dimanche 14 juin 2026

Rencontre pendant la marche des fiertés

 

Il se peut qu'ayant identifié un interlocuteur, j'ai perdu ce qu'il me disait.
Dans la couleur de ses yeux, celle de ses sourcils, la forme de son nez, dans ce portrait que je pourrais dessiner, j'ai perdu son besoin d'être entendu.
Son récit, qui ne demandait aucun acquiescement, aucun commentaire de soutien ou de critiques, voire de conseils en forme de vérité, de celle que j'ai conscientisé avec mes certitudes, restait sa vérité tant que son visage me restait invisible.

Cela me ramène à Emmanuel Lévinas qui affirme que lorsque nous sommes capable de décrire un visage, c'est que nous n'avons pas considéré son dire au niveau de sa volonté de nous faire entendre son récit.

Lorsque cette personne me parle, elle me confie quelque chose de sa personne, sa nécessité de dire, de faire entendre son être, je suis donc en responsabilité de son partage, je lui suis redevable. Je suis responsable du fait qu'elle ait eu besoin de parler.

L'écoute n'est pas dans le regard, l'écoute n'est réalisable que dans un espace qui ne concerne qu'un seul sens.

On ne peut qu'être maladroit si on interpose nos convictions, même sincères sur un récit. Ce qui fait de l'écoute, une œuvre du vivre ensemble.

Aujourd'hui, que reste-t-il de cette rencontre d'un côté comme de l'autre ?

Sans doute, cette personne se dit une de plus qui n'a rien compris. Qui n'apporte rien à la situation actuelle sans pour autant l'aggraver. Dans l'absolu, ce qui n'évolue pas empire du fait de ce temps long. Qui dit ne pas juger mais qui interprète des faits et propose des solutions à des problèmes avec une grille de lecture d'un point de vue d'hétéro. Et surtout, comme pour des handicapés, le plaint. Alors, qu'elle ne se plaint pas. Par contre, ce qui est indélicat, c'est que, par ce comportement, la replace dans cette position de victime qu'elle rejette.

Elle n'est pas une victime, elle est.

Aucun commentaire: