"* Le héros ne meurt pas non plus, mais il ne fait que se survivre, ce qui est la pire ruine pour ce qu’il prétend représenter. Déjà, dans l’œuvre cornélienne, il subit, nous l’avons vu, une mutation – parce qu’il veut s’intérioriser (la recherche héroïque d’un beau Moi qui deviendra la satisfaction souffreteuse de la belle âme) et cependant faire de l’héroïsme le mouvement de l’Histoire : atteindre à la démesure, d’un côté, par l’affirmation d’un « Je » vide qui sera un orgueilleux délire, de l’autre par l’avènement d’une nouvelle forme de domination politique. Dans les deux cas, il s’est déjà perdu. Si le mot héroïsme a un sens, il est tout entier dans une certaine majoration de l’acte considéré en lui-même, lorsque celui-ci, exploit éblouissant, s’affirme dans l’instant et semble être le rayonnement d’une lumière : cet éblouissement est la gloire, elle ne dure pas et elle ne peut s’incarner. De là, nous l’avons vu, que le héros apparaisse toujours plus ou moins comme l’exploiteur de l’acte héroïque : il le substantialise, il y fait carrière. En vérité, l’héroïsme représente à un certain moment et ne représente rien d’autre que l’émerveillement devant le pouvoir d’agir, émerveillement devant ce qui n’est plus la puissance magique accordée par la nature, mais le merveilleux humain donné impersonnellement dans l’action conquérante : comment ! on a pu faire cela ! Et, remarquons-le, le vrai héros, ce n’est pas toujours l’homme qui agit, c’est aussi bien l’instrument d’action, non pas seulement Achille, mais ses armes, non pas Roland, mais Durandal."
"Tout abandon de principes aboutit forcément à une défaite" Elisée Reclus "Le dialogue, c'est la Mort" L'injure sociale
vendredi 31 mars 2023
mercredi 29 mars 2023
Éloge de la démotivation de Guillaume Paoli
"Nous imaginons aisément quel dialogue de sourds se tiendrait entre Diel et un contemporain connexioniste et déconstruit. Ce dernier, l'entendant invoquer une "vraie" motivation, monterai sur ses grands chevaux poste moderne, il crierait à la rigidité bourgeoise, au simulacre, et défendrai mordicus son droit à la differance. Le vieux psychologue, pour sa part, diagnostiquerait chez son interlocuteur un cas désespéré d'avilissement banal, de vanité coupable et de mort de l'âme. Nous arrivons ici à un point caractéristique ou le passé et le présent ne peuvent plus communiquer, les garde-fous d'alors étant vue, de ce côté-ci du temps, comme autant d'entraves arbitraires."
dimanche 26 mars 2023
Eloge de la démotivation de Guillaume Paoli
"Prenons un domaine où la dégénérescence est de notoriété publique: celui de la politique. Il est même possible d'en faire une mesure objective; il suffirait de comparer les débats de politiciens d'il y a un siècle, 50 ans, 30 ans avec ,par exemple, celui qui en 2007 opposa la Mère-de-quatre-enfants au Vrai-mec-qui-en-a-et-qui-s'en-sert pour en analyser, non pas le contenu, mais la forme: combien d'adjectifs, combien de verbes sont-ils utilisés, quel temps, quelles figures de style, etc. L'appauvrissement du langage de ces professionnels de la parole issus des meilleures écoles de la République est arithmétiquement démontrable, et il n'est que le signe de la pauvreté concomitante de leur pensée. La raison n'en est pas bien mystérieuse. Non seulement l'avilissement propre à l'exercice de leur fonction s'est trouvé multiplié par la grâce de l'audimat et des conseillers en communication, mais encore leur pouvoir effectif s'est réduit à peau de chagrin. Dès qu'une décision est d'importance, elle est externalisée, déléguée à des technocrates et représentants de lobbies, le pantin élu ayant pour seule charge de la "communiquer" dans le poste. Dans ces conditions, il est clair qu'une personne douée pour la rhétorique, mue par un idéal ou même avide de pouvoir réel évitera soigneusement d'entamer une carrière politique, laissant la place à ceux qui ne savent pas faire autre chose, ou, pire encore, ont une revanche à prendre sur l'existence"
"Certes, il est futile de dénigrer encore la cuistrerie politicienne, mais il n'en va pas autrement ailleurs, dans les médias par exemple: un journaliste soucieux d'enquêtes minutieuses, de longs reportages, d'indépendance d'idées et de style n'a aucune place dans le paysage médiatique actuel. refusant d'avilir ce à quoi il croit, il s'abstiendra d'y entrer, laissant aux jocrisses de troisième ordre le soin de nous désinformer. Lui se cherchera une autre source de revenus et fera usage de son talent, par exemple en publiant ses enquêtes sur un réseau électronique indépendant. on pourrait sans peine multiplier les exemples où l'exercice d'une profession est contrarié par une vocation véritable. il est de grands disparus tel Alexandre Grothendieck, le Rimbaud des mathématiques, qui avait radicalement rompu avec le milieu scientifique parce qu'il ne supportait pas la collusion de celui-ci avec l'état et l'industrie, et médite depuis trente ans à l'écart du siècle."
L'inespérée de Christian Bobin
Elle ne vous fait plus peur
Quand elle descend sur l'enfance, la peur s'évapore aussitôt. Quand elle descend sur les adultes, elle reste, elle s'entasse. On dirait de la neige, une neige qui ne tomberait pas sur le monde mais sur l'esprit. La peur qui entre dans un cœur adulte rejoint la peur qui y était déjà. Elle s'effondre en elle-même, elle s'ajoute à elle-même comme de la neige grise. Alors, tu ne bouges plus. Alors tu t'interdis de bouger sous la neige sale, tu ne sors plus de chez toi, de ton mariage, de ton travail, de tes soucis. En resserrant ta vie tu cherches à diminuer le champ de la peur, à ralentir l'avalanche grise."
"J'écris depuis que tu me lis, depuis cette première lettre dont j'ignorais ce qu'elle pouvait dire, qui ne pouvait trouver son sens que dans tes yeux. Je n'ai jamais rien écrit de plus que les trois premières phrases de cette lettre: ne rien croire. Ne rien attendre. Espérer que quelque chose, un jour, arrive. Les mots sont en retard sur nos vies. Tu as toujours été en avance sur ce que j'espérais de toi. Tu as depuis toujours été l'inespérée".
samedi 25 mars 2023
Pour entamer quoi que ce soit de nouveau de M.A. Partie IV
Chapitre IV
J’ai toujours aimé la solitude comme on
aime la séparation aux autres par la peur la volonté acharnée de ne pas
souffrir de ne pas vouloir souffrir d’avoir l’illusion que la souffrance ne
passe que par les autres ils ne peuvent être nous ils sont ce qui nous entoure
mais sans approche sans contact Je fuis la peur dans ce cercle intime dans
lequel j’aime m’enfermer mais cette littérature que j’ai découverte elle est
paradoxale elle ce lien qui se tisse et qui doit s’exprimer nous ne les
entendons jamais alors que ce qu’ils défendent devrait être au premier plan
L’espace, cet espace qui est encombré
par les futilités les inepties les égos mégalos ne les tolèrent pas la morale
qui n’est plus visible mais qui est là qui impose censure. J’aimerais avoir la
force de vous obliger à lire « L’outrage aux mots » de Bernard Noël
ce cri de l’homme qui souffre parce que le plaisir d’écrire a été attaqué. Il
est l’homme qui a été malmené criminalisé pour être libre pour avoir tenté d’être
libre. « Le château de Cènes », ce texte attaqué, pourquoi le
défendre ? Sa seule défense était son existence, sa seule existence et le
partage le partage amicale d’un sentiment d’un ressenti. Et si je suis
bousculé, choqué, étripé, fustigé, maltraité ne devrais-je pas alors me dire qu’il
a atteint ce que je n’avais jamais vu en moi ? Il a été le révélateur d’une
partie de moi que je taisais un endroit où la meurtrissure se terrait. Cette
liberté qui fait peur qui effraie les courts en ailes, ceux qui n’ont la vision
en rase motte à la mode des souris qui court apeurées.
Je ne l’ai pas lu encore mais il sera lu
avant la fin de cet ouvrage je le dois je lui dois j’ai cette dette envers cet
homme qui a tenté la liberté qui a voulu me l’offrir et que certains ont décidé
de tenter de m’empêcher de connaitre. Je lui dois, je le dois à ses amis qui
ont la douleur de sa perte et qui savent, eux, la valeur de ce qu’il a écrit
offert. M.S. m’a affirmé que Bernard Noël était le plus grand poète français, il
me l’a affirmé avec cette douleur de savoir qu’il ne le verra jamais plus qu’il
ne l’entendra plus que tout ce qu’il a écrit il l’a lu il l’a aimé compris que
plus rien de neuf ne sortira de cet esprit qui court mais qui ne peut plus
transmettre. Bernard Noël est comme beaucoup d’autres que je découvre en ce
moment, il fait partie de ces cadavres exquis que je découvre à la fin à la fin
de leurs vies à l’automne de la mienne. Je suis cette période qui doit être
douce aux couleurs or à la senteur des sous-bois, je devrais être la personne
qui déambule dans les chemins en pensant en lisant en parlant en aimant et en
pleurant car je chemine en paix avec celle qui m’a toujours accompagnée sans
relâche sans lâcher sans rompre ce lien si ténu elle est là. J’ai tout pour
être heureux je suis heureux je n’ai plus peur de le dire je suis heureux et
maintenant à tous les niveaux je n’ai plus qu’à le prouver à celle que j’aime
que j’ai toujours aimé. Mal désordonné fougueusement maladroitement si profondément
si intensément.
Je l’aime comme j’aime cette littérature
libre échevelée passionnée convaincue que rien ne peut ne pas arriver que nous
allons franchir tous les obstacles.
Elle est la personne de la littérature
qui vit elle est ce que je comprends de ce que je lis elle est ce que je lis et
que j’ai envie de lire elle est ce qui ne peut m’être interdit et dont je vais
prendre possession pour ne jamais la perdre. Ni elle ni la littérature ni CETTE
littérature.
Pour entamer quoi que ce soit de nouveau de M.A. Partie III
Chapitre III
Ce matin, je suis devant mon café et je
ne sais plus si je suis heureux ou malheureux. Plus exactement, pour le dire
autrement, autrement ou mieux, je ne sais pas si je veux savoir si je suis
heureux ou malheureux. Je ne souffre pas d’être dans ce sentiment indécis.
C’est comme un bien-être doucement mélancolique et pour autant apaisant. Je
suis en paix. Béatement en paix. Une paix dont je n’ai pas les contours car
ceux-ci deviendraient terriblement contraignants si j’en avais la connaissance.
Ne pas savoir comme un besoin rafraichissant après ces années de certitudes. Je
ne sais plus donc je deviens.
Suis-je malheureux de ne plus rien
savoir, n’avoir plus de certitudes à part celle de ne plus vouloir en avoir ?
Je sens que j’ai une parfaite compréhension de ce que je veux chercher. Pas de
la solution mais de la volupté de la recherche qui ne sera à jamais inachevée.
Heureux parce que, de nouveau, je me
retrouve devant une étendue que je sais ne jamais arriver à parcourir. Dont je
n’aperçois pas les horizons. Me plait-il de ne pas voir les limites ?
Cette joie de parcourir en tous sens sans jamais me cogner à des barrières, à
des murs. Pourtant, je ne sais pas où aller en premier, je ne sais par quoi
commencer. De par notre éducation, où tu ne colories que dans les limites, tu
n’es que plus limité par la peur de te déplacer. D’aller où tu n’as peut-être
pas le droit d’aller. Mais peut-on limiter tes déplacements dans un espace qui
n’existe pas ou que tu t’inventes ?
Par contre ce que je sais, mon double,
ma vérité, c’est que je suis en phase boulimique incontrôlable. Je ne sais par
où me tourner sans que j’aie la tête qui tourne. Cet air si pur m’étourdit. Je pense
que j’y arriverais. Ou alors je suis déjà parvenu où je devais aboutir parce
que le but n’est pas un point précis mais un long chemin.
Pour entamer quoi que ce soit de nouveau Par M.A. Partie II
Chapitre II
J’ai subi une autre naissance depuis
maintenant deux ans. Elle fut douloureuse pour ceux qui tentèrent de me suivre,
pour ceux qui ne comprennent pas que le bonheur d’écrire fait souffrir celui
qui lit. Je ne souffre plus de ce que j’écris, je souffre de ce que les autres
souffrent en pensant que je souffre. Ne plus être heureux d’écrire ce que les
autres lisent dans la souffrance. Elle n’est donc pas la mienne, elle devient
la leur. Mais dois-je y mettre un terme ? Suis-je donc libre d’être
heureux d’écrire enfin, finalement pourrais-je dire, alors que le mal que je
fais est quelque chose qu’ils ne peuvent concevoir ?
Comme pourrait le dire Blanchot, qui le
dit mieux que moi, qui le dit définitivement dans les recherches qui furent les
siennes, j’aspire à devenir « Le livre à venir ». Celui qui ne doit
s’écrire que parce qu’il se doit d’exister comme une affirmation de l’utilité.
J’erre dans « L’espace littéraire » depuis ce temps de la découverte
de ce que c’est qu’écrire, que lire. En fait, « Le livre à venir »
est l’espace qui se place entre ce qui n’existe pas mais se pense et le moment
où ce qui ne se pense plus se transforme en un temps qui s’écrit
définitivement. Il faut donc que cet espace soit le plus précis possible puisqu’il
ne doit pas apporter plus de réponses qu’il ne pose de questions.
Mais, être le livre à venir c’est
arriver au bout de l’écriture. C’est souffrir peut-être délicieusement de ne
plus avoir à écrire, ce dire que tout fut fait. Mais, Georges Bataille le dit
aussi, qui le dit toujours mieux que les autres, et de manière définitive :
cette envie, nous ne devrions plus l’avoir en nous ? Il l’a inscrit dans
le livre de Roger Laporte : « Lettre à personne ». D’ailleurs,
celui-ci ne fut-il pas celui qui osa se sacrifier pour les autres ? Tous
les autres ? Ceux qui pensent ce qu’il pense sans avoir le courage de le
faire. Satisfait de ce que l’on a écrit,
satisfait d’être parvenu à une fin, une fin de soi véritablement. Comme une
mort que l’on a maitrisée, domptée. De celle dont on peut revenir, dont je suis
revenu, ou plutôt dont je tente de me dépêtrer.
Je tente de devenir ce que je tente de
comprendre de la littérature.
Lorsque nous nous ne savons qu’écrire,
nous parlons de la mort. Sujet facile qui ne nécessite aucune connaissance, qui
ne nécessite que d’aligner des sensations ou des sentiments que nous pourrions ressentir à ce
moment-là de la vie, de la fin de vie. Ce temps d’avant qui, déjà, ne nous
appartient plus en propre mais c’est la part que l’on donne à l’humanité, à la
multitude.
Ou alors parler de soi, pareillement ne nécessitant
aucune connaissance même pas celle de nous-même. Et là encore, à chacun de parler
de soi comme un individu n’est pas non plus se confondre avec la multitude, ceux
qui ne cessent de parler d’eux-mêmes ?
Lorsque M écrit qu’il veut mettre un
terme à certaines activités et que je l’interroge sur ce fait, comme une
inquiétude, ne me répond-il pas : « ne prends pas garde aux mots que
je dis ». Alors, toi aussi, toi surtout, toi malheureusement, ce que tu
écris n’est pas toi, n’est pas la vérité. N’est de cette vérité instantanée qui
dès prononcée s’échappe dans le néant. Tu n’écris donc que le néant lorsque tu
écris le quotidien, la vie qui te tient. Et moi, alors, je deviens la victime
de cette vérité qui déjà est défunte depuis le temps de l’écriture et je subis
ce jeu de ton écriture, je suis la victime consentante de ton plaisir. Donc je
suis un lecteur lambda et non un confident.
Bataille écrit: « J’écris pour qui entrant dans mon livre, y tomberait comme dans un
trou, n’en sortirait plus. »
Depuis peu, je sens que je suis dans un
trou dans lequel je tourne en rond, retrouvant sans cesse les mêmes noms, les
mêmes textes. J’aime les textures, j’aime le chant. J’aime les chants et je
passe de l’un à l’autre parce que tellement envie de les lire que je me dois de
les oublier. Je les oublie et les relis. Lire n’est pas réciter. Réciter,
apprendre à réciter, ce n’est pas lire. Je lis comme un chant qui coule;
réciter/apprendre est un travail c’est une souffrance de se forcer à ce texte
qui coule de moi vers les autres. Je lis pour moi, je ne veux pas réciter pour
les autres. Et je ne peux lire pour les autres. Je ne peux chanter dans ma
lecture à haute voix comme je peux danser dans le texte que je lis pour moi en
silence, en souriant, en pleurant, en chantant que je pleure parce que je lis.
Je lis que je pleure quand je lis. Tout cela est une ronde, une ronde dans
laquelle j’aime me laisser porter. Je ne suis plus ce poids. Je suis le poids
des mots légers que je lis dans le creux de ma tête. Comme une couette que je
me remets sur les épaules, comme ce monde que je ne veux pas fuir. Je lis pour
ne pas fuir, je lis pour fuir la fuite.
Lire est une chose, lire est une partie
de l’existence mais écrire. Ecrire. Porter au plus haut l’exigence de
l’écriture. C’est un plein qui étouffe. Lorsque cette passion te prend, tu ne
peux plus rien faire.
Tu sais que tu ne pourras jamais écrire
la perfection que tu recherches. Tu as envie de dire « j’arrête
d’écrire » et j’écris que je vais arrêter d’écrire. Tu le dis, d’autres
l’ont déjà dit et mieux que toi, de manière plus dramatique que tu ne pourras
le faire. Et tu ne t’y tiendras pas puisque tu continueras à écrire que tu veux
arrêter d’écrire.
Blanchot l’écrit lui dans la postface de
« Lettre à personne » de Roger Laporte. Cela donne « Il ne
peut plus écrire (il n’a plus rien à dire), mais il s’aperçoit, avec horreur,
avec terreur, que le désir d’écrire persiste en lui. Le désir d’écrire, désir
personnel, et l’exigence d’écriture, postulation impersonnelle, ne coïncident
pas. Réfléchissons sur ce problème. Il est peut-être insoluble, parce qu’il ne
devrait pas se poser ».
Et c’est à ce moment que ce personnage
passera devant moi. Il n’aurait jamais pu exister avant. Je le crée pour qu’il
me réponde. Ou qu’il ne soit que le silence que je cherche dans la réponse.
Pourquoi pas une femme ? Pourquoi pas un homme ? La question se pose.
Ou plutôt elle n’a de réponse évidente que si je la pose. L’homme ne peut
écouter sans comparer, hiérarchiser et se mettre en concurrence. Donc à partir
du moment où il cherche à intervenir par sa propre expérience, il n’écoute
plus. Il se peut aussi que ce soit un être éphémère, immatériel, qui n’aurait de
consistance que dans une réponse hypothétique. Je ne peux l’apercevoir que
depuis que je parle de littérature, que je pense écrire/lire comme la double
face de l’existence. Elle sera celui/celle qui me renverra toutes mes
questions. Il/Elle pourra n’avoir aucune réponse. Il/Elle ne portera que les
questions. Il/Elle sera ma Nadja, celle qui m’opposera la vie à ma recherche. Il/Elle
sera également Nina. Celle qui écoute et qui renvoie de façon muette les
questions que je lui envoie. Il y a les questions que l’on pose et celles que
l’on tait car elles n’ont que la force du silence.