dimanche 24 mai 2026

"Zombies" Par L’Oublié

 A la terrasse des morts

(La gueule dans le sable)

Les zombis gravitent,

(L'enfant OQTF git)

Liqueur en mains;

(De quel droit est il la?).


Dis moi qui nous sommes

Tous zombies

Lorsqu'on bouffe les images.


Nous n'avons plus de nom

(On s'en fout du sien)

On bouffe les massacres

Inonde nous les écrans de Bataclan

Fais nous jouir du pathos,

Enivre nous d'heroisme televisuel 

Quand je n'aime pas, je pleure en commande.


Pleurez pour ne plus aimer

Pleurez comme ils me violent

Je bouffe à toutes les écuelles.

Priez pour nous Dieu

Nous sommes aussi morts que toi.


Inopportun de rien,

Inopportun de trop, 


De pas d'assez...


M.A. 24/05/26





"L'échange symbolique et la mort" par Jean Baudrillard

 "Ainsi de la prise d'otages. Au plan symbolique, qui est celui du sacrifice, et d'où toute considération morale d'innocence des victimes est exclue, l'otage est le subsitut, l'alter ego du "terroriste" - sa mort est là pour celle du terroriste, elles peuvent d'ailleurs se confondre dans le même acte sacrificiel. L'enjeu est celui d'une mort, sans négociation possible, et qui fonctionne renvoie à une surenchère obligée. Bien sûr, tout le système de la négociation tente de se déployer, et les terroristes eux-mêmes entrent souvent dans ce scénario d'échanges, en termes d'équivalence calculée ( la vie des otages contre telle rançon, ou libération, voire pour le prestige seule de l'operation). Sous cet angle, la prise d'otages n'est pas originale du tout, elle crée simplement un rapport de forces imprevu, ponctuel, soluble par la violence traditionnelle ou la négociation. C est une action tactique. Mais autre chose est en jeu, et on a bien vu ce qu'il en était à la Haye, au cours de 10 jours de négociations incroyables : personne ne savait ce qui pouvait se négocier, ni ne s'accordait sur les termes ou sur les équivalences possibles de l'échange. Ou encore si elles se formulent, les exigences des terroristes sont telles qu'elles équivalent à un déni radical de négociations. Et c'est bien là ce qui se joue : l'impossibilité de toute négociation, et donc le passage à l'ordre symbolique, qui ignore totalement ce genre de calcul et d'échange ( le système lui ne vit que de négociation fut ce dans l'équilibre de la violence). A cette irruption du symbolique (qui est la chose la plus grave qui puisse lui arriver et la seule "révolution" au fond), le système ne peut, ne sait répondre que par la mort physique, la mort réelle des terroristes - mais ceci est sa défaite puisque cette mort était justement leur enjeu, et que, ce faisant, le système n'a fait que s'empaler sur sa propre violence, sans véritablement répondre au défi qui lui a été lancé. Car toute mort est facilement computable dans le système, même les boucheries guerrières, mais pas la mort- défi, la mort symbolique, car celle-ci n'a plus d'équivalent comptable - elle ouvre sur une surenchère inexpiable autrement que par une mort en retour".


"C'est pourquoi la prise d'otages et d'autres actes semblables ressuscitent quelque chose de fascinant : ils sont à la fois pour le système un miroir exorbitant de sa propre violence répressive, et le modèle d'une violence symbolique qui lui est interdite, de la seule violence qu'il ne puisse exercer : celle de sa propre mort."


"Le travail est une mort lente. On l'entend généralement dans le sens de l'exténuation physique. Mais il faut l'entendre autrement. Le travail ne s'oppose pas comme une sorte de mort à l'accomplissement de la vie, ça, c'est la vision idéaliste. Le travail s'oppose comme une mort lente à la mort violente. Ça, c'est la réalité symbolique. Le travail s'oppose comme mort différée à la mort immédiate du sacrifice. Contre toute vision pieuse et "révolutionnaire", du type, le travail ou la culture, c'est l'inverse de la vie. Il faut maintenir que la seule alternative au travail n'est pas le "temps libre" ou le "non travail", c'est le sacrifice. Tout ceci s'éclaire dans la généalogie de l'esclave. D'abord, le prisonnier de guerre est purement et simplement mis à mort. C'est un honore que l'on lui fait. Puis il est épargné et conservé (=servus) à titre de butin et de bien de prestige. Il devient esclave et passe dans la domesticité somptuaire. C'est bien après seulement qu'il passe au labeur servile. Ce n'est pourtant pas encore un travailleur car le travail n'apparaît que dans la phase du cerf et de l'esclave émancipé, enfin libéré de l'hypothèque de la mise à mort et libérer précisément pour le travail. Le travail s'inspire donc partout de la mort différée. Il est de la mort différée, lente ou violente immédiate ou différée, la scansion de la mort est décisive, c'est elle qui distingue radicalement deux types d'organisations, celles de l'économie, celle du sacrifice. Nous vivons irréversiblement dans la 1re, qui n'a cessé de s'enraciner dans la différence de la mort. Le scénario n'a jamais changé. Celui qui travaille reste celui qu'on n'a pas mis à mort, à qui est refusé cet honneur, et le travail est d'abord le signe de cette abjection de n'être jugé digne que de la vie. Le capital exploité le travailleur à mort. Paradoxalement, le pire qui leur inflige est de leur refuser la mort. C'est de différer leur mort qu'il est fait esclave et les veut à l'abjection indéfinie de la vie dans le travail. Dans cette relation symbolique, la substance du travail et de l'exploitation est indifférente. Le pouvoir du maître, lui, veut d'abord toujours de se suspendre de mort. Le pouvoir n'est donc jamais à l'inverse de ce qu'on imagine celui de mettre à mort mais juste à l'inverse, celui de laisser la vie. Une vie que l'esclave n'a pas le droit de rendre. Le maître confisque la mort de l'autre et garde le droit de risquer la sienne propre. Cela est refusé à l'esclave qui est voué à la vie sans retour et donc sans expiation possible. En l'otant à la mort, le maître hôte l'esclave à la circulation des biens symboliques. C'est la violence qui lui fait et qui voue l'autre à la force de travail. C'est là le secret du pouvoir. Égale dans la dialectique du maître et de l'esclave, fait dériver aussi la domination du maître de la menace de mort diférée sur l'esclave. Travail production, exploitation ne seront que l'un des avatars possibles de cette structure de pouvoir, qui est une structure de mort."


"Je fais l'hypothèse qu'il n'y a jamais eu de véritable lutte de classe que sur la base de cette discrimination. La lutte des sous-hommes contre leur statut de bête, contre l'objection de cette coupure de caste qui les voue à la sous-humanité du travail. C'est derrière chaque grève, chaque révolte, aujourd'hui encore derrière les actions les plus salariales, leur virolence vient de là. Ceci dit le prolétaire est aujourd'hui un être normal, le travailleur a été promu à la dignité d'être humain à part entière. À ce travailleur, il reprend toutes les discriminations dominantes à son compte. Il est raciste, sexiste, répressif. Par rapport au déviant actuel, aux discriminés de tous ordres, il est du même côté que la bourgeoisie du côté de l'humain, du côté du normal. Tant il est vrai que la loi fondamentale de cette société n'est pas la loi de l'exploitation, mais le code de la normalité."


"C'est parce que toute la sphère de l'économie, et désamorcer que tout peut se dire en termes d'économie politique et de production. L'économie devient le discours explicit de toute une société. La vulgate de toute analyse est de préférence dans sa variante marxiste. Aujourd'hui tous les idéologues ont trouvé leur langue maternelle dans l'économie politique. Tous les sociologues, humans scientits, etc, virent au marxisme comme discours de référence, même les chrétiens, surtout les chrétiens, bien sûr. C'est toute la nouvelle gauche divine qui se lève tout est devenu politique et idéologique aussi par la même opération d'intégration sans rivage. Le fait divers est politique, le sport est politique, l'art n'en parlons pas. La raison est partout du côté de la lutte de classe, tout le discours latent du capital est devenu manifeste et on note partout une jubilation certaine dans cette assomption de la "vérité". 

 

jeudi 21 mai 2026

"La chaise" Par L'Oublié




La maison vide.

Devant, une chaise.


Il faut la replacer chaque matin dans ses empreintes.


Le lierre au mur.

Les volets qui pendent.

La terrasse moisie, verte.

Dessus, les traces.


Devant, elle est immobile.

Elle regarde.


Derrière la maison, il reste la vieille balançoire à la peinture écaillée. 

Sa sœur y prenait tous les risques.



La journée passe.


Rien ne reste.

La chaise vide.

La maison qui tombe.

Le lierre.

La terrasse verte.


Elle repart.

Les voisins la connaissent.


Demain.


"Inconnue à l'adresse" par L'Oublié

  ‌version definitive "Inconnue à l'adresse".



I


 


"Vas-tu revenir ?"



Le dernier mot tombe derrière la porte. De l'autre côté, elle est sur le ventre, lascive, endormie ou...


Les verres renversés. 

Les assiettes sales dans l'évier.

Il n'avait jamais aimé le portrait au mur.


Revenir ?


Revenir est un piège. Aujourd'hui, elle n'a pas su dire oui.


Les cerisiers meurent en longs tapis roses.


Dans le jardin, la pelouse n'est toujours pas tondue. Il n'a jamais réparé la penderie. Rien ne tient plus.


"Vas-tu revenir ?"


Remonter le temps, retrouver l’âge de l'appel. Ces moments qui n'étaient qu'à eux. Ne rien dire a créé une tension.



"Vas-tu revenir ?"



Il ne fallait pas qu’elle devienne plus femme. 


Il marche, il n'a plus froid. Le tapis rose le recouvre.


Au bout de l’allée, un dernier cerisier résiste encore, en pleine floraison.


"Nous ne pouvions pas ne pas répondre à ce que nous nous étions promis."


Il connait la voix. La main qu’elle aurait posée dans la sienne l’aurait apaisé. Mais elle reste vide. 


"Vas-tu revenir ?"


Il avait enfin répondu à son appel.


Il est seul.


Il fallait faire demi-tour. Les taches rouges sur les fleurs, il les voit.


Il faut accélérer.


Après des minutes de recherche, la maison a disparu. Dans l’allée, plus de cerisiers.


Seulement des arbres agonisants.


Rien d’autre.


Plus de traces.


II



Au réveil: un constat, il est biologiquement vivant. Sinon.


Une porte ouverte, un lit, une lumière. Sur le lit, des draps ensanglantés. 


Il veut garder ses repères.


Le bruit des clefs le réveille. L'habitude, le corps ne frémit plus. Les pas se rapprochent. La porte ne s'ouvre pas. Ils s'éloignent.


Maintenant sur sa chaise, il est immobile.

 

Encore des clés.


La lumière tombe enfin sur le sol. Il va pouvoir s'allonger. 


Un souvenir de cerisier. Le garder vivace pour survivre.


Il n'a ni occupation, ni passion. Juste, l'attente. Encore une journée qu'il va devoir se justifier.


Trois ans déjà qu'il survit ainsi.


De son lit, il aperçoit le café froid sur la table. Il le réchauffera demain. 


Les cerisiers. Ils ne sont plus que souvenir. 


Des clés résonnent encore parfois. Alentours, des murs, du grillage, des filets. Ici, on n'étouffe pas assez. Pas assez vite. 


Il se dit : "De là où je suis, on ne s'évade pas".


Il se rendort.


III



Un matin comme un autre. Des clés, des pleurs lointains qui ricochent sur les murs. Les peurs qui s'immiscent partout.


Une pulsion : Relire sa toute dernière lettre. Les yeux brillent un peu plus.

 

Il lui a écrit les "je t'aime" qu'il croyait qu'elle attendait.


Sur l'enveloppe, "inconnue à l'adresse". La lettre n'a eu aucune existence pour elle. Pourtant, il les avait écrits, ces mots.


IV


Dans cette pièce close, ils tournent dans la lumière et racontent. Il ne reconnaît pas le décor décrit. Ils montrent aussi des photos. Il ne la reconnaît pas.


Il doit écrire pour la décrire au mieux. Les mots sont les mêmes que ceux quand ils parlent de l'autre personne. Celle-là, il n'aurait pu l'aimer. Jamais.


La lumière n'est plus aussi présente. Il doit finir. Il retient son souffle. Il faut parler de son parfum. Une odeur revient - presque douce.



A présent, elle fuit tous les espaces. Il tente de la retenir.


Quelque chose tombe.



Plus rien.


V

 

Son journal rose. Ils lisent les mots. Ils détruisent sa vérité.


Vouloir le détruire, il la perd encore.


Désirer le lire, elle n'avait jamais été sienne.

 


A chaque clarté, il lui disparaît.

Et réciproquement.






"Couloir" par L'Oublié



I


Les 2 individus se font face. Se font silence. Ils cherchent un langage. Ils évoluent dans celui-ci.


La radio est devant la porte qui s'entrouvre.  


La radio disparaît.

Un livre reste.


Ils ne se regardent pas. Ils se croisent. Le jeu est timide. Souvent, elle attend qu'il sorte pour sortir elle aussi.


Le livre est ramassé. Le titre : "Madame Edwarda" . 

Le regard suit l'homme. Il disparaît. 


La nuit, il sort dans le couloir. Il observe la porte en face à la recherche d'une lumière.


La radio a réapparu. La station a changé. Radio nostalgie. Elle laisse passer une chanson. "Je t'aime".  


Un autre livre est posé à côté : "On ne badine pas avec l'amour".


En rentrant chez lui, parfois, il colle son oreille. Il entend le bruit de la vaisselle. La télé fait un fond sonore. Il rentre chez lui comme s'il avait passé une soirée avec une amie. 

Il pense à l'inviter.


Un livre attend : "Le monde des amants/l'éternel retour".


Le couloir demeure vide.


Des jours. Sans rien. 


La radio, les livres, le parfum. Elle a tout emporté en partant. Sans le prévenir.


Le couloir demeurera vide. 


II


Quelqu'un frappe à sa porte. Il ouvre. Elle est devant lui, elle lui tend un livre.


- Il est à vous.


Il s'écarte pour l'inviter à rentrer. 


Un appartement d'homme. Seul. Un canapé avec un plaid et des miettes. Une assiette sale sur la table basse. 


- Vous avez déménagé.

- Je suis revenue vous rendre votre livre.

- Vous avez déménagé. Ça m'a fait drôle.

- Je le pose là. Je dois repartir.


Elle se dirige vers la porte. 


- un thé ou un café ? 


Elle s'arrête. 


- Une autre fois.



III


Il ouvre la porte.


- Un thé.


La surprise. Il s'écarte pour la laisser passer.


Toujours le canapé avec son plaid plein de miettes.

Les assiettes s'empilent sur la table basse. La télé est allumée.


- Installez-vous.


Il revient avec une tasse fumante. Elle a poussé le plaid. Elle a rassemblé les miettes. 


- Vous permettez ? 


Elle pousse les assiettes pour poser sa tasse.


- Pourquoi avez-vous déménagé ?


En partant, elle ne se retourne pas.