mercredi 8 juillet 2026

"Clos , la lumière rejoint" par L'Oublié





"Clos"


L'incident est clos.


La route longe la rivière, suit les méandres sur plusieurs kilomètres. Il ne s'y passe rien.


L'obscurité commence à tomber. 

C'est la même rivière.


1991. Cette année-là, il faisait chaud. Elle se baignait, nue.


Aujourd'hui, il est sur cette même route qui longe la rivière.


Personne. Il s'arrête. Il fixe le courant.


- Vous m'aviez dit de belles choses cette année-là...


Le banc est toujours aussi inconfortable.


- Je ne saurais plus vous les dire... je vous connais désormais...


Plus loin, l'enseigne se rappelle à lui.

Il rentre. Un coup d'œil sur la salle.


- Monsieur ?

- Je veux la table du fond...


Même serveur débonnaire qui dépose une carte de menu. 


- Pourquoi m'aviez-vous invitée ce jour-là ?

- Vous étiez une possibilité...

- Je vous dépose où ?

- Je ne vais plus nulle part.


Elle se lève, met son gilet et sort.


Le serveur pose le café.


- Aujourd'hui, je représente quoi ?

- Une chaise vide.



Arrivé chez lui, il pose ses clés sur le meuble.


- Qu'as-tu fait mon chéri ?


Il sourit.


Il se demande s'il est ou non un souvenir pour quelqu'un. 


L'incident est clos.


Alors je ferme, moi aussi, la porte des souvenirs


Disparaître "assez". 


L'Oublié 


@@@@@@@@@@@


"La lumière rejoint"


- Ne raccroche pas ! pas question.

Reste au bout de mon fil le plus longtemps possible.

Il se déplace... et moi je pense que tu n'as jamais été rien...

Aujourd'hui, je lui parle... vite... comme on court derrière un train qui quitte le quai... tu t'éloignes... tu t'éloignes... et pourtant la lumière te rejoint...

Reviens... ne me quitte plus... regarde-moi encore... et encore... plus...


Toujours se regarder. Ne rien fixer au loin. 


61 ans. 


Et toujours l'impossible que je combats. 


61 ans.


Et tout est encore à faire. 


61 ans 


Et nous sommes deux à creuser. Deux fissurés.


Nous avons fait le tour. Et l'on se rejoint. 











mardi 7 juillet 2026

"Clos" Par L'Oublié

 





L'incident est clos.


La route longe la rivière, suit les méandres sur plusieurs kilomètres. Il ne s'y passe rien.


L'obscurité commence à tomber. 

C'est la même rivière.


1991. Cette année-là, il faisait chaud. Elle se baignait, nue.


Aujourd'hui, il est sur cette même route qui longe la rivière.


Personne. Il s'arrête. Il fixe le courant.


- Vous m'aviez dit de belles choses cette année-là...


Le banc est toujours aussi inconfortable.


- Je ne saurais plus vous les dire... je vous connais désormais...


Plus loin, l'enseigne se rappelle à lui.

Il rentre. Un coup d'œil sur la salle.


- Monsieur ?

- Je veux la table du fond...


Même serveur débonnaire qui dépose une carte de menu. 


- Pourquoi m'aviez-vous invitée ce jour-là ?

- Vous étiez une possibilité...

- Je vous dépose où ?

- Je ne vais plus nulle part.


Elle se lève, met son gilet et sort.


Le serveur pose le café.


- Aujourd'hui, je représente quoi ?

- Une chaise vide.



Arrivé chez lui, il pose ses clés sur le meuble.


- Qu'as-tu fait mon chéri ?


Il sourit.


Il se demande s'il est ou non un souvenir pour quelqu'un. 


L'incident est clos.


Alors je ferme, moi aussi, la porte des souvenirs


Disparaître "assez". 


L'Oublié 











mercredi 1 juillet 2026

"Entre la boue et le silence" par L'Oublié

 








"Entre la boue et le silence"


"Seul.

Une ligne d'horizon blanche. 

Des formes s'en détachent. 

Rien ne semble bouger.


Les bruits. 

Tous suspects.

Pas de mouvement. 


Il ne fait pas froid. 


Quarante-huit heures.

Sans dormir.

Les muscles sont tous tendus. 


La vigilance doit être au maximum. 


Derrière lui. 

Des chuchotements.

Des petits rires étouffés, des ronflements. 


L'obscurité. 

De temps en temps, des points rouges s'allument. 


Des odeurs lui parviennent. Horribles, humaines.


À peine. 


À peine dans ce trou qu'il a creusé lui-même. 

Avec sa pelle réglementaire.


Trois jours qu'en face rien n'a bougé. 


Trois jours. 


La seule chose à craindre, c'est le lever du jour.

Un sniper. 


Celui qui était là avant lui a pris une balle en plein front.


La peur. 

La peur n'est plus une sensation. Elle est un état. 

Elle est un état qui permet encore de bouger. De raisonner. 


Autrement, plus vite. 


La peur est un vêtement qui colle à la peau. 


Il a plu hier, beaucoup. 


Les pieds dans l'eau. 

Les chaussettes mouillées, le bas du treillis trempé.

Il sent les rats qui lui passent entre les jambes. 


Il regarde le trou qui est à sa gauche.

Il le connaît à peine.

Il vient de la relève d'hier. Il ne connaît pas son prénom. Peut-être allait-il mourir sans qu'il le connaisse un jour? 


Ou lui ? 


À droite, il le connaît, ça fait un mois qu'ils sont ensemble. 


Un mois qu'ils sont chacun dans leur trou. 

Un mois que, parfois, ils se font un petit sourire.

Un sourire sale, comme la boue alentour. 


Ces odeurs. Agressives.

Qui parlent de la vie et de la mort. 

Qui parlent des organes. 


Les derniers ont fini de gémir hier matin. 

Maintenant, la terre ne parle plus. Elle a avalé les cris, les gémissements.


Il tend l'oreille.

Un frottement.


Un deuxième, plus à gauche.

Un autre, encore ailleurs.


Un casque se détache sur l'horizon blanc.


L'alarme est donnée. Une fusée éclairante est lancée.


Un silence.

Horrible.


Les gémissements, la terre de nouveau crie. 


Le dernier est tombé sur sa baïonnette. Un liquide chaud et visqueux coule sur sa main.


Il ne bouge plus. Il pleure. 


Dans deux heures, il sera relevé.


M.A. 30/06/2026

dimanche 28 juin 2026

"Soixante deuxième année " par L'Oublié









               Préface


Je n'ai pas cherché à écrire un livre.


J'ai seulement recueilli ce qui, durant cette soixante-deuxième année, refusait de se taire.


L'Oublié


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Le silence n'est plus une solution.


Il n'est absolument pas question de se rassurer par une croyance.


Je reste athée. 

La peur peut submerger. Je ne crois pas en être exempt.


Notre finitude face à un monde qui, lui, ne finira pas. 


Hypothèse lointaine lorsqu'on est jeune.

Vérité implacable aux derniers instants. 


Je ne l'accepte pas.


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Ceci n'est rien de connu. Rien. 

Ceci est aussi inconnu que je peux l'être à cet âge. 

Au-delà de tout ce qui en peut ressortir.


Le reste se découvrira, jour après jour.


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"Baisers à bouche tendue

Comme un sein...


Que l'on tète...


Ta main...

" je partirais si vite

Que je ne suis plus à toi..."


Baisers à bouche gourmande

Comme une interprétation...


Pulsation sourde

Incontrôlable...


Baisers à bouche pulpeuse

Comme un frisson...


Une in-tension...


Sein lourd et blanc

Laiteux 

Sans excuse 

Sans regret...


Un souvenir

à corps reconnaissant...



Moiteur...

Étire la suggestion

Jusqu'à la limite extrême

de la tension...



 est scalpel..."


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Il reste la place vide du livre qui sera celui que je ne lirai jamais.


Un regret sur le lit de ma mort. Il n'a pas de nom. Pas d'auteur. Il ne sera jamais fini. Il sera constitué de mots que je ne saurais pas lire. Il devra être clamé, hurlé par celui qui me survivra car il sera le livre qui m'accomplira au-delà de ma disparition. 


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La machine souffle une vie. Elle est la sienne. 

Immobile, je ne suis rien, entre ce que je fus et ce que je vais devenir.

C'est un moment de bascule.


Les yeux clos. 

Je ne suis qu'ouïe.

Elle va venir. 


J'avais prévu que dans un coma hypothétique, on viendrait me lire "Le monde d'hier" de Stefan Zweig.


Livre mélancolique. Actes manqués. Et tous ces instants égoïstes qui ont laissé engendrer le pire. 


1000 pages d'un temps long qui ne me laissera pas franchir le pas.


Et puis, je me dis : 


"de quel droit ma non-vie va obliger quelqu'un a venir s'imposer une lecture dont elle n'a pas envie. Jusqu'à peut-être me haïr. Une promesse qui lierait dans la haine celui qu'elle a aimé."


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Naître 'être'

Vivre 'être'


Volonté de devenir 

'Autrement qu'être'

L'essence 

Mais bien au-delà de 'l'essence'


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Pourquoi le nom de Michel Surya me vient quand je pense à la mort ?


C'est de lui que me vient cette volonté de disparaître "assez".


Je la trouve volontiers mienne lorsque mon pseudo d'auteur est : L'Oublié.


Disparaître assez pour ne pas devenir une douleur pour les miens.


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Je n'ai jamais eu les yeux pour le voir 

L'apercevoir 


La conscience de la perte est cette attente à jamais insatisfaite 


Même soixante-deux ans plus tard  


Même soixante-deux ans plus tard 


Derrière moi  

Devant moi   


Je n'ai jamais eu les yeux pour l'apercevoir.


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J'aime la tension érotique.

J'aime la tension de sensualité. De l'été.


L'été qui se voit sur les peaux. 

L'été qui déplace les regards.

Qui détourne les regards des visages.

Les couleurs éclatent. 

Les odeurs sont démultipliées.


Je ne sais pourquoi, cela me fait penser à la période covid pendant laquelle, il n'y avait que les yeux que l'on voyait.

Tout était concentré dans les regards. 

Le centre de gravité devenait ce que l'on ressentait dans le regard des autres.

J'ai aimé cette période. J'y ai ressenti de multiples sensations.

Plus que le corps. Que les corps.


Il y en avait même de la violence. L'érotisme sans corps.


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Lorsque j'ai commencé à sentir la mort approcher, je me suis imposé une règle étrange : si je franchissais la soixantaine, je devrais vivre très vieux.


Comme si cette décennie était un passage.


Pourtant une seule question demeure :


La vie vaut-elle d'être vécue ?


Dois-je vivre ?


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Parfois, encore aujourd'hui, je vois des envies, des tentations. Je ne sais quoi faire, quoi en faire. Lâcheté ? 

Je me rassure, ce n'est pas vrai, cela n'existe que dans ma tête. Mon physique m'a toujours posé problème. Penser que d'autres puissent ressentir de l'assurance semble incongru.


Cette tension érotique sans corps est mon soin palliatif.


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Je l'ai déjà dit, je ne l'ai jamais aimé. Mais je vais tenter de me réconcilier avec lui. Finir le parcours en paix. 


Le plus dur sera le visage. Le revoir après tant d'années d'effacement. Chaque miroir que l'on esquive, que l'on retourne. 

Les photos où les films sur lesquels je ne suis pas. 

Mourir assez pour n'avoir rien été.


Laisser quoi à ceux qui vont survivre ? Les visages s'effacent et les photos que personne ne regarde. On tombe dessus par hasard. Il n'existe aucune promesse de cérémonie mémorielle qui ne perdure dans le temps, dans l'érosion de la vie.


Déjà moi, je sais ce que je ne fais pas alors pourquoi vouloir l'imposer aux autres. La vie à la vie, la mort à la mort. 


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Je reste avec cette idée que la reconquête de mon physique passe par une pose nue.


Sans filtre et sans préjugés.


Un miroir ne raconte pas. Il montre. 


Un corps disgracieux, rond.


Un visage que je doute un jour d'aimer. 


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Une chose étrange est arrivée. 

Une carte d'identité à refaire. Un document à remplir.

Mère et père, en donner leurs lieux de naissance.

Pour mon père, je me trompe et je donne celui de mon beau-père. Je persiste dans l'erreur malgré les remarques.


Puis je réalise. 

Puis, je regrette.


Sans vigilance, je me trompe et j'oublie. J'oublie ce que je considère comme le drame d'une vie. 

Depuis l'âge de trois semaines.


Il a, à ce moment-là, disparu une nouvelle fois. 

Par ma faute, cette fois.


Comment me faire pardonner ?


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mardi 16 juin 2026

Opinions multi-fonctions type couteau suisse

 Tout glisse.


Comme le centre glisse à droite, le ps est devenu la gauche du centre, donc la gauche de la droite. 

Comme je dis souvent le PS est le parti de droite le plus à gauche.


Fabien Roussel est au communisme ce que toniglendil (pour ceux qui ont la réf.comme ils disent les jeunes) est a la protection des dents.


La droite dépasse tellement par la droite l'extreme droite, que les électeurs du RN pensent être de gauche. 


Entre les micro-partis, les mono-partis, les sans-parti, les ceusses qui sont partis qu'on sait pas si ils vont revenir, ceux qui viennent jamais de peur que ca se voit, etc. 

L'assemblée nationale n'a de plus de nationale que le nom tellement chacun est son propre électeur de sa propre cause, qui est la bonne, bien sûr.


Ça tombe bien parce que la destinée du pays est pile poil raccord avec un parcours type parcours sup.


Et puis, on y voit ceux qui dorment, qui digèrent, qui sont sur les réseaux sociaux, ceux qui discutent, qui hurlent, qui sifflent, on se croirait à une récré dans une cour d'école.


J'avais oublié ceux qui sont sans étiquette, ceux qui ne connaissent pas celle du jour puisque c'est pas la même que celle de la veille, ceux dont l'étiquette ne colle plus, et ceux qui ne collent plus avec leur étiquette...


Dans le chaos, il y en a qui bossent réellement, mais on les montre pas, il pourrait faire de l'ombre aux autres.


Et là dedans, on se demande ce que l'on peut devenir, nous, petits français de base, avec nos petits soucis bien mesquins et tout égoïste alors qu'il en va de l'histoire glorieuse de la France ?


M.A. 16/06/2026

lundi 15 juin 2026

Discours de la 4ème marche des fiertés, 13 juin 2026.

Discours de Aurélien Coucke de Rainbow'n'Caux 


"Au commencement, il y a l’injure", a écrit Didier Eribon dans ses Réflexions sur la question gay.

Nous sommes les enfants de l’injure.

Dans toutes les langues, dans toutes les cultures, l’insulte a été le socle constitutif de notre communauté. On nous a dit que nous étions une anomalie, une déviance au bon ordre du monde. On nous a imposé cette injure comme une seconde peau, une peau de honte et de douleur.

Mais aujourd’hui, nous nous réapproprions ces stigmates.

Queer, pédale, gouine, trans… Ces mots, hier des armes, sont devenus nos étendards.

Se réapproprier l’injure, c’est reprendre le pouvoir. C’est riposter.

Face à l’intensité des assauts réactionnaires, le queer est une puissance de dissidence. Il nous rassemble, il nous permet d’imaginer d’autres horizons, d’autres possibles.

Notre histoire est celle du caché, du non-dicible, du clandestin.

Pendant des siècles, nous avons dû nous construire dans l’officieux, dans l’ombre, réduits à des caricatures dangereuses ou à des personnages psychopathologiques.

Et quand l’un·e des nôtres est assassiné·e, l’intérêt du grand public ne se réveille que si le meurtrier est l’un des nôtres.

Le reste du temps ? Les violences contre les personnes LGBTQIA+, commises à 90% par des hommes cisgenres et hétérosexuels, sombrent dans l’indifférence collective.

Sauf quand nous nous mobilisons.

Sauf quand nous exigeons une minute de silence.

Sauf quand nous hurlons que ces crimes sont homophobes, transphobes, biphobes.


Pourquoi marchons-nous ? Parce que la visibilité est un acte de résistance

La Marche des Fiertés n’est pas née d’une fête. Elle est née d’un refus.

Un refus de l’ombre, un refus du silence, un refus de la honte.

En 1969, à Stonewall, des drag queens, des travestis, des travailleur·euse·s du sexe, des Noir·e·s, des Latinos·as, des personnes trans… ont dit : "Assez !"

Elles ont osé être visibles. Elles ont osé exister.

Aujourd’hui, nous commémorons ce passage de l’ombre à la lumière.

Nous célébrons notre visibilité. Nous célébrons la fin de notre silence.

Mais attention : nos droits ne sont jamais acquis. Ils sont des conquêtes, mais jamais des acquis.

Et nous ne pouvons pas tout attendre du droit.

Sans résistance collective, nous qui avons grandi dans le placard, nous y serons remisés·es à jamais.

Nous le voyons actuellement. Plus que jamais. 


La situation en France : une régression alarmante

En 2025, 1 771 cas d’homophobie et de transphobie ont été recensés par SOS Homophobie.

C’est plus qu’en 2024.

Et ce chiffre est largement sous-estimé : la majorité des victimes ne portent pas plainte.

Où a lieu cette violence ?

- 13% dans les lieux publics – là où nous devrions pouvoir circuler librement.

- 11% en ligne – où la modération des réseaux sociaux, souvent soumise à des lois étrangères, se relâche.

- 10% dans la famille – là où nous devrions être en sécurité.

87,7% des agressions physiques sont perpétrées par un ou plusieurs hommes.

Un guet-apens homophobe est signalé tous les 4 jours en France, notamment via des applications comme Grindr.


Et que dire de l’inaction judiciaire et institutionnelle ? Des peines incompréhensibles. 

Du suicide de Caroline Grandjean, harcelée jusqu’à la mort au lynchage meurtrier de Noahm. Des lacunes dans les écoles, sur les lieux de travail, dans l’espace public. 

Ce n’est pas un accident ou un dysfonctionnement.

C’est un signal envoyé aux victimes : "Votre souffrance ne compte pas."


La France stagne à la 15ème place du classement ILGA Europe.

60% de droits respectés. 10 places perdues en 10 ans. Derrière l’Espagne, l’Islande, la Belgique…

0% pour la protection des personnes intersexes, pourtant La France a été condamnée à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l’homme.

Combien de morts faut-il encore ?

Combien de Lucas, de Noahm, de Caroline Grandjean ou de Joella faut-il pour que la France se réveille ?


Alors, certains nous disent : "Oh il y a bien pire ailleurs…"

Oui, par exemple, au Sénégal, qui a durci ses lois depuis quelques mois pour les personnes 

homosexuelles, avec une brutalité sans nom, 221 personnes ont été arrêtées dont 9 femmes, certainement davantage depuis mai. Des lynchages ont lieu. Des agressions. Des  

dénonciations. Des viols dits « correctifs ». Des thérapies de conversion et autre 

désenvoûtement. La violence se déchaîne.

Nous avons une pensée pour nos sœurs et frères sénégalais.e.s .

Et nous demandons à la France d’agir en conséquence et de permettre aux personnes LGBT 

Sénégalaises qui le souhaitent et le peuvent d’être accueillies dignement sur notre territoire. 


Oui, dans le monde, nos sœurs et frères subissent l’enfer :

- Aux États-Unis, où les droits des personnes trans sont remisés en question et l’histoire effacée.

- En Russie, en Iran, en Arabie Saoudite, où l’homosexualité est punie de prison, de torture, de mort.

- En Grande-Bretagne, où les droits des personnes trans reculent terriblement avec l’appui financier de J.K.Rowling. 

- En Chine, en Biélorussie, en Tchétchénie, où les atrocités pleuvent. 65 pays dans le monde condamnent à la prison et/où à la mort les personnes LGBTQIA+ 


Mais peut-on fermer les yeux sur ce qui se passe en France pour autant ?

Peut-on établir une pyramide des souffrances ? Non.

Toute domination, toute souffrance, tout crime doit être regardé en face, dénoncé, combattu.

Ici comme ailleurs.

Pourtant, dans ce magma nauséabond, des bras se lèvent, des drapeaux flottent.

Comme à Amiens ou à Montivilliers et dans beaucoup d’autres villes de France et du monde. 

Partout où la haine veut s’imposer, nous résistons. Notre résistance c’est l’universel contre la tyrannie !

Comme le disait Léopold Sédar Senghor, poète, écrivain et ancien président du Sénégal :

"Les civilisations doivent s’enrichir de leurs différences pour converger vers l’universel."

Notre lutte est universelle. C’est pourquoi nous sommes là. Pour repousser l’ignorance.

Pour défendre les droits fondamentaux.

Avec nous aujourd’hui :

- Amnesty International, Le Refuge, AATLA, avec un magnifique portrait de Caroline Grandjean réalisé par Christine Authouart, ENISPE…


Nous œuvrons chaque jour :

- Dans nos rencontres, nos interventions, nos actions.

- Dans nos théâtres-forums.

- Dans le retour du CeGIDD dès septembre pour du dépistage et de la prévention.

- Dans de nouveaux partenariats avec l’Agglo de Fécamp, le RTPS, l’AHAPS.

Ainsi qu’avec la municipalité, Monsieur le Maire et son équipe ainsi que l’opposition de gauche, que nous remercions pour leur soutien appuyé. 

Et, c’est la dernière marche avant un moment électoral crucial qui est la présidentielle de 2027. Je tenais à dire une chose : Ne nous trompons pas d’ennemis ! 

Et à certain.e.s dans la communauté : Se distancer ne protège pas. S’adapter aux normes dominantes n’a jamais permis d’échapper aux discriminations.


L’éveil des citoyen·ne·s grandit.

Il fera taire les voix réactionnaires et leurs insultes. 

Et n’oublions jamais cette phrase de Wole Soyinka, écrivain Nigérian :

"L’homme meurt en tous ceux qui gardent le silence face à la tyrannie." 


Et ces mots sont là, de par ces auteurs Africains, pour dire à tou.tes que oui, l’Afrique est entrée dans l’histoire, mais qu’elle a juste un peu oublié la sienne, effacée par des lois et des codes pénaux et moraux et religieux et coloniaux de nos pays.  

Alors aujourd’hui, dans cette marche et partout ailleurs, pour tou.te.s nos sœurs et frères du monde entier et particulièrement à toi, mon cher ami Fadly, qui souffre d’être toi-même en Afrique et qui doit se cacher, elle est aussi pour toi cette marche.

Faites du bruit contre les tyrannies !

Faites du bruit pour la justice !

Faites du bruit pour la dignité !

Parce que nos droits ne sont jamais acquis.

Parce que notre visibilité est une résistance.

Parce que notre fierté est une révolution.

Merci à toutes et à tous. Vive la Pride ! Vive la résistance ! 


Aurélien 

dimanche 14 juin 2026

Rencontre pendant la marche des fiertés

 

Il se peut qu'ayant identifié un interlocuteur, j'ai perdu ce qu'il me disait.
Dans la couleur de ses yeux, celle de ses sourcils, la forme de son nez, dans ce portrait que je pourrais dessiner, j'ai perdu son besoin d'être entendu.
Son récit, qui ne demandait aucun acquiescement, aucun commentaire de soutien ou de critiques, voire de conseils en forme de vérité, de celle que j'ai conscientisé avec mes certitudes, restait sa vérité tant que son visage me restait invisible.

Cela me ramène à Emmanuel Lévinas qui affirme que lorsque nous sommes capable de décrire un visage, c'est que nous n'avons pas considéré son dire au niveau de sa volonté de nous faire entendre son récit.

Lorsque cette personne me parle, elle me confie quelque chose de sa personne, sa nécessité de dire, de faire entendre son être, je suis donc en responsabilité de son partage, je lui suis redevable. Je suis responsable du fait qu'elle ait eu besoin de parler.

L'écoute n'est pas dans le regard, l'écoute n'est réalisable que dans un espace qui ne concerne qu'un seul sens.

On ne peut qu'être maladroit si on interpose nos convictions, même sincères sur un récit. Ce qui fait de l'écoute, une œuvre du vivre ensemble.

Aujourd'hui, que reste-t-il de cette rencontre d'un côté comme de l'autre ?

Sans doute, cette personne se dit une de plus qui n'a rien compris. Qui n'apporte rien à la situation actuelle sans pour autant l'aggraver. Dans l'absolu, ce qui n'évolue pas empire du fait de ce temps long. Qui dit ne pas juger mais qui interprète des faits et propose des solutions à des problèmes avec une grille de lecture d'un point de vue d'hétéro. Et surtout, comme pour des handicapés, le plaint. Alors, qu'elle ne se plaint pas. Par contre, ce qui est indélicat, c'est que, par ce comportement, la replace dans cette position de victime qu'elle rejette.

Elle n'est pas une victime, elle est.