteinte.


Jamais aucune autre femme n'était entrée dans cette maison. 


Une promesse qu'il s'était faite plus à lui-même qu'à la disparue.



II


A l'accueil de l'hôpital.


- Je viens ici parce que je vais mourir demain.


La femme le regarde étrangement.


- Vous me semblez en parfaite santé.

- Je vais mourir demain.

- Je ne peux rien faire pour vous.

- Je veux parler à votre directeur.

- Allez vous asseoir, je vais voir s’il peut vous recevoir.



Un homme se penche sur lui.


- Monsieur, si vous voulez bien me suivre.

- J'aimerais que vous me confirmiez ce que vous venez de dire à ma collègue.

- Je suis ici car je vais mourir demain.

- Je vais vous garder jusqu'à demain. Vous repartirez dans la journée.


Il est dans sa chambre, il sourit.


Il défait sa valise : un pyjama, une petite trousse de toilette. 

Sur la table, il pose ses dossiers : son plan obsèques, son testament.


Dans le couloir, un étrange manège a lieu. Il ouvre sa porte. Deux infirmières le regardent. Alors qu'il va refermer, il sent qu'on tire sur la jambe de son pantalon. Il baisse les yeux et aperçoit une petite fille.


- Que veux-tu ?

- Parler

- On va s'asseoir ?


Ils s'assoient sur son lit.


- Il paraît que tu es venu ici pour mourir?

- Les nouvelles vont vite ici.

- Tu es là jusqu'à quand ?

- Demain, tout sera fini.

- C'est toi qui a décidé de venir ?

- Oui...Je voulais que ce soit facile pour tout le monde...

- Crois-tu que ce soit vraiment pour les autres que tu aies choisi de venir ici?

- Moi, je n'ai pas choisi de venir et pourtant, je suis là car, dans une semaine au plus, je serais morte...

- Non, ce n'est pas possible...Quelle horreur!...

- Monsieur, pourquoi ma mort serait-elle plus odieuse que la vôtre?

- Tu es toute jeune et tu as l'air intelligente...Ce n'est pas normal...Moi, je suis vieux mais toi, tu ne devrais pas être malade.

- J'ai une leucémie en phase terminale...

- Ma pauvre petite...Ma pauvre petite...

- Il est l'heure que j'aille me coucher monsieur...Viendras-tu demain matin me voir dans ma chambre? Mes parents commencent à la vider.

-Je ne pourrais pas rester longtemps.

-Tu resteras le temps que tu voudras...L'important, c'est que tu viennes me voir.


Elle lui dépose un baiser sur la joue. Il esquisse un mouvement de recul craignant la froideur de la mort. 

II était généreux et chaud. Doux et tendre. Merveilleux et enfantin. 


Voilà, enfantin. 


III



Les bruits dans le couloir s'amplifient.


Il enfile ses chaussons et se dirige vers la chambre de la petite fille. 


Des infirmières entrent et sortent, préoccupées. 


- Que se passe-t-il?

- Retournez dans votre chambre...Elle viendra vous voir plus tard.


Sur son lit, il reste immobile pendant très longtemps. 


Il ne touche pas à son petit déjeuner. 


Il tente la lecture. 


La télévision. 


Rien.


De guerre lasse, il s'endort d'impatience. 


Une légère caresse lui fait ouvrir les yeux.


La petite fille. 



- J'ai vomi du sang. Elles ont eu peur.

-  Comment tu te sens?

- Je suis fatiguée...Il paraît que tu es inquiet ? Je ne vais rester trop longtemps car il faut que je retourne me coucher..

- Je passe te voir cet après-midi.


Elle disparaît.



IV



- Bonjour monsieur.

- Bonjour monsieur le directeur.

- Comment vous sentez-vous?

- Je suis effondré..

- Pouvez-vous me dire pourquoi?

- La petite fille de la chambre voisine

- Nous faisons notre possible, vous savez.

- Aujourd'hui, je sais pourquoi je suis là.


Le repas du midi arrive. Il mange rapidement.


Devant la porte de la petite, il reste tétanisé.


- Alors, on ne rentre pas?

- J'avais peur...j'avais peur...

- Entre.


Ils s'installent l'un en face de l'autre.


- Est-ce que ça te dirait de faire un tour dans le parc ?


L'étrange couple part dans les couloirs. 

L'ascenseur les mène au rez de chaussée.

Un léger vent apaise la chaleur du soleil.


- Depuis combien de temps n'es-tu pas sortie de cet hôpital? 

- Cela fait plusieurs semaines.

- Une balade n'a jamais tué personne.



V



- Vous croyez que c'est intelligent d'être sorti sans prévenir ?

- Nous sommes capables de nous occuper de nous-mêmes...Nous ne sommes pas impotents, nous sommes mourants.

- Elle est mourante. Vous non. Vous êtes en vie.

- Demain, on va aller au cinéma.


Le directeur parti, il s'allonge paisiblement.


VI



Devant la porte de l'enfant, elle le regarde .


- Vous vous êtes fait aussi beau que quelqu'un qui se rend à des obsèques.


Ils rirent tous les deux.


- Aujourd'hui, une journée inoubliable devant nous.


Ils quittent l'hôpital sous les regards du personnel soignant. 


Tous notent l'heure : 14h 06. 



- Retournons nous. On va leur faire un beau sourire. Nous allons rire et manger des bonbons. Une promesse : nous ne mourrons pas aujourd'hui.


Ils arrivent en ville. 


- Que veux-tu aller voir ?

- Kung-fu panda.


Pendant toute la séance, ils pleurent de rire.


Ils s'échangent des mouchoirs. 

Ils se chipent des bonbons. 


C'est toujours en riant qu'ils rentrent. 

Les soignants sont soulagés. 


André et Jeanine s'étreignent fortement. 


Ils retrouvent leur chambre respective.



C'est à 22h14 que les infirmières constatent les 2 décès.


dimanche 12 juillet 2026

"Au-delà" par L'Oublié


I


Elle ne quitte pas la porte des yeux. Elle devrait partir.


Peut-être même n'aurait pas dû venir.


Son maquillage coule. Les clodos la regardent. Eux ne pleurent plus.


De partout, les voix lui parviennent. Des bribes de vie, des souffrances.


La vieille pute fume. Elle écrase son mégot par terre. Elle la regarde. 


Elle baisse les yeux. Elle n'a plus mal. Est-ce encore utile ? 


Elle devrait se lever et dire au planton : 


- Excusez-moi, je me suis trompée. Je pars. 


Elle s'apprête à se lever quand un agent l'appelle et l'invite à le suivre. 


Elle tremble sur ses jambes. Elle sait qu'elle doit de nouveau pleurer. C'est important. 


La sincérité viendra de là.


Il tend une chaise. Elle pose ses fesses au bord, au risque de basculer.


Être ridicule, en plus, comment y survivre ?


- Je vous écoute.


Elle ne pleure plus. Elle doit raconter. Expliquer. Elle le fixe pour demander de l'aide. 


Ne sait-il pas comment cela se passe ? 


Mettre des mots sur de tels actes. 

Revivre ces instants. Retour en flash.


Dire "je suis victime" et attendre en retour, quoi ? 


Il la reconduit à la porte. Elle cherche quelque chose dans son regard. 


Rien. C'est son métier.


Dans la rue, les enfants rient, les mères crient. Les gens marchent vite. Elle gêne, elle est immobile, elle se fait presque insultée.


Demain, son réveil sonnera à sept heures.



II


Il est 19 heures. Il sort du bureau. Face à la porte, de l'autre côté, un banc. La femme est là. Lorsqu'elle l'aperçoit, elle se lève.


Dans son regard, il reconnaît son discours. 


Il va vers elle. Il s'assoit. 


- Je vais voir ce que je peux faire, mais c'est enregistré dans un logiciel national. 


Il la regarde. Elle semble soulagée. 


- On marche ?

- Son procès serait aussi le mien. Je ne serais jamais une véritable victime. Tu le connais le discours, vous avez le même entre vous. 

- Tu me donnes ton numéro, je te dis ce que j'ai pu faire. Demain, je suis du matin. Je rentre.

- Je n'ai plus de chez moi du coup. 

- Viens j'ai un canapé.


Ils se lèveront en même temps. 



III


Sur la table, une tasse fume. Elle s'assoit. Il est debout face à la fenêtre. 


- En partant, vous n'avez qu'à claquer la porte. Je vous appelle.


La porte claque. L'appartement est sobre. 

Un frigo presque vide.

Des boîtes de Mac do dans une poubelle. 

Une vieille photo. Une seule. 


Elle prend une douche, très longue. Elle frotte à se blesser. Elle pleure lorsqu'elle aperçoit son image. 


S'aimer sera dur dorénavant.


Elle se ressert un café. Elle se pose sur le canapé. Elle n'a plus qu'à attendre. 


La sonnerie la sort de sa torpeur. Lorsqu'elle raccroche, son sourire est couvert par ses larmes.


IV


À 14 heures, il quitte le service. Évidemment, elle est là. Elle le regarde. Il plaque un rictus. 


- Voilà, c'est classé. 

- Merci.


Il se lève. Il commence à s'éloigner. Elle lui emboîte le pas.


Il se retourne. 


- Ce n'est pas merci qu'il faut dire. Tu sais que ce n 'est pas une solution. 


Il repart. 


- On n'a plus besoin de se voir. J'ai fait ce que tu m'as demandé. Personne d'autre ne saura : toi, moi et lui. 

- Comment j'ai su que je pouvais compter sur toi ?


Il s'arrête, s'approche d'elle.


- C'est ici que l'on va se dire adieu.


Elle ne bouge plus. Il s'éloigne.


V


On frappe à la porte. Elle est devant lui.


- Je ne peux pas encore retourner chez moi.


Il s'écarte. 


Elle se met dans le canapé. Il sert du café. 


- Ce que tu as fait, ce n'est pas la première fois ?


Il sourit. Elle voit ses yeux s'embuer. 


- Je te laisse, je suis de nuit. Dors un peu. 


La porte claque. La douche est belle. Elle frotte à se blesser. 


L'odeur est encore présente. Le poids d'un corps aussi. 

Elle s'allonge et se perd dans les programmes de la télé.


Il est 1 heure, elle se réveille. Elle a encore mal au ventre. Elle se dirige vers la chambre à la recherche de quoi la soulager. 


Le lit est défait. L'empreinte du corps est encore là. Il y a aussi une odeur charnelle qui traîne. 

Pas de tableau. Pas de photo accrochée.

Un livre qui semble avoir été ouvert il y a très longtemps. Qui ne semble plus intéressant. Il le rangera même pas fini.


Elle ouvre le tiroir de la table de nuit. 

Une photo. 

Une seule. 

Elle semble se reconnaître.


Une inscription, au dos : 


"Je t'aime. Ne m'oublie pas. Je n'y arrive pas."


Elle sort en courant. La photo tombe à terre. 

Le tiroir reste ouvert. 


Elle tombe dans le canapé et se blottit pour pleurer sans être vu de qui que ce soit.


De nouveau, elle se réveille. Il est assis dans le fauteuil. 

La photo dans ses mains. 


Il la regarde et pleure.

Elle aussi.


- C'était ma sœur. Elle aussi avait retiré sa plainte. Je l'ai aidée. Trois mois plus tard, je l'enterrais.


Elle aurait pu se blottir contre lui. Elle resta immobile. 


- Il ne faut pas faire pareil.


La photo tombe à terre et glisse sous le fauteuil. 


Le jour se lève. 

Le café est enfin prêt.


VI


Elle le regarde dormir. Il semble apaisé. Elle pose le café dans la cuisine. 

Elle referme la porte. 


Elle rentre chez elle. La journée s'écoule sans heurt. 


On frappe à la porte. Il est là. Elle le laisse passer.


- Café ?

- Oui.


L'appartement est décoré avec goût. 

Les photos de famille couvrent les murs.


Il prend la tasse entre ses mains. Elle le regarde. 


- Je ne comprends pas pourquoi je suis là...


Elle sourit. 


- On doit chercher une raison ?


Il remarque un livre sur la table. "L'Insoutenable légèreté de l'être".


— Ma sœur adorait Kundera.


Un silence.


— Et toi... tu aimes quoi ?


Il réfléchit longtemps.


— Je n'ai eu que mon métier.


Leurs regards se croisent.










mercredi 8 juillet 2026

"Clos , la lumière rejoint" par L'Oublié





"Clos"


L'incident est clos.


La route longe la rivière, suit les méandres sur plusieurs kilomètres. Il ne s'y passe rien.


L'obscurité commence à tomber. 

C'est la même rivière.


1991. Cette année-là, il faisait chaud. Elle se baignait, nue.


Aujourd'hui, il est sur cette même route qui longe la rivière.


Personne. Il s'arrête. Il fixe le courant.


- Vous m'aviez dit de belles choses cette année-là...


Le banc est toujours aussi inconfortable.


- Je ne saurais plus vous les dire... je vous connais désormais...


Plus loin, l'enseigne se rappelle à lui.

Il rentre. Un coup d'œil sur la salle.


- Monsieur ?

- Je veux la table du fond...


Même serveur débonnaire qui dépose une carte de menu. 


- Pourquoi m'aviez-vous invitée ce jour-là ?

- Vous étiez une possibilité...

- Je vous dépose où ?

- Je ne vais plus nulle part.


Elle se lève, met son gilet et sort.


Le serveur pose le café.


- Aujourd'hui, je représente quoi ?

- Une chaise vide.



Arrivé chez lui, il pose ses clés sur le meuble.


- Qu'as-tu fait mon chéri ?


Il sourit.


Il se demande s'il est ou non un souvenir pour quelqu'un. 


L'incident est clos.


Alors je ferme, moi aussi, la porte des souvenirs


Disparaître "assez". 


L'Oublié 


@@@@@@@@@@@


"La lumière rejoint"


- Ne raccroche pas ! pas question.

Reste au bout de mon fil le plus longtemps possible.

Il se déplace... et moi je pense que tu n'as jamais été rien...

Aujourd'hui, je lui parle... vite... comme on court derrière un train qui quitte le quai... tu t'éloignes... tu t'éloignes... et pourtant la lumière te rejoint...

Reviens... ne me quitte plus... regarde-moi encore... et encore... plus...


Toujours se regarder. Ne rien fixer au loin. 


61 ans. 


Et toujours l'impossible que je combats. 


61 ans.


Et tout est encore à faire. 


61 ans 


Et nous sommes deux à creuser. Deux fissurés.


Nous avons fait le tour. Et l'on se rejoint. 











mardi 7 juillet 2026

"Clos" Par L'Oublié

 





L'incident est clos.


La route longe la rivière, suit les méandres sur plusieurs kilomètres. Il ne s'y passe rien.


L'obscurité commence à tomber. 

C'est la même rivière.


1991. Cette année-là, il faisait chaud. Elle se baignait, nue.


Aujourd'hui, il est sur cette même route qui longe la rivière.


Personne. Il s'arrête. Il fixe le courant.


- Vous m'aviez dit de belles choses cette année-là...


Le banc est toujours aussi inconfortable.


- Je ne saurais plus vous les dire... je vous connais désormais...


Plus loin, l'enseigne se rappelle à lui.

Il rentre. Un coup d'œil sur la salle.


- Monsieur ?

- Je veux la table du fond...


Même serveur débonnaire qui dépose une carte de menu. 


- Pourquoi m'aviez-vous invitée ce jour-là ?

- Vous étiez une possibilité...

- Je vous dépose où ?

- Je ne vais plus nulle part.


Elle se lève, met son gilet et sort.


Le serveur pose le café.


- Aujourd'hui, je représente quoi ?

- Une chaise vide.



Arrivé chez lui, il pose ses clés sur le meuble.


- Qu'as-tu fait mon chéri ?


Il sourit.


Il se demande s'il est ou non un souvenir pour quelqu'un. 


L'incident est clos.


Alors je ferme, moi aussi, la porte des souvenirs


Disparaître "assez". 


L'Oublié 











mercredi 1 juillet 2026

"Entre la boue et le silence" par L'Oublié

 








"Entre la boue et le silence"


"Seul.

Une ligne d'horizon blanche. 

Des formes s'en détachent. 

Rien ne semble bouger.


Les bruits. 

Tous suspects.

Pas de mouvement. 


Il ne fait pas froid. 


Quarante-huit heures.

Sans dormir.

Les muscles sont tous tendus. 


La vigilance doit être au maximum. 


Derrière lui. 

Des chuchotements.

Des petits rires étouffés, des ronflements. 


L'obscurité. 

De temps en temps, des points rouges s'allument. 


Des odeurs lui parviennent. Horribles, humaines.


À peine. 


À peine dans ce trou qu'il a creusé lui-même. 

Avec sa pelle réglementaire.


Trois jours qu'en face rien n'a bougé. 


Trois jours. 


La seule chose à craindre, c'est le lever du jour.

Un sniper. 


Celui qui était là avant lui a pris une balle en plein front.


La peur. 

La peur n'est plus une sensation. Elle est un état. 

Elle est un état qui permet encore de bouger. De raisonner. 


Autrement, plus vite. 


La peur est un vêtement qui colle à la peau. 


Il a plu hier, beaucoup. 


Les pieds dans l'eau. 

Les chaussettes mouillées, le bas du treillis trempé.

Il sent les rats qui lui passent entre les jambes. 


Il regarde le trou qui est à sa gauche.

Il le connaît à peine.

Il vient de la relève d'hier. Il ne connaît pas son prénom. Peut-être allait-il mourir sans qu'il le connaisse un jour? 


Ou lui ? 


À droite, il le connaît, ça fait un mois qu'ils sont ensemble. 


Un mois qu'ils sont chacun dans leur trou. 

Un mois que, parfois, ils se font un petit sourire.

Un sourire sale, comme la boue alentour. 


Ces odeurs. Agressives.

Qui parlent de la vie et de la mort. 

Qui parlent des organes. 


Les derniers ont fini de gémir hier matin. 

Maintenant, la terre ne parle plus. Elle a avalé les cris, les gémissements.


Il tend l'oreille.

Un frottement.


Un deuxième, plus à gauche.

Un autre, encore ailleurs.


Un casque se détache sur l'horizon blanc.


L'alarme est donnée. Une fusée éclairante est lancée.


Un silence.

Horrible.


Les gémissements, la terre de nouveau crie. 


Le dernier est tombé sur sa baïonnette. Un liquide chaud et visqueux coule sur sa main.


Il ne bouge plus. Il pleure. 


Dans deux heures, il sera relevé.


M.A. 30/06/2026

dimanche 28 juin 2026

"Soixante deuxième année " par L'Oublié









               Préface


Je n'ai pas cherché à écrire un livre.


J'ai seulement recueilli ce qui, durant cette soixante-deuxième année, refusait de se taire.


L'Oublié


@@@@@@@@@


Le silence n'est plus une solution.


Il n'est absolument pas question de se rassurer par une croyance.


Je reste athée. 

La peur peut submerger. Je ne crois pas en être exempt.


Notre finitude face à un monde qui, lui, ne finira pas. 


Hypothèse lointaine lorsqu'on est jeune.

Vérité implacable aux derniers instants. 


Je ne l'accepte pas.


@@@@@@@@@


Ceci n'est rien de connu. Rien. 

Ceci est aussi inconnu que je peux l'être à cet âge. 

Au-delà de tout ce qui en peut ressortir.


Le reste se découvrira, jour après jour.


@@@@@@@@@@@


"Baisers à bouche tendue

Comme un sein...


Que l'on tète...


Ta main...

" je partirais si vite

Que je ne suis plus à toi..."


Baisers à bouche gourmande

Comme une interprétation...


Pulsation sourde

Incontrôlable...


Baisers à bouche pulpeuse

Comme un frisson...


Une in-tension...


Sein lourd et blanc

Laiteux 

Sans excuse 

Sans regret...


Un souvenir

à corps reconnaissant...



Moiteur...

Étire la suggestion

Jusqu'à la limite extrême

de la tension...



 est scalpel..."


@@@@@@@@@@



Il reste la place vide du livre qui sera celui que je ne lirai jamais.


Un regret sur le lit de ma mort. Il n'a pas de nom. Pas d'auteur. Il ne sera jamais fini. Il sera constitué de mots que je ne saurais pas lire. Il devra être clamé, hurlé par celui qui me survivra car il sera le livre qui m'accomplira au-delà de ma disparition. 


@@@@@@@@@


La machine souffle une vie. Elle est la sienne. 

Immobile, je ne suis rien, entre ce que je fus et ce que je vais devenir.

C'est un moment de bascule.


Les yeux clos. 

Je ne suis qu'ouïe.

Elle va venir. 


J'avais prévu que dans un coma hypothétique, on viendrait me lire "Le monde d'hier" de Stefan Zweig.


Livre mélancolique. Actes manqués. Et tous ces instants égoïstes qui ont laissé engendrer le pire. 


1000 pages d'un temps long qui ne me laissera pas franchir le pas.


Et puis, je me dis : 


"de quel droit ma non-vie va obliger quelqu'un a venir s'imposer une lecture dont elle n'a pas envie. Jusqu'à peut-être me haïr. Une promesse qui lierait dans la haine celui qu'elle a aimé."


@@@@@@@@@@@


Naître 'être'

Vivre 'être'


Volonté de devenir 

'Autrement qu'être'

L'essence 

Mais bien au-delà de 'l'essence'


@@@@@@@@@@


Pourquoi le nom de Michel Surya me vient quand je pense à la mort ?


C'est de lui que me vient cette volonté de disparaître "assez".


Je la trouve volontiers mienne lorsque mon pseudo d'auteur est : L'Oublié.


Disparaître assez pour ne pas devenir une douleur pour les miens.


@@@@@@@@@


Je n'ai jamais eu les yeux pour le voir 

L'apercevoir 


La conscience de la perte est cette attente à jamais insatisfaite 


Même soixante-deux ans plus tard  


Même soixante-deux ans plus tard 


Derrière moi  

Devant moi   


Je n'ai jamais eu les yeux pour l'apercevoir.


@@@@@@@@


J'aime la tension érotique.

J'aime la tension de sensualité. De l'été.


L'été qui se voit sur les peaux. 

L'été qui déplace les regards.

Qui détourne les regards des visages.

Les couleurs éclatent. 

Les odeurs sont démultipliées.


Je ne sais pourquoi, cela me fait penser à la période covid pendant laquelle, il n'y avait que les yeux que l'on voyait.

Tout était concentré dans les regards. 

Le centre de gravité devenait ce que l'on ressentait dans le regard des autres.

J'ai aimé cette période. J'y ai ressenti de multiples sensations.

Plus que le corps. Que les corps.


Il y en avait même de la violence. L'érotisme sans corps.


@@@@@@@@@@


Lorsque j'ai commencé à sentir la mort approcher, je me suis imposé une règle étrange : si je franchissais la soixantaine, je devrais vivre très vieux.


Comme si cette décennie était un passage.


Pourtant une seule question demeure :


La vie vaut-elle d'être vécue ?


Dois-je vivre ?


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Parfois, encore aujourd'hui, je vois des envies, des tentations. Je ne sais quoi faire, quoi en faire. Lâcheté ? 

Je me rassure, ce n'est pas vrai, cela n'existe que dans ma tête. Mon physique m'a toujours posé problème. Penser que d'autres puissent ressentir de l'assurance semble incongru.


Cette tension érotique sans corps est mon soin palliatif.


@@@@@@@@@@@


Je l'ai déjà dit, je ne l'ai jamais aimé. Mais je vais tenter de me réconcilier avec lui. Finir le parcours en paix. 


Le plus dur sera le visage. Le revoir après tant d'années d'effacement. Chaque miroir que l'on esquive, que l'on retourne. 

Les photos où les films sur lesquels je ne suis pas. 

Mourir assez pour n'avoir rien été.


Laisser quoi à ceux qui vont survivre ? Les visages s'effacent et les photos que personne ne regarde. On tombe dessus par hasard. Il n'existe aucune promesse de cérémonie mémorielle qui ne perdure dans le temps, dans l'érosion de la vie.


Déjà moi, je sais ce que je ne fais pas alors pourquoi vouloir l'imposer aux autres. La vie à la vie, la mort à la mort. 


@@@@@@@@@


Je reste avec cette idée que la reconquête de mon physique passe par une pose nue.


Sans filtre et sans préjugés.


Un miroir ne raconte pas. Il montre. 


Un corps disgracieux, rond.


Un visage que je doute un jour d'aimer. 


@@@@@@@@@


Une chose étrange est arrivée. 

Une carte d'identité à refaire. Un document à remplir.

Mère et père, en donner leurs lieux de naissance.

Pour mon père, je me trompe et je donne celui de mon beau-père. Je persiste dans l'erreur malgré les remarques.


Puis je réalise. 

Puis, je regrette.


Sans vigilance, je me trompe et j'oublie. J'oublie ce que je considère comme le drame d'une vie. 

Depuis l'âge de trois semaines.


Il a, à ce moment-là, disparu une nouvelle fois. 

Par ma faute, cette fois.


Comment me faire pardonner ?


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mardi 16 juin 2026

Opinions multi-fonctions type couteau suisse

 Tout glisse.


Comme le centre glisse à droite, le ps est devenu la gauche du centre, donc la gauche de la droite. 

Comme je dis souvent le PS est le parti de droite le plus à gauche.


Fabien Roussel est au communisme ce que toniglendil (pour ceux qui ont la réf.comme ils disent les jeunes) est a la protection des dents.


La droite dépasse tellement par la droite l'extreme droite, que les électeurs du RN pensent être de gauche. 


Entre les micro-partis, les mono-partis, les sans-parti, les ceusses qui sont partis qu'on sait pas si ils vont revenir, ceux qui viennent jamais de peur que ca se voit, etc. 

L'assemblée nationale n'a de plus de nationale que le nom tellement chacun est son propre électeur de sa propre cause, qui est la bonne, bien sûr.


Ça tombe bien parce que la destinée du pays est pile poil raccord avec un parcours type parcours sup.


Et puis, on y voit ceux qui dorment, qui digèrent, qui sont sur les réseaux sociaux, ceux qui discutent, qui hurlent, qui sifflent, on se croirait à une récré dans une cour d'école.


J'avais oublié ceux qui sont sans étiquette, ceux qui ne connaissent pas celle du jour puisque c'est pas la même que celle de la veille, ceux dont l'étiquette ne colle plus, et ceux qui ne collent plus avec leur étiquette...


Dans le chaos, il y en a qui bossent réellement, mais on les montre pas, il pourrait faire de l'ombre aux autres.


Et là dedans, on se demande ce que l'on peut devenir, nous, petits français de base, avec nos petits soucis bien mesquins et tout égoïste alors qu'il en va de l'histoire glorieuse de la France ?


M.A. 16/06/2026