I
Devant le fleuve, deux propositions : aval ou amont.
Qui peut décider si ce n'est elle ?
Ou encore un passé qui ne veut pas passer.
Allez aux origines pour ne rien regretter.
Abattre les dernières cartes.
Ne pas se mentir.
Ce sera l'aval la décision car portée par le courant.
II
- Vous comprenez, j'aurais pu l'aider mais je n'ai pas bougé. Je l'ai juste regardée. Elle a regardé vers l'amont, vers l'aval. Puis, il me semble qu'elle m'a également regardé. À ce moment, juste à cet instant précis, mon regard a glissé vers l'aval, puis est remonté vers l'amont. J'ai voulu croire qu'elle attendait quelque chose ou quelqu'un. Puis, j'ai regardé l'autre rive. Elle n'était plus là. J'ai regardé de nouveau en amont, puis en aval. J'ai cru voir des mouvements dans l'eau.
III
- Puis, j'ai traversé.
Le sac à main était posé là.
J'ai trouvé l'adresse. Je suis entrée. J'ai senti son parfum. J'en ai suivi la trace.
La chambre.
Le lit défait. La chemise de nuit, en boule.
La salle de bain. Le tube de dentifrice encore ouvert. J'ai serré un peu plus le robinet pour stopper le goutte à goutte.
Pour finir, la cuisine. Une tasse dans l'évier. Le café finissait de passer dans la cafetière.
L'ambiance était paisible.
Au moment de partir, un dernier coup d'œil dans l'appartement.
Je m'arrête.
Sur la table du salon, une enveloppe ouverte, une photo d'un homme en sort.
Au dos : "Tu vois, je t'ai retrouvée."
IV
La photo repose sur la table, retournée. Le message est visible.
- Je n'ai rien à dire.
Il boit un peu d'eau.
- Pourquoi ce courrier ?
Il repose son verre.
Le policier regarde l'avocat. Celui-ci scrute son client.
L'homme ne quitte pas le message.
- Une ancienne relation de mon client. Ils n'avaient plus aucune relation depuis longtemps. Nous sommes venus spontanément pour identifier la personne. C'est tout. D'ailleurs, pourrions-nous voir le corps ?
Le policier se penche vers eux.
- Elle n'est pas morte.
L'homme redresse la tête. Son regard cherche celui de son avocat.
- Je pense que l'on se reverra. Vous êtes libres.
V
Un bip-bip obsédant.
Elle se réveille.
Elle pleure.
Deux personnes.
L'une d'elles tend une photo.
L'autre lit le message :
"Tu vois, je t'ai retrouvée".
La voix est à peine audible.
- Parlez-nous.
- Pourquoi ?
Elle les regarde. Le policier montre une autre photo.
- Parlez-nous.
- Non.
Le bip-bip reprend tout l'espace.
Personne n'ajoute plus rien.
- On vous laisse.
Seule, la femme se concentre sur le bruit des machines.
Elle s'endort.
VI
Il entre.
Elle le reconnaît immédiatement.
Il ne s'approche pas.
Ils restent immobiles.
Elle pose la photo sur la table de nuit.
Il la retourne.
Le message disparaît.
La porte se referme.
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