mercredi 4 avril 2018

Le développement du capitalisme en Russie, 1899 De Lénine





issu Le Capital Livre II page 303

«Contradiction dans le mode de production capitaliste : les ouvriers, en tant qu'acheteurs de marchandises, sont importants pour le marché. Mais, à les considérer comme vendeurs de leur marchandise - la force de travail - la société capitaliste tend à les réduire au minimum du prix. »

« La nécessité du marché extérieur pour un pays capitaliste n'est pas du tout déterminée par les lois de la réalisation du produit social (et de la plus-value, en particulier) mais, en premier lieu, par le fait que le capitalisme n'est que le résultat d'une circulation des marchandises largement développée qui dépasse les limites d'un État. C'est pourquoi il est impossible d'imaginer une nation capitaliste sans commerce extérieur, et une telle nation n'existe d'ailleurs pas. »

"L'entreprise capitaliste, au contraire, dépasse inévitablement les limites de la commune, du marché local, de la région et enfin de l'État. Et comme l'isolement et le particularisme des États se trouvent déjà détruits par la circulation des marchandises, la tendance naturelle de toute branche d'industrie capitaliste l’amène à la nécessité « de rechercher un marché extérieur ».







Faut-il interdire les pamphlets antisémites de Céline ?





Pour avoir lu ce texte et en avoir perçu, je pense, la source principale de cette haine, je crois qu'il ne faut rien caché sous le tapis. Rééditer ces textes là qui n'ont aucune valeur littéraire, qui ne redonne aucun éclat à l’œuvre de l'auteur de « Voyage au bout de la nuit », ne servirait qu'à contenter deux types de lecteurs :

-Les fous furieux qui cherchent absolument tous les textes antisémites de la création afin de justifier à l'envie leur haine anti-juif et tenter d'en trouver une analyse scientifique, un peu comme ceux qui tentent de lire les textes des négationnistes qui reviennent sur la Shoah et autres événements comme Oradour sur Glane.

-Et ceux qui veulent avoir l'information complète sur l'auteur de ce texte. Cela permet aussi de placer le curseur de la haine au plus près de la réalité. Par exemple, Céline est quelqu'un qui trouve que des gens comme Charles Maurras, avec ce que l'on connaît des actes et des pensées de cet homme ; et Jacques Doriot, qui, rappelons le, a lutté sous l'uniforme allemand nazi dans la Légion des Volontaires Français, trouve que ces gens ne sont pas assez antisémites.

Alors, oui, ils sont nécessaires ces textes dans la mesure où cela nous permet de dire que c'était une pourriture intégrale et que aucune œuvre, fut-elle si géniale que, parait-il « Voyage au bout de la nuit », qu'il faut séparer l’œuvre de ce qu'était l'homme.


Citations tirées du texte « L'école des cadavres » :

« Qui donc a mis comme ça Rothschild sous les verrous ? pour spéculations ? C’est pas Schussnig, c’est pas Cachin, c’est pas Jouhaux, c’est pas Blum, c’est pas Chamberlain, c’est pas Staline, c’est Hitler.
Quel est le véritable ennemi du capitalisme ? C’est le fascisme.
Le communisme est un truc de Juif, un moyen d’asservir le peuple plus vachement encore, absolument à l’oeil.
Quel est le véritable ami du peuple ? Le Fascisme.
Qui a le plus fait pour l’ouvrier ? L’U.R.S.S. ou Hitler ? C’est Hitler. Y a qu’à regarder sans merde rouge plein les yeux.
Qui a fait le plus pour le petit commerçant ? C’est pas Thorez, c’est Hitler !
Qui nous préserve de la Guerre ? C’est Hitler !
Les communistes (juifs ou enjuivés), ne pensent qu’à nous envoyer à la bute, à nous faire crever en Croisades.
Hitler est un bon éleveur de peuples, il est du côté de la Vie, il est soucieux de la vie des peuples, et même de la nôtre. C’est un Aryen.
Les “chiens enragés de l’Europe” sont de ce côté du Rhin, Maurras !
Nos meneurs à nous, nos ministres ne sont que des larbins de juifs, Jean-Foutres maçons, envieux bousilleurs, [130] arrivistes insensibles, qui se foutent de notre existence comme de leur première couche-culotte. Ils nous sacrifient tout naturellement, c’est leur fonction naturelle. Ils nous flattent et nous chient. »

«C’est la petite bourgeoisie qu’a l’habitude de se priver, de se refuser tout plaisir, de même jamais rien désirer d’agréable, de prévoir toujours les pires catastrophes et toujours en définitive de se trouver marron, encore responsable. C’est pas le peuple. »

«Nos redresseurs nationaux, les hommes comme La Rocque, comme Doriot, Maurras, Bailby, Marin, la suite… ils redressent rien du tout, puisqu’ils parlent jamais avant tout, de virer les Juifs. Ils parlent vraiment pour ne rien dire. C’est des causeurs, des pas méchants. Ils servent qu’à noyer le poisson. Ils endorment la purulence, ils travaillent dans la compresse, le subterfuge, l’émollient. Ils crèveront jamais rien du tout, pas le moindre petit abcès. »


« Je ressens, tellement je suis drôle, des choses encore bien plus perverses. Des véritables sadismes. Je me sens très ami d’Hitler, très ami de tous les Allemands, je trouve que ce sont des frères, qu’ils ont bien raison d’être si racistes. Ça me ferait énormément de peine si jamais ils étaient battus. Je trouve que nos vrais ennemis c’est les Juifs et les francs-maçons. Que la guerre qui vient c’est la guerre des Juifs et des francs-maçons, que c’est pas du tout la nôtre. Que c’est un crime qu’on nous oblige à porter les armes contre des personnes de notre race, qui nous demandent rien, que c’est juste pour faire plaisir aux détrousseurs du ghetto. Que c’est bien la dégringolade au dernier cran de dégueulasserie. »


« Je suis de ces auteurs qu’ont du souffle, du répondant, du biscoto. J’emmerde le genre entier humain à cause de mon répondant terrible, de ma paire de burnes fantastiques (et bordel de dieu je le prouve !) Je jute, je conclus, je triomphe, je trempe la page de plein génie… De vous à moi, entre copains, c’est ce qu’on me pardonne pas du tout, à la ronde, ce qu’on me pardonnera jamais, jamais, la façon que je termine, que j’achève les entreprises, que je vais au pied comme une reine, à tous les coups. »

lundi 2 avril 2018

Shlomo Sand Comment la Terre d'Israel fut inventée Partie 1




« De même, je n'imaginais pas que je vivrais plus tard dans un État somnambule dont le ministre des Affaires étrangères, arrivé en Israël comme immigrant à l'âge de vingt ans, résiderait en permanence pendant l'exercice de son mandat en dehors de ses frontières officielles, dans une colonie en Cisjordanie. Je ne pouvais pas non plus prévoir, à l'époque, qu'Israël parviendrait, pendant plusieurs décennies, à dominer une si nombreuse population palestinienne, privée de libre souverain et, avec l'acquiescement de la grande majorité des élites intellectuelles israéliennes, et parmi eux d'éminents historiens qui continuent de désigner cette population sous le vocable : « les Arabes de la terre d'Israël ». Je ne pouvais pas davantage imaginer que la domination sur l'autre peuple ne revêtirait pas les mêmes formes que dans le « vieil et bel Israël » de l'avant-1967 – à savoir :discrimination dans la citoyenneté, avec la soumission, pendant un temps, à l'administration militaire, et dépossession de terres à fin de judaïsation sioniste socialiste –, mais se caractériserait par une accumulation de dénis de libertés et le détournement de toutes les ressources naturelles du « pays charmant » au profit des colons-pionniers du « peuple juif ». Je ne pensais absolument pas qu'Israël réussirait à implanter dans les territoires nouvellement occupés près d'un demi-million de colons, barricadés et totalement séparés de la population locale, elle-même dépourvue des droits humains fondamentaux ; faisant ainsi ressortir le caractère colonisateur, ethnocentriste et ségrégationniste de toute l'entreprise nationale, depuis ses débuts. En résumé, je ne savais pas que je vivrais la majeure partie de mon existence à l'ombre d'un régime d'apartheid, alors que le monde « civilisé », du fait notamment de sa mauvaise conscience, se sentirait obligé de transiger avec lui, et même de lui apporter son soutien. Dans ma jeunesse, je n'avais pas songé aux intifadas désespérées, ni à l'écrasement des soulèvements, ni à la terreur cruelle et à la contre-terreur qui ne l'est pas moins. Je n'ai pas perçu, en son temps, la puissance de l'invocation sioniste de la « terre d'Israël », face à la friabilité de l'israélité quotidienne en train de se constituer ; il m'a fallu du temps pour assimiler ce simple fait : la séparation imposée en 1948 d'avec les espaces de la « terre des ancêtres » n'était que temporaire. Je ne me préoccupais pas encore de l'histoire des idées et des cultures politiques, aussi n'avais-je pas pris suffisamment en compte les mécanismes et le poids des mythologies modernes du sol, et particulièrement celles dont la prospérité se nourrit du cocktail mêlant la puissance militaire et la nationalisation de la religion. »


« Si l'on peut, aujourd'hui, recourir sans difficulté aux termes « peuple français », « peuple américain », « peuple vietnamien », et aussi « peuple israélien », on ne saurait en revanche faire référence, de la même manière, à un « peuple juif ». Il serait tout aussi bizarre de parler d'un « peuple bouddhiste », d'un « peuple évangéliste » ou d'un « peuple bahaïe ». Une communauté de destin entre les adeptes d'une même croyance, voire une certaine solidarité entre eux, n'équivalent pas, pour autant, à une communauté d'appartenance à un même peuple, ni à une même nation. »

« Les nombreux chercheurs qui m'ont critiqué, tous s'affirmant laïcs (ce qui ne relève pas du hasard), s'en tiennent « mordicus » à une définition du judaïsme historique et considèrent ses descendants contemporains comme constituant un peuple, non pas un
peuple élu, certes, mais un peuple à part et spécifique, et ne pouvant en aucun cas être comparé aux autres peuples. Aussi était-il nécessaire d'inculquer aux masses l'image mythologique d'un peuple exilé au Ier siècle, alors que, dans le même temps, les élites instruites savent bien qu'un tel événement n'a pas eu lieu ; c'est d'ailleurs la raison pour laquelle il n'existe pas un seul ouvrage de recherche consacré à l'expulsion du « peuple juif Parallèlement à la diffusion et au maintien de ce mythe historique fondateur, il a fallu : 1o) passer sous silence le dynamisme prosélyte du judaïsme, du IIe siècle avant J.-C. au moins jusqu'au VIIIe siècle ; 2o) ignorer la multiplicité des royaumes judaïsés apparus en divers zones géographiques ; 3o) effacer de la mémoire collective les grandes masses humaines converties au judaïsme sous ces monarchies et qui ont constitué le berceau de la plupart des communautés juives dans le monde ; 4o) se faire discret sur les déclarations des dirigeants sionistes, à commencer par David Ben Gourion, le fondateur de l'État, bien au fait de l'inanité de la thèse de l'exil massif, et qui de ce fait voyaient dans la majorité des « fellahs » locaux une descendance des anciens Hébreux. »

« En effet, les immigrants sionistes ne débarquaient pas à Jaffa dans le même état d'esprit que les juifs persécutés arrivant à Londres ou à New York, qui n'aspiraient qu'à s'intégrer en toute égalité avec leurs voisins. Les sionistes, en revanche, arrivaient avec d'emblée en tête l'idée de créer en Palestine un État juif souverain, sur un territoire dont la majorité absolue des habitants était arabe. Mener jusqu'à son terme une telle entreprise de colonisation, à caractère national, impliquait obligatoirement qu'une partie notable de la population autochtone soit repoussée hors de l'espace revendiqué. »

« On trouvera même des partisans du sionisme, confortablement installés dans la citoyenneté de tel ou tel pays aux activités et à la richesse duquel ils prennent une part quotidienne, et qui, en même temps, revendiquent un droit historique sur une terre dont ils se déclarent propriétaires définitifs. »

« Les arbres étaient nos immigrants par procuration, les forêts étaient notre implantation. Et tandis que nous assumions qu'une forêt de pins était plus belle qu'une colline mise à nu par le pacage des troupeaux de chèvres et de moutons, nous étions précisément au fait de la finalité de tous les arbres. Ce que nous savions, c'est qu'une forêt enracinée est le paysage opposé à un lieu fait de tas de sable, de rochers exposés, et de poussière rouge soulevée par les vents. La diaspora était le sable. Et donc, que devrait être Israël, si ce n'est une forêt, fixée et élancée ?
Laissons de côté, pour l'instant, l'ignorance (ou bien l'indifférence ?) si symptomatique dont fait preuve Simon Schama à propos des ruines des nombreux villages arabes détruits (avec leurs champs d'oliviers, leurs orangeraies, entourés par un enchevêtrement de cactus), que les arbres plantés par le Fonds national juif ont ombragés et dissimulés. Schama sait mieux que d'autres combien les forêts profondément enracinées dans le sol ont, de tout temps, constitué des allégories centrales dans la politique des identités nationales romantiques en Europe de l'Est. L'occultation du fait que dans la riche tradition juive les forêts et l'enracinement ne sont jamais apparus comme une réponse aux « déserts de sables », figures de l'exil et de l'errance, est caractéristique de l'écriture sioniste. »

« Telle fut la situation avant mais aussi après le génocide perpétré par les nazis. En l'occurrence, le refus des États-Unis, par une législation restrictive de l'immigration entre 1924 et 1948, d'accueillir les victimes de la judéophobie européenne a eu pour effet d'augmenter le flux d'émigrants vers le Moyen-Orient. Sans ces mesures de restriction drastique de l'immigration aux États-Unis mais aussi en Europe occidentale, on peut se demander si l'État d'Israël aurait vraiment été créé. »

« Face à l'obstination des émigrants à vouloir gagner, coûte que coûte, les pays occidentaux, et non pas le Moyen-Orient, Israël décida d'user d'un stratagème : avec la collaboration, moyennant finance, de la Securitate de Nicolae Ceausescu et du régime communiste hongrois, plus d'un million d'émigrants furent détournés par la ruse et contraints d'arriver dans leur « État national », qu'ils n'avaient pas choisi et où ils ne désiraient pas résider. »

« En résumé : les juifs n'ont pas connu d'exil forcé de Judée au Ier siècle et, de même, ils ne sont pas « revenus » au XXe siècle en Palestine, et ensuite en Israël, de leur plein gré. Chacun sait que l'historien a pour mission de prophétiser le passé et non pas
l'avenir, aussi suis-je conscient des risques auxquels je m'expose. Je me hasarderai, malgré tout, à formuler une hypothèse : le mythe de l'exil et du retour, vivace au XXe siècle du fait de l'existence d'un antisémitisme imprégné de frénésies nationalistes, pourrait se refroidir au XXIe siècle, à condition, bien évidemment, qu'Israël cesse d'user de tous les moyens à sa disposition pour réveiller l'ancienne, ou une nouvelle, judéophobie charriant à sa suite de nouvelles catastrophes. »

BUDGET n. m. (mot anglais tiré lui-même du vieux français bouqette, petite bourse) Encyclopedie Anarchiste Sébastien Faure



On appelle budget l'état de prévision des recettes et des dépenses d'un Etat, d'un département, d'une commune, etc... et, par extension, les recettes ou dépenses d'un individu. Les budgets gouvernementaux sont toujours plus ou moins fantaisistes, il s'agit pour les gouvernements de dissimuler, le mieux possible, leurs agissements, et de présenter l'argent dont ils se sont rempli les poches comme ayant servi au bien public. Mais les trous faits dans le gâteau sont généralement si larges que la tâche des politiciens est ardue. Enfin, lorsque rognant sur les dépenses utiles pour couvrir leurs soustractions, ils ne parviennent pas à leurs fins, ils ont recours à une méthode courante : ils augmentent les impôts et font supporter aux classes travailleuses, leurs inutiles dépenses. Mais leur comédie est si soigneusement jouée, que le peuple accepte avec confiance, les explications qu'on veut bien lui fournir. Voici d'ailleurs comment se vote un budget : chaque année, les ministres préparent le budget de leur département respectif. Le ministre des Finances centralise leurs propositions et y ajoute les prévisions de recettes pour compléter le budget général de l'Etat. La réunion des divers projets de dépenses et de l'unique projet de recettes constitue (avec son commentaire, l'exposé des motifs) le projet de budget général. Du rapprochement des dépenses et des recettes résulte ce que l'on nomme l'équilibre du budget. Le budget est présenté en premier lieu, à la Chambre des députés. Comme toutes les autres lois, il doit être voté par les deux Chambres, pour devenir exécutoire. L'année financière s'ouvre parfois avant que les Chambres aient terminé le vote des recettes et des dépenses afférentes à l'année qui commence. On a recours alors au vote de douzièmes provisoires, c'est-à-dire d'acomptes mensuels en cours d'exercice, tant pour les recettes que pour les dépenses, suivant une répartition purement provisoire. Votée et promulgée, la loi de finance revient des mains du Parlement : dans celles de l'administration, qui assure son exécution. Cette opération comprend, d'une part, la perception des recettes autorisées, et, d'autre part, le paiement des dépenses prévues dans la mesure des crédits ouverts. Les opérations budgétaires - recettes et dépenses - représentent, dans cette machine massive qu'on appelle l'Etat, le mécanisme financier. On en devine aisément l'exceptionnelle importance. En principe, les partis parlementaires qui se réclament du socialisme doivent refuser le vote du budget, tant pour s'affirmer d'opposition irréductible, que pour priver l'Etat capitaliste des ressources qui lui sont indispensables pour assurer le fonctionnement régulier de ses multiples services. Mais, bien que la plupart des Congrès socialistes aient enjoint aux élus du Parti de refuser le vote du budget, il arrive que, dans la pratique, cette prescription n'est pas respectée. Cette observation s'applique à la majorité des pays dans lesquels &les forces socialistes au Parlement sont imposantes Chaque année, le vote du budget provoque des débats vifs et prolongés. Les représentants du Peuple discutent à perte de vue sur la nature et la quantité des impôts, ainsi que sur la nature et la quantité des dépenses que les impôts sont appelés à couvrir. La presse qui a pour mission de renseigner les contribuables se livre à des polémiques parfois passionnées autour de ce qu'on appelle l'assiette de l'impôt, qu'il serait irrévérencieux peut-être, mais équitable à coup sûr, de nommer l'assiette au beurre. Au fond et en réalité, ces polémiques de journaux et ces débats parlementaires sont pure - ou impure - comédie, destinée à amuser et à abuser la galerie et à détourner l'opinion publique de préoccupations plus graves et d'intérêts plus sérieux. Car, quelle que soit la forme de l'impôt, qu'il frappe directement ou indirectement le contribuable, il est certain que, par suite des incidences et des ricochets, des répercussions et des cascades, c'est, en dernière analyse, le travail qui, seul, produit et conséquemment, les travailleurs qui, seuls, assurent la production, créent, entretiennent et développent toutes les richesses, c'est le monde du travail, c'est la classe laborieuse qui, en fin de compte, toujours et quand même, assure à l'Etat la totalité des ressources dont il a besoin. Il se peut que le rentier, le propriétaire, l'industriel, le financier, le commerçant soient obligés, par la nature et le mode de perception de certains impôts et de diverses taxes, de verser directement au fisc des sommes plus ou moins élevées. Mais, dans ces sortes d'opérations, il y a toujours, comme le disait Frédéric Bastiat, « ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas, ce qu'on montre et ce qu'on cache. "
Or, ce qu'on voit, ce qu'on montre, n'est qu'une apparence, une fiction ; la réalité, c'est ce qu'on ne voit pas, ce qu'on cache. Et, en matière d'impôt, ce qu'on voit, c'est le prélèvement exercé par le Trésor sur le revenu, sur la rente, sur la propriété bâtie, sur la terre, sur les opérations de finance, de commerce et d'industrie ; et ce qu'on ne voit pas, ce sont les mille moyens à l'aide desquels rentiers, propriétaires, financiers, commerçants et industriels, récupèrent, parfois largement, ce qu'ils versent au fisc, sur le dos et au détriment de la classe ouvrière qui, d'une part, assure toute la production et, d'autre part, forme la masse compacte et pour ainsi dire innombrable des consommateurs. Seul, le petit, tout petit contribuable, le pauvre, situé tout à fait en bas de l'échelle économique dont le bourgeois occupe tous les échelons au-dessus, supporte et casque l'impôt, tous les impôts, la taxe, toutes les taxes : ceux et celles qui frappent le riche comme celles et ceux qui frappent l'indigent. « L'assiette de l'Impôt » ? En vérité, je vous le dis, ô contribuables qui ne vivez que du produit de votre travail personnel et ne pouvez, ainsi, exploiter personne, il faudra, un jour la casser sur la tête des parasites. Tant que vous ne l'aurez pas brisée et réduite en miettes, il n'y aura rien de fait et rien à faire : c'est vous, vous tous, producteurs, mais vous seuls qui permettrez aux Gouvernements d'équilibrer leurs budgets. (Voir Impôt, Taxe,. Dette publique. Grand Livre, Rente, Revenu, etc.

dimanche 1 avril 2018

BÛCHER Encyclopedie Anarchiste Sébastien Faure





Le bûcher est une pile de bois sur laquelle les anciens brûlaient les corps ; c'est aussi une pile de bois sur laquelle, jadis, on brûlait ceux qui avaient été condamnés au supplice du feu. Ex. : Le courageux Etienne Dolet mourut sur le bûcher. Le bûcher funèbre a été en usage chez beaucoup de peuples anciens, notamment chez les Phéniciens, les Cypriotes, les Gaulois, les Grecs, les Etrusques et les Roumains. Chez les Grecs, si l'inhumation est d'usage pendant la période Mycénienne, la crémation devient prédominante dans la civilisation homérique. Du VIe au IVe siècle prévaut l'inhumation, puis la crémation revient à la mode pendant la période hellénistique. Les Romains des premiers siècles paraissent avoir préféré la sépulture par inhumation ; mais l'incinération domine pendant les derniers siècles de la république et sous l'Empire, jusqu'au IVe siècle de notre ère, époque où l'on revient à l'inhumation sous l'influence néfaste des idées chrétiennes. Sur le bûcher, enduit de poix, on plaçait le cadavre sur son lit funèbre, avec ses vêtements, ses armes, etc... Les proches y mettaient le feu en détournant la tête. La crémation terminée, on éteignait la braise avec du vin et de l'eau. On triait les cendres et les ornements, souvent enveloppés d'ailleurs dans un linceul d'amiante ; on renfermait l'urne dans un coffret, que l'on déposait dans un tombeau ou dans une niche de columbarium. Il faut regretter qu'aujourd'hui on en soit toujours à la mode de l'inhumation, conséquence du christianisme. L'incinération est, à tous les points de vue, préférable à l'inhumation. Elle pourrait éviter, notamment, beaucoup d'épidémies et de contaminations mystérieuses qui proviennent très souvent d'une source dont le cours souterrain a traversé le sol empesté d'un cimetière. Quant au bûcher, en tant que mode de supplice, nous n'avons heureusement plus à déplorer son emploi. La société ne pouvant conserver cet appareil barbare, l'a remplacé par des procédés plus modernes : guillotine, pendaison, chaise électrique, etc... C'est ce qu'elle appelle le Progrès...

BRIGANDAGE 2 Encyclopedie Anarchiste Sébastien Faure





Vol à main armée pillage sur les grands chemins. Au figuré : concussion, rapine. Tel est le sens que le dictionnaire donne au mot « brigandage ». Sens étroit, sens bourgeois qu'il convient d'élargir.
Par brigandage, nous entendons autre chose, et les brigands ne sont point exclusivement ceux qui attendent le passant au coin de la route pour le dévaliser dans l'ombre complice. Ceux dont nous voulons parler sont riches, honorés, haut placés, très souvent décorés, parlent et commandent en maîtres à tous les peuples.
Ces brigands-là sont extrêmement nombreux, mieux armés et plus dangereux que les autres, qui ne sont, eux, que des malheureux affamés et ne sont devenus brigands que contraints et forcés par l'état de choses actuel. Ce sont les grands brigands qui ont engendré et engendrent les autres, les voleurs de grands chemins.
Ces derniers sont des victimes, les autres sont des coupables conscients de leurs actes et de leur conséquences. Le patron qui fait travailler ses ouvriers pour un salaire de famine n'est-il pas un brigand, un brigand qui opère à l'abri de la loi, avec le concours des gendarmes et de la police ? Si les ouvriers se révoltent contre ce brigand, tout le régime le soutient contre ses victimes.
Grands brigands aussi les grands capitalistes et les banquiers, dont l'action malfaisante et quotidienne a pour but d'affamer les peuples, de les précipiter les uns contre les autres pour défendre des intérêts qui leur sont étrangers. N'est-ce pas du brigandage que de faire tuer par millions des hommes pour s'emparer des richesses du sol, pour régner sur de nouveaux territoires ?...
Et les guerres coloniales, ne sont-elles pas autant d'actes de brigandages, au cours desquels les soldats enivrés, les malheureux, volent, pillent, assassinent, violent pour permettre à des industriels, à des négociants, à des financiers de mettre en coupe réglée individus et production d'un pays jusqu'alors libre ?
Qui dira jamais, comme Vigné d'Octon, les brigandages commis au cours des expéditions du Tonkin, de la Chine, de la Tunisie, de Madagascar, du Maroc, qui continuent après la conquête pour l'enrichissement scandaleux des négriers, des capitalistes des métropoles ?
Brigandage encore l'action qui consiste, pour quelques gredins, à s'enrichir pendant les guerres à ramasser dans le sang, sur les ruines, parmi les deuils innombrables, des fortunes colossales. Et ceux qui ont amassé encore des fortunes dans l'exhumation et l'exploitation des cadavres, ne faisaient-ils pas acte de brigandage sur ces champs de bataille après la grande guerre de 1914-1918 ?
Et les coquins qui se faisaient payer jusqu'à cent fois la valeur des dommages de guerre, n'étaient-ils pas, eux aussi, des brigands, qu'on décore et qu'on salue ? Les pétroliers, les armateurs, les propriétaires de mines qui accaparent, transportent et vendent à des prix majorés, ne font-ils pas encore acte de brigandage ? Le mandataire aux Halles qui jette à l'égout les marchandises, les denrées au lieu d'en baisser le prix ; le meunier qui vend la farine au prix fort après l'avoir additionnée de succédanés ; le commerce, le négoce, tout ce qui vend à gros bénéfices, ne sont-ce pas des brigands qui spéculent sur la santé publique et sur le porte monnaie du consommateur ?
La vérité, c'est que le brigandage s'étale partout, dans ce monde de corrompus et de jouisseurs. Il est roi et ses auteurs protestent et crient comme des putois lorsqu'ils sont, par un juste retour des choses, l'objet de la peine du talion modestement appliquée. S'il n'y avait pas eu de brigandage, si, cette action n'avait pas été élevée à la hauteur d'un principe, si on n'en avait pas fait une institution, il n'y aurait pas de propriété, pas de riches, pas d'exploiteurs, ni non plus de misères, de malheureux, d'exploités.
« La propriété, c'est le vol », a dit Proudhon. Ajoutons: c'est le brigandage qui a permis de constituer la propriété. Il y a aussi le brigandage scientifique, littéraire, qui consiste à dépouiller un inventeur, un chercheur, un artiste du produit de son travail, à le dépouiller parce qu'il est pauvre, en acquérant, pour un faible prix, une invention, un procédé de fabrication. qui permet de gagner des millions à celui qui dévalisera le pauvre savant, l'humble chercheur.
Brigandage encore, l'acte qui consisté à faire travailler un artiste de talent pour des prix dérisoires pour revendre ses productions au prix fort. Brigandage toujours que de piller les idées, la pensée des autres, pour les faire siennes. Les cas de ce genre sont légion. Les hommes de valeur meurent pauvres, inconnus et leurs détrousseurs sont célèbres et passent à la postérité, atteignent aux honneurs et à la fortune.
Que sont, auprès de cela, les peccadilles accomplie sous l'aiguillon de la faim, sous l'empire de la misère, pour assurer la vie des êtres chers?
    Pierre BESNARD.

BRIGANDAGE Encyclopedie Anarchiste Sébastien Faure



On désigne actuellement sous le nom de brigandage le vol à main armée lorsqu'il atteint une certaine envergure. La bourgeoisie a fait s'élargir peu à peu dans la langue cette acception, ce qui lui permet de se servir du mot pour désigner tout acte insurrectionnel ou toute reprise individuelle violente. Elle s'efforce ainsi de desservir ses adversaires, tels les anarchistes terroristes, dans l'esprit public, grâce au sens péjoratif du mot brigandage. Pourtant les brigands ne sont pas là où les bourgeois veulent les faire voir. Bien au contraire ils se trouvent parmi ces bourgeois eux-mêmes ou leurs valets. Prenons en effet le sens du mot brigand à son origine. Le mot de brigand fut donné au XIVe siècle à des soldats mercenaires qui portaient une cotte de maille dite brigandine. La profession de brigand devint, pendant la guerre de Cent Ans, une profession honorée. Les pillards logés dans les châteaux (qu'ils avaient soustraits à leurs dignes compères et concurrents : les seigneurs), rançonnaient le pays environnant. On le trouvait si naturel, en haut lieu, que l'on vit le pape Innocent VI, à Avignon, recevoir un brigand, Regnault de Cervote, dit l'Archiprêtre. On cite aussi parmi les brigands les plus célèbres : Aimarigot, Marches et Rodrigue de Villandrareda. On voit donc que le véritable sens du mot brigand n'a rien de commun avec le sens qu'on voudrait lui donner aujourd'hui en l'appliquant au pauvre bougre qui vole pour manger ou qui s'insurge contre les ignominies de la société actuelle. Les brigands sont tout simplement des soudards fainéants, assassins de métier, parfois encombrants pour leurs maîtres, lorsque ceux-ci n'ont pas de crimes à leur faire perpétrer, Vous croyez peut-être que cette espèce de brigands s'est éteinte avec la « civilisation » ? Détrompez-vous, elle existe toujours, aussi puissante qu'au moyen-âge. La mondiale boucherie de 1914-18 pourrait en fournir maints exemples mais, comme il se trouvait des inconscients mêlés aux spadassins professionnels, nous n'insisterons pas. D'autres exemples, bien trop nombreux, hélas ! sont là. Citons les beaux faits d'armes qui illustrèrent la prise de Sikasso (Soudan Français) par les « glorieuses » troupes coloniales : Après le siège, l'assaut. Ba Bemba se tue. On donne l'ordre du pillage. Tout est pris ou tué. Tous les captifs (4000 environ) rassemblés en troupeau. On fait avec eux des étapes de 40 kilomètres. Les enfants et tous ceux qui sont fatigués sont tués à coups de crosse et de baïonnette. Les cadavres étaient laissés au bord des routes. Une femme est trouvée accroupie. Elle est enceinte. On la pousse à coups de crosse. Elle accouche debout, en marchant. On a coupé le cordon sans se retourner pour voir si c'était garçon ou fille... (C.-A. Laisant). - Mentionnons cet épisode du Journal d'un marin : « Nous voici dans le Katinou, au milieu des vaincus. Là, j'assiste au plus horrible spectacle qui se soit jamais reflété en des prunelles de civilisé. Le village était pris et Bokary tué, les troupes blanches ont gagné le bord et il ne reste plus sur les décombres que les auxiliaires. L'un d'eux, en ricanant, éventre une femme mourante et s'amuse à lui casser les dents sous ses talons ; un autre émascule voluptueusement une sorte d'hercule qui râle encore et dont les deux bras carbonisés demandent grâce ; un troisième va de-ci de-là, piétinant tous les cadavres avec une indicible frénésie et plongeant le bout de sa sagaie dans tous les yeux où bri11e un dernier éclair d'agonie. Celui-ci entortille de sanglants intestins sur le canon de son fusil et son voisin s'acharne à scier avec la lame ébréchée de son sabre, les seins d'une vieille dont la maigre carcasse palpite. Je vois une fillette de six à sept ans
dont le corps a été tranché en deux parties égales ; à côté des tronçons, un enfantelet (le frère sans doute) est couché, son petit crâne aplati comme un fromage, et j'aperçois se tendant vers eux les bras raidis et crispés . d'un cadavre de femme gisant, le ventre ouvert, dans une marmelade de viscères... » (P. Vigné D'OCTON). - Lors des expéditions « civilisées » en Chine, en 1860, rappelons le pillage de Pékin : « Après que tout ce qui pouvait s'emporter eût passé dans les sacs ou pris place sur les fourgons à bagages, après que les hommes eurent dormi ou paillardé sur les étoffes les plus précieuses, on chargea le feu d'achever cette oeuvre. Le Palais d'Eté devint la proie des flammes : bibliothèque pleine des produits littéraires de plus de quarante générations, pagodes deux ou trois fois plus vieilles que les plus anciens monuments d'Europe, palais, kiosques, ponts pittoresques, terrasses, vases, statues de granit, de marbre, tout cela n'est plus aujourd'hui ! » (Paul WARIN). - Et encore: « A la Résidence, le palais impérial a été souillé, les ambassadeurs et leurs femmes mêmes ont volé les inestimables objets d'art des appartements intérieurs, les ignobles contempleurs des sciences ont brûlé en partie la grande bibliothèque ; et comme des chiens pour un os, ils se sont battus entre eux pour les célèbres instruments d'observatoire impérial. Quant à la bibliothèque, c'est le plus grand désastre qui, depuis l'année 625, date de la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie, ait frappé la civilisation. Les pertes, surtout celle de la Grande Encyclopédie, sont absolument irrémédiables. Il faudrait détruire toutes les bibliothèques du domaine de la civilisation occidentale pour avoir le corrélatif de cette catastrophe... » (Alexandre DUR, juin 1901). - Nous pourrions multiplier les récits de ce genre, conter comment le colonel Pelissier fit enfumer dans des grottes huit cents Arabes ; comment à Lamina, le 5 juin 1894, on brûla 412 cases sur 498 après avoir pris le bétail, l'or, les vivres et 804 captifs qui furent. distribués comme esclaves aux gens de l'expédition (Georges-ANQUETIL.) ; comment le capitaine Voulet fit prendre vingt femmes mères avec des enfants en bas-âge et les fit tuer à coups de lance... pour l'exemple (interpellation de P. Vigné d'Octon, à la Chambre des députés, le 19 novembre 1900) ; comment les soldats français, après la prise de Bossé, se servirent comme appât vivant pour les fauves, d'une fillette de dix ans qu'on avait liée toute nue sur un nid de fourmies noires pour qu'elle criât et qui mourut rongée par les fourmis (SÉVERINE) ; comment un administrateur vola le cheval d'un indigène qu'il fit ensuite envoyer au bagne sur une fausse accusation pour pouvoir s'emparer de sa femme sans danger (Mme Hubertine AUCLERT) ; comment, à Blagoustcheusk, 5.000 paisibles chinois, hommes, femmes et enfants, furent poussés dans le fleuve Amour par les troupes du général Gribsky (il fallut incinérer les cadavres par crainte de la peste) (Georges-ANQUETIL.) ; comment à Tien-Tsin, les Russes embrochaient même les enfants à la mamelle puis les jetaient en l'air pour les rattraper de nouveau sur la baïonnette, etc... , etc... Qui oserait dire, après cela, que ces monstres enrégimentés ne sont pas les dignes descendants des brigands sanguinaires du moyen-âge ? A côté de ces affreux brigandages l'attentat du terroriste n'est-il pas un geste de saine révolte, d'une révolte qui sait la persuasion impuissante à toucher le coeur ou l'esprit de ces affreuses brutes ? Et comment les lois bourgeoises peuvent-elles avoir l'audace de punir le malheureux qui vole parce qu'il a faim, tandis que l'officier sadique et sanglant voit, à la fin de sa carrière de meurtrier, une décoration fleurir sa boutonnière ? Hélas, il existe toujours des brigands et les lois sont à leur service. Seule, la révolution pourra venir à bout de ce brigandage-là, le seul véritable. Il appartient aux anarchistes d'aider de toutes leurs forces à l'assainissement de la Société de demain en dénonçant hardiment les crimes et les rapines de tous les malfaiteurs officiels.

    Georges VIDAL.