mercredi 1 juillet 2026

"Entre la boue et le silence" par L'Oublié

 








"Entre la boue et le silence"


"Seul.

Une ligne d'horizon blanche. 

Des formes s'en détachent. 

Rien ne semble bouger.


Les bruits. 

Tous suspects.

Pas de mouvement. 


Il ne fait pas froid. 


Quarante-huit heures.

Sans dormir.

Les muscles sont tous tendus. 


La vigilance doit être au maximum. 


Derrière lui. 

Des chuchotements.

Des petits rires étouffés, des ronflements. 


L'obscurité. 

De temps en temps, des points rouges s'allument. 


Des odeurs lui parviennent. Horribles, humaines.


À peine. 


À peine dans ce trou qu'il a creusé lui-même. 

Avec sa pelle réglementaire.


Trois jours qu'en face rien n'a bougé. 


Trois jours. 


La seule chose à craindre, c'est le lever du jour.

Un sniper. 


Celui qui était là avant lui a pris une balle en plein front.


La peur. 

La peur n'est plus une sensation. Elle est un état. 

Elle est un état qui permet encore de bouger. De raisonner. 


Autrement, plus vite. 


La peur est un vêtement qui colle à la peau. 


Il a plu hier, beaucoup. 


Les pieds dans l'eau. 

Les chaussettes mouillées, le bas du treillis trempé.

Il sent les rats qui lui passent entre les jambes. 


Il regarde le trou qui est à sa gauche.

Il le connaît à peine.

Il vient de la relève d'hier. Il ne connaît pas son prénom. Peut-être allait-il mourir sans qu'il le connaisse un jour? 


Ou lui ? 


À droite, il le connaît, ça fait un mois qu'ils sont ensemble. 


Un mois qu'ils sont chacun dans leur trou. 

Un mois que, parfois, ils se font un petit sourire.

Un sourire sale, comme la boue alentour. 


Ces odeurs. Agressives.

Qui parlent de la vie et de la mort. 

Qui parlent des organes. 


Les derniers ont fini de gémir hier matin. 

Maintenant, la terre ne parle plus. Elle a avalé les cris, les gémissements.


Il tend l'oreille.

Un frottement.


Un deuxième, plus à gauche.

Un autre, encore ailleurs.


Un casque se détache sur l'horizon blanc.


L'alarme est donnée. Une fusée éclairante est lancée.


Un silence.

Horrible.


Les gémissements, la terre de nouveau crie. 


Le dernier est tombé sur sa baïonnette. Un liquide chaud et visqueux coule sur sa main.


Il ne bouge plus. Il pleure. 


Dans deux heures, il sera relevé.


M.A. 30/06/2026

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