Préface
Je n'ai pas cherché à écrire un livre.
J'ai seulement recueilli ce qui, durant cette soixante-deuxième année, refusait de se taire.
L'Oublié
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Le silence n'est plus une solution.
Il n'est absolument pas question de se rassurer par une croyance.
Je reste athée.
La peur peut submerger. Je ne crois pas en être exempt.
Notre finitude face à un monde qui, lui, ne finira pas.
Hypothèse lointaine lorsqu'on est jeune.
Vérité implacable aux derniers instants.
Je ne l'accepte pas.
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Ceci n'est rien de connu. Rien.
Ceci est aussi inconnu que je peux l'être à cet âge.
Au-delà de tout ce qui en peut ressortir.
Le reste se découvrira, jour après jour.
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"Baisers à bouche tendue
Comme un sein...
Que l'on tète...
Ta main...
" je partirais si vite
Que je ne suis plus à toi..."
Baisers à bouche gourmande
Comme une interprétation...
Pulsation sourde
Incontrôlable...
Baisers à bouche pulpeuse
Comme un frisson...
Une in-tension...
Sein lourd et blanc
Laiteux
Sans excuse
Sans regret...
Un souvenir
à corps reconnaissant...
Moiteur...
Étire la suggestion
Jusqu'à la limite extrême
de la tension...
est scalpel..."
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Il reste la place vide du livre qui sera celui que je ne lirai jamais.
Un regret sur le lit de ma mort. Il n'a pas de nom. Pas d'auteur. Il ne sera jamais fini. Il sera constitué de mots que je ne saurais pas lire. Il devra être clamé, hurlé par celui qui me survivra car il sera le livre qui m'accomplira au-delà de ma disparition.
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La machine souffle une vie. Elle est la sienne.
Immobile, je ne suis rien, entre ce que je fus et ce que je vais devenir.
C'est un moment de bascule.
Les yeux clos.
Je ne suis qu'ouïe.
Elle va venir.
J'avais prévu que dans un coma hypothétique, on viendrait me lire "Le monde d'hier" de Stefan Zweig.
Livre mélancolique. Actes manqués. Et tous ces instants égoïstes qui ont laissé engendrer le pire.
1000 pages d'un temps long qui ne me laissera pas franchir le pas.
Et puis, je me dis :
"de quel droit ma non-vie va obliger quelqu'un a venir s'imposer une lecture dont elle n'a pas envie. Jusqu'à peut-être me haïr. Une promesse qui lierait dans la haine celui qu'elle a aimé."
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Naître 'être'
Vivre 'être'
Volonté de devenir
'Autrement qu'être'
L'essence
Mais bien au-delà de 'l'essence'
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Pourquoi le nom de Michel Surya me vient quand je pense à la mort ?
C'est de lui que me vient cette volonté de disparaître "assez".
Je la trouve volontiers mienne lorsque mon pseudo d'auteur est : L'Oublié.
Disparaître assez pour ne pas devenir une douleur pour les miens.
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Je n'ai jamais eu les yeux pour le voir
L'apercevoir
La conscience de la perte est cette attente à jamais insatisfaite
Même soixante-deux ans plus tard
Même soixante-deux ans plus tard
Derrière moi
Devant moi
Je n'ai jamais eu les yeux pour l'apercevoir.
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J'aime la tension érotique.
J'aime la tension de sensualité. De l'été.
L'été qui se voit sur les peaux.
L'été qui déplace les regards.
Qui détourne les regards des visages.
Les couleurs éclatent.
Les odeurs sont démultipliées.
Je ne sais pourquoi, cela me fait penser à la période covid pendant laquelle, il n'y avait que les yeux que l'on voyait.
Tout était concentré dans les regards.
Le centre de gravité devenait ce que l'on ressentait dans le regard des autres.
J'ai aimé cette période. J'y ai ressenti de multiples sensations.
Plus que le corps. Que les corps.
Il y en avait même de la violence. L'érotisme sans corps.
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Lorsque j'ai commencé à sentir la mort approcher, je me suis imposé une règle étrange : si je franchissais la soixantaine, je devrais vivre très vieux.
Comme si cette décennie était un passage.
Pourtant une seule question demeure :
La vie vaut-elle d'être vécue ?
Dois-je vivre ?
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Parfois, encore aujourd'hui, je vois des envies, des tentations. Je ne sais quoi faire, quoi en faire. Lâcheté ?
Je me rassure, ce n'est pas vrai, cela n'existe que dans ma tête. Mon physique m'a toujours posé problème. Penser que d'autres puissent ressentir de l'assurance semble incongru.
Cette tension érotique sans corps est mon soin palliatif.
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Je l'ai déjà dit, je ne l'ai jamais aimé. Mais je vais tenter de me réconcilier avec lui. Finir le parcours en paix.
Le plus dur sera le visage. Le revoir après tant d'années d'effacement. Chaque miroir que l'on esquive, que l'on retourne.
Les photos où les films sur lesquels je ne suis pas.
Mourir assez pour n'avoir rien été.
Laisser quoi à ceux qui vont survivre ? Les visages s'effacent et les photos que personne ne regarde. On tombe dessus par hasard. Il n'existe aucune promesse de cérémonie mémorielle qui ne perdure dans le temps, dans l'érosion de la vie.
Déjà moi, je sais ce que je ne fais pas alors pourquoi vouloir l'imposer aux autres. La vie à la vie, la mort à la mort.
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Je reste avec cette idée que la reconquête de mon physique passe par une pose nue.
Sans filtre et sans préjugés.
Un miroir ne raconte pas. Il montre.
Un corps disgracieux, rond.
Un visage que je doute un jour d'aimer.
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Une chose étrange est arrivée.
Une carte d'identité à refaire. Un document à remplir.
Mère et père, en donner leurs lieux de naissance.
Pour mon père, je me trompe et je donne celui de mon beau-père. Je persiste dans l'erreur malgré les remarques.
Puis je réalise.
Puis, je regrette.
Sans vigilance, je me trompe et j'oublie. J'oublie ce que je considère comme le drame d'une vie.
Depuis l'âge de trois semaines.
Il a, à ce moment-là, disparu une nouvelle fois.
Par ma faute, cette fois.
Comment me faire pardonner ?
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