mardi 5 septembre 2023

Bibliothèque Fahrenheit 451

 

GÉOGRAPHIE DE LA DOMINATION

Si l’histoire du capitalisme est étudiée et connue, sa géographie est plus rarement abordée. L’anthropologue américain David Harvey s’intéresse à son pouvoir de détruire et de construire, de reconfigurer les villes, de changer notre rapport au temps et à l’espace. Il souligne la nécessité d’encourager la production de « singularité culturelle locale » et les contradictions que celle-ci entraîne.
Une rente de monopole se fonde sur le contrôle exclusif de la part de propriétaires privés sur un article directement ou indirectement exploitable, unique et non reproductible. Un terrain peut posséder ces caractéristiques lorsque son usage devient indispensable à certaines activités. Il peut aussi être directement commercialisé pour son unicité. Une contraction apparait dès lors que la commercialisation détruit  peu à peu ses qualités uniques et qui constituent la base d’une rente de monopole. Par exemple, « plus l’Europe se disneyfie, et plus elle perd ce qu’elle possède d’unique et de spécial. La morne homogénéité qui va de pair avec la marchandisation pure efface les avantages monopolistiques. » La seconde contradiction tient dans la tendance au monopole à entraîner l'élimination des entreprises les plus faibles, contre laquelle la législation antitrust aux États-Unis et les commissions d'observation des monopoles en Europe ont d'ailleurs été mises en place. Le problème est de « maintenir des relations économiques suffisamment concurrentielles tout en préservant les privilèges de monopole qu'une classe ou des individus possèdent sur la propriété privée ». Au XIXe siècle les artisans étaient protégés de la concurrence sur les marchés locaux par le coût élevé du transport, jusqu'au développement de celui-ci. Mais le capitalisme tend à une « annihilation de l'espace par le temps ».
En partant de l'exemple des rentes de monopole des vins, selon le critère de « terroir » que l'union européenne cherche à préserver, et que remet en cause Robert Parker avec son Guide des vins, David Harvey montre comment « les prétentions monopolistique sont tout autant un “effet de discours“ et le produit de luttes que le reflet des qualités d'un produit ».
Une troisième contradiction surgit lorsque le soutien des artisans de la mondialisation à des projets locaux susceptibles de rapporter des rentes de monopole, suscite un violent mouvement de résistance.
Ainsi, une « gouvernance urbaine » construit des infrastructures physiques et sociales pour susciter une synergie afin qu'intérêts privés et puissances étatiques créent des rentes de monopole. Dans le champ des objets et pratiques culturelles, une construction discursive est donc à l'œuvre afin que le capital symbolique collectif et les marques de distinction propres à un lieu, par exemple, contribuent au pouvoir d'attraction sur les flux de capitaux, jusqu'à ce que son « irrésistible attrait engendre une marchandisation multinationale de plus en plus homogénéisante ». David Harvey accompagne son exposé de nombreux exemples, de Barcelone à Berlin.

Suivant la ligne tracée par Marx, il analyse ensuite les caractéristiques de la circulation du capital : l’expansion continue de la valeur des marchandises produites, l’application et l’exploitation du travail vivant dans la production, les rapport de classe (oppositions, antagonismes et luttes), la nécessité des changements technologiques qui renouvèlent sans cesse la productivité sociale du travail et visent à en écarter le travail vivant, révélant un antagonisme entre croissance et progrès et entrainant des crises, inévitables, etc. « Pour saisir le moment de crise comme une opportunité offerte au changement révolutionnaire, il est nécessaire de bien comprendre comment les crises se forment et se déploient. » Aussi s’emploie-t’il à expliquer l’accumulation primitive, la circulation du capital, la création du « capital fictif », en insistant sur les aspects géographiques (migration du surplus de force de travail des campagnes vers les villes, déplacement temporel du capital pour trouver des opportunités à l'absorption des surplus, etc.) pour notamment déterminer si le capitalisme peut résoudre ce dilemme interne grâce à l'expansion ou à la restructuration géographique.

À l’issue de son exposé théorique, il conclut que « le remplacement du mode de production capitaliste […] est une condition nécessaire à la survie de l'humanité », conseillant toutefois de ne surtout pas laisser « pareille tâche » à une seule classe ou communauté.

Petit cours de marxisme, complété par la dimension spatiale et géographique écartée par Marx. C’est très technique mais ravira les amateurs de théories économiques.

Ernest London
Le bibliothécaire-armurier


GÉOGRAPHIE DE LA DOMINATION
David Harvey
128 pages – 12 euros
Éditions Les Prairies ordinaires – Collection « Penser/croiser » – Paris - Mars 2008 www.lesprairiesordinaires.com/geacuteographie-de-la-domination.html
200 pages – 14 euros
Éditions Amsterdam – Paris - Octobre 2018
www.editionsamsterdam.fr/geographie-de-la-domination-2/

Bibliothèque Fahrenheit 451

 

20 ANS EN MAI 1871

Selon le principe défini par Frans Masereel – en 1918 ! – de raconter une histoire en 25 images muettes et en noir et blanc, Tardi met comme un point final, à son cycle sur la Commune de Paris, adapté du roman de Jean Vautrin : Le Cri du peuple.
Un homme, courbé par l’âge, quitte son pavillon de banlieue pour rejoindre le cimetière du Père Lachaise où il bafouera un mausolée imposant de prétention, que le texte de présentation nous annonce être le tombeau d’Adolphe Thiers, fossoyeur des Communard·es. Dans les allées, trois corbeaux vigilants et inquiets le suivent tandis qu’une mystérieuse femme en noir l’accompagne en souriant, le prévenant de l’imminence de l’écoulement des derniers grains de sable du sablier ailé qu’elle transporte. Résolu, il commet alors son ultime acte vengeur, vain épitaphe outrageant, comme pour rendre justice à ses compagnons, lui qui avait « 20 ans en mai 1871 ». Les oiseaux carnassiers paraissent profondément indignés et sont rejoints par une nuée d’autres, tandis qu’il s’effondre dans un dernier cri et que la pluie vient laver l’injure. L’un d’eux se pose sur son corps, l’air satisfait. Le monument se coiffe d’une coupole, à la manière d’un panthéon et à la gloire du « grand homme ». Des cheminées fumantes l’entourent, en écho à celle des usines croisées en début de parcours, près du pavillon de notre héros, devant lequel on retrouve in fine un corbeau revanchard.
Son trajet solitaire, dans une ville minérale et déserte, avec de grandes perspectives souvent centrées sur la page, est comme un chemin de croix inexorable au cours duquel le personnage parvient à imposer un geste déterminé, dérisoire mais profondément symbolique (faute de mieux). Les compositions très géométriques et sans niveau de gris, dans leurs cadres noirs, guident le regard vers la suite du chemin et donnent le rythme du récit.
Chef-d’oeuvre en forme de bras d’honneur.

Ernest London
Le bibliothécaire-armurier


20 ANS EN MAI 1871
Tardi
32 pages – 19,90 euros
Éditions Martin de Halleux – Paris - Septembre 2023
martindehalleux.com/

A propos de..."La révolution rêvée" de Michel Surya

 

Nous n’interrogeons que les humains allemands sur ce que leurs ancêtres firent, nous voulons exclure les humains en général, et garder un espoir sur le genre humain en général, exclure que tous les humains sont en capacité de faire ce qu’ils ont fait et pourtant ils ne furent pas différents de ce que nous sommes nous-mêmes. Bien sûr, cela nous interroge sur ce que nous serions capables ou non de faire pareil.

« Qu’on n’accusât pas toute l’Allemagne de ce que ses dirigeants avaient fait, qu’on prétendit moins encore que ce qu’avaient fait ceux-ci, nul ne l’avait déjà fait ni ne le faisait, au même moment, ailleurs, c’est ce que Etiemble chercha à établir en reproduisant ce long passage dans l’article des « Temps modernes » où il rendait compte du livre de Julien Blanc : « Vous avez sans doute entendu parler des wagons à bestiaux dans lesquels nous avons été transportés à B. Nous étions quarante empilés dans le wagon, jetés les uns sur les autres. C’était un fouillis de bras, de têtes et de jambes. Les bâches étaient soigneusement fermées autour de la cargaison de chair humaine, nous ne respirions que par les fentes et les interstices du bois. On avait jeté dans un coin un tas de biscuits en miettes ; mais jetés nous-mêmes sur ces tas, sans savoir ce que c’était, nous l’avions bientôt écrasé, réduit en poussière. Pendant vingt-quatre heures, pas d’autres vivres, pas de boisson ; à L. seulement, on nous donna un morceau de pain de la grosseur du poing. Mais de tout le voyage, pendant trente et une heures, nul ne put descendre et respirer. Les excréments des malades se mêlèrent à la boue de nos biscuits ; la folie s’empara de plusieurs d’entre nous ; on se battait pour avoir un peu d’air, un peu de place ; plusieurs d’entre nous, hallucinés, furieux, étaient autant de bêtes fauves. »

B., qu’intentionnellement Etiemble réduit à une initiale, ne désigne pas Buchenwald, précise-t-il mais Brest. Et le « voyage » qu’Elisée Reclus décrit ici, et qu’Etiemble reproduit, est celui de la déportation des communards. »

Extrait de la pièce: Plus près de toi maman, plus près de toi par M.A.

 

Acte II scène II

 

(L’homme est allongé sur lit. Il n’arrive pas à dormir.)

L’homme : est-ce vraiment dans la pièce de Schwab que ces choses sont dites ou sont-ce les horreurs que je prononce contre ma propre mère ? Il est vrai que la voir ou l’apercevoir au détour d’une rue, marchant en biais, comme pour esquiver on ne sait quel obstacle, démarche qui me donne la nausée. Tout cela m’insupporte. Cette connasse qui se traine sans raison, elle n’aime pas, elle n’aime plus peut-être, elle n’est pas aimée, elle est encombrante. On sait pas quoi en faire. Mais personne n’arrive à la jeter. Alors pourquoi pas croire que Dieu existe et serait suffisamment bienveillant pour la rappeler à lui…ou l’envoyer là où il voudra mais que ce soit définitif et loin de moi. Ce n’est pas un jeu de souhaiter la mort de quelqu’un, évidemment, mais le soulagement de savoir que tout cela prendrait fin à sa disparition.

J’ai encore le souvenir de cette année-là qui ne dura qu’une semaine. Le complexe d’Œdipe ne fut pas cette année-là que la pensée philosophique elle devint presque effective terriblement oppressante suffisamment mémorable pour que le souvenir vienne encore me perturber. Comme je lui en veux d’avoir permis que les cartes se brouillent ainsi que le jeu de la puberté fut celui de la vengeance à l’homme qu’elle a haï plus qu’elle n’a aimé le premier. Nous étions couple sans rapport charnel sans rapport charnel …peut-être parce qu’elle était laide suffisamment pour que sa laideur lutta à arme égale avec la puissance du complexe…Elle n’a jamais été autant ma mère que cette semaine où elle ne pouvait pas non plus être ma première femme…Elle ne fut jamais la première en quoi que ce fut…Elle fit toujours en sorte que ce soit mon frère qui ait la sensation qu’elle était sa mère alors que je devais ne penser jamais être vraiment à ma place. Schwab mit sa mère à la place que toute chienne devrait avoir c’est-à-dire à distance afin de ne faire de mal à personne…et surtout pas à un enfant qui ne cherchait que l’amour de sa mère quand celle-ci ne pensait qu’à tout faire pour ne jamais être véritablement une mère.

Je n’ai pas de souvenir continue de cette vie avec elle avec eux…ce sont des bribes qui ne me construisent pas complétement…elles ne font que permettre le passage d’un trou de mémoire à un autre…C’est elle qui me créa les souvenirs qu’elle ne voulut pas que j’eus jusqu’à cette histoire de porte fermée devant laquelle je pleure de ne pouvoir rejoindre celle que je prenais pour ma mère et qui pleurait également…Qui étions nous alors à cet instant précis ? Deux être séparés dans un espace relativement étroit mais si hermétiquement clos de par la volonté dont je ne savais qui…Allait-elle pouvoir me dire ce que c’était ? Je n’ai pas l’impression que cela ne se passa qu’une fois…Ce fut suffisamment long que ce fut un deuil mais de quel deuil pouvait-on parler puisque mon père était déjà mort sans doute quelques années auparavant ? je lui avais posé la question une seule fois et elle ne m’a jamais répondu prétextant ne plus se souvenir…Est-elle autant dans le présent que la douleur du passé n’a plus sa place ? Avait-elle le pouvoir de vivre au jour le jour sans se surcharger d’un passé douloureux ? Ou alors quel est donc ce secret qu’elle ne peut me dire alors que cela me guérirait surement de quelques douleurs silencieuses qui trainent dans ma mémoire ? Comme je la soupçonne de ne pas avoir été une femme fidèle… J’ai au moins 3 personnes que je soupçonne aujourd’hui d’avoir été ses amants…Elle a vécu les histoires sordides de coucheries hors mariages…Elle fut la triste héroïne de sordides cinq à sept sans espoir, sans amour juste du cul pour oublier qu’on fut mal mariée que l’on a fait une erreur que l’on subit mais que l’on ne peut plus réparer ? En fait, qui es-tu femme que je ne connais pas parce que pendant longtemps je t’ai regardé avec les yeux d’un enfant pour ensuite te bannir sans vraiment savoir pourquoi ? Tu as été celle qui fut génitrice mais pas mère…Finalement, il faut peu de choses pour qu’une femme échappa à son rôle de mère pour n’être qu’une génitrice encombré de deux enfants.. 

Si je fus une lourde charge pendant très longtemps je ne serais pas celui qui te permettra de partir en paix…Si vraiment tout cela te trouble t’attriste si il faut le pardon, mon pardon, pour que tu partes en paix et bien je ne te le donnerais jamais…Tu partiras tourmentée parce que je ne vécus pour ne jamais avoir eu de mère…

J’ai vu des photos de ma « famille » faire de grands repas, très arrosés…Jamais nous ne sommes présents les enfants comme cela se fait dans les familles parce que les enfants ne veulent pas dormir lorsque pas loin la fête bat son plein. Sommes-nous déjà couchés avec l’interdiction de sortir de la chambre ? Sous quelle sanction ? Ou bien alors encore pire : nous n’étions pas présents. On nous envoyait chez des gens pour ne pas gêner la beuverie.

Je n’arrive plus à me souvenir de quel âge je pouvais avoir pour cette histoire de porte fermée devant moi…J’en ai conscience donc je n’ai pas les 3 semaines de la mort de mon père…Ou alors il n’est pas mort trois semaines après ma naissance mais bien plus tard…Je ne me rappelle pas si c’est ma mère qui me mets derrière la porte pour être avec quelqu’un d’autre que moi…ne pas m’imposer sa tristesse sa douleur mais ne souffrais-je pas plus chassé loin de ma mère…Est-ce elle ou bien ces personnes qui sont là et qui m’éloignent d’elle ? Et qui sont-ils ? Je ne les reconnais pas mais ils sont les ombres qui embarrassent le désespoir de ne pas voir celle qui pleure. Ne fut-elle plus ma mère de ce rejet ? ne fut-elle plus celle que j’aurais eu comme si elle m’avait laissé être à ses côtés si nous avions mêlé nos larmes...N’aurions-nous pas pleuré pour les mêmes causes que nous l’aurions fait ensemble…dans la cuisine pendant que derrière la porte seraient restés ceux qui voulaient nous séparer…nous aurions été ensemble…Et j’ai moins de deux ans puisque je n’ai pas de souvenir que mon demi-frère ait vécu la même chose…Donc résumons je vis une scène dont je ne connais pas l’origine dont je ne connais pas les acteurs dont je ne connais rien si ce n’est cette porte…et une mère qui ne s’en rappelle plus…Lorsque j’aperçois ma génitrice, je ne pense qu’à cette porte, elle n’est pas ouverte elle n’a jamais été ouverte cette porte est restée fermée avec d’un côté ma mère qui pleure et moi de l’autre côté qui pleure également. ..Ma mère n’a pas de souvenirs de cette histoire, elle n’en a pas…ou alors elle fuit encore quelque chose qui la dépasse ou la peur de souffrir encore inutilement sur passé qu’elle veut oublier et dont je lui demande de s’en souvenir…

 

 

(En fin de compte il s’endormit sans penser qu’il allait être reposé lorsqu’il se réveillera).

 

 

 

Court récit par M.A.

 

Georges Bataille écrivit qu’il allait dans la chambre dans laquelle le cadavre de sa mère reposait sur le lit. Il entrait nu dans cette pièce pour aller s’y masturber.

Georges Bataille l’écrivit, le fit-il ? Peut-on écrire ce que l’on veut ce que l’on imagine au-delà de l’imagination commune sans pour autant que chacun lui conseilla une visite au psychiatre.

Georges bataille a toujours eu le goût de l’immonde sans pour autant, dans le style, y égaler un Pierre Guyotat qui non seulement décrit les immondices en pratiquant à cela même le style immondice. C’est  à dire que nous avons l’odeur les images.

Ne pourrais-je pas commencer une histoire qui commencerait par un acte issu de la pensée de Bataille ?

Je suis un enfant. Qui vit seul avec sa mère. Celle-ci est allongée mais elle n’est pas morte. Elle est ivre, encore. Elle a bu parce que son amant, c’est-à-dire celui qui la baisait lui faisait croire qu’elle était encore une femme baisable, qu’elle n’était pas qu’une mère qu’elle n’avait jamais été qu’elle n’était pas plus rejetée de celui qu’elle haïssait qu’elle avait pu elle-même rejeter.

Alors, elle est allongée, elle pue, elle dort dans son vomi et je la regarde. Cette fois-ci, je n’ai pu éviter cela. L’oreiller est rouge, en grande partie, dans de la bile diluée. Un long filet va même jusqu’au pied du lit.

Elle gémit. Elle n’est pas baisable à ce moment-là. Elle n’est que bête malade sans éclat sans lumière. Puis-je alors à ce moment-là sortir mon sexe durci et commencer à me branler pour rajouter au vomi mon sperme ? Puis-je moi aussi ajouter à ce tableau déplorable ma touche de mauvais goût ? Parce qu’à ce moment, dans l’horreur, on se dit qu’il faut aller jusqu’au bout. Mais je pourrais, puisque à ce moment précis où je la contemple, je ne ressens aucun amour, ce ne serait pas un moment sexuel ça ne ressemblerait à rien de moins que ce qu’elle me présente là seule. Sa chemise de nuit est elle aussi rouge vif celle-ci est roulée juste au-dessus de son sexe. En bref, j’y vois sa chatte,

Une dernière chose : que dois-je faire ? Je ne l’aime pas je la laisse donc dans son vomi pour que toute la famille la voit son mari son autre fils. Que chacun puisse se régaler de ce spectacle. Ou alors, je la sors de la je la lave je change les draps je la recouche et je suis le seul l’unique chanceux de ce spectacle sans un merci sans une reconnaissance un silence de honte peut-être peut-être même pas.

Finalement, je ne l’ai pas laissée, un peu comme Surya s’est occupé de son père sans savoir pourquoi. Et c’est justement parce que l’on ne sait pas pourquoi qu’on l’a fait car si on n’avait réfléchi sans doute serions-nous retournés dans nos chambres pour simuler le sommeil. Je me demande où ai-je été cherché la force l’envie le courage l’amour minimum nécessaire pour la sortir de là.

 

Donc je suis parti de ce que Bataille a écrit ou qu’il a fait ou qu’il a eu le fantasme malsain de faire sans le faire et je peux broder. Broder sur la vie que je visualise celle que je peux imaginer de la scène que je viens de décrire.

Donc elle est celle qui se fait niquer hors mariage par des amants.

On peut imaginer que celui qui vient de la jeter n’est pas le premier et ne sera surement pas le dernier. Son mari le sait on lui a dit qu’on voyait sa femme avec des hommes. La douleur est celle qu’il peut mettre en avant pour expliquer son alcoolisme. Il le justifie il ne cherche même pas à s’en sortir car il s’amuse mieux dehors que chez lui. « Chez lui » est une expression qu’il n’aime pas puisque il est rejeté. En vérité lorsqu’on y pense c’est quelqu’un qui n’a jamais eu de chez lui. Sauf dans sa tombe. A priori personne ne viendra l’en sortir sauf si on ne paie plus la concession. Donc du coup il est encore en sursis.

 

Donc je résume : ma mère est dans son vomi et je prie je ne sais pas qui qu’elle ne se soit pas chié dessus ; mon père fuit un foyer parce que sa femme le trompe et il boit il boit.

 

Bataille sans doute aurait eu du talent pour développer encore autour de ce début. De broder quelque chose.

 

Revoyons la scène et décrivons là rapidement : une mère ivre avec sa chemise de nuit retroussée au-dessus de sa chatte comate dans son vomi. Près du lit, un adolescent se tire sur la queue avant d’éjaculer sur l’oreiller et sur le visage de sa mère.

Pourquoi ? Pourquoi cette scène ? Qu’amène-t-elle à la compréhension de la relation ? Eh bien, elle nous place immédiatement sur le plan de l’abject et ne laisse passer aucun doute.

 

Cette fois là, il la laisse comme elle est. Telle qu’il la trouve. Son vomi le sperme la bile tout cela sur un oreiller rouge. L’enfant s’en retourne dans sa chambre et fait semblant de dormir en attendant que son père rentre bourré de sa tournée des bars. D’avoir entendu les rires et les injures de ses copains sur les aventures de sa salope de femme. Il va en avoir l’image en rentrant. Une femme qui dort dans du sperme et du vomi. Pourra-t-il encore douter ? Voudra-t-il encore l’excuser ?

Il ouvre la porte de la chambre les odeurs lui sautent au visage et lui aussi il se met à vomir. Vomi sur vomi l’odeur devient vite intenable. Que va-t-il faire ?

1/  il l’aime encore il pleure et il s’en occupe. Il la lave complètement refait le lit la serre dans ses bras et il la console et lui souffle qu’il l’aime.

2/ Il a devant lui l’image de ce que ses copains lui ont raconté toute la soirée. Elle baise avec n’importe ui c’est une pute. Alors il la réveille et l’injurie la tape peut-être et va coucher dans la chambre de l’autre fils.

3/ Ou alors il a fini de la détester il est passé à autre chose il s’en fout. Alors il fait demi-tour et repars dans la nuit continuer à s’enivrer et peut-être même en mourir. Pourquoi pas ? Mais mourir pour une histoire dont on se moque c’est con !

 

Dans la nuit l’enfant entend du bruit dans la chambre de sa mère. Elle semble d’être réveillée. Puis de l’eau coule dans la salle de bain. Puis, le grincement de la porte de l’armoire. Elle va refaire son lit. Puis de nouveau le silence. Soudain en tendant l’oreille l’enfant entend des pleurs. Elle pleure.

« Il est l’heure tu dois te lever. »

 

Non pour rien au monde l’enfant ne veut croiser cette femme qui est sa mère qui est une pute qui est une alcoolique et sur laquelle dans une scène grotesquement salasse il a éjaculé sur le visage.

 


 

Il a fallu que j’aille travailler et j’ai laissé la famille en l’état.

Résumons : la mère est debout et tente de tenir le rôle de mère qu’elle n’arrive qu’à grand peine de tenir.

Un fils est enfermé dans sa chambre parce qu’il refuse de faire semblant que rien ne s’est passé que tout est normal et qu’il a le droit de spermer sur sa mère quand elle est bourrée. L’autre enfant est parti à l’école après une bonne nuit lors de laquelle il n’a rien entendu ou a décidé de ne rien entendre pour que sa petite vie de merdeux ne soit pas chamboulée pour lui préserver un avenir qui ne soit pas celui de petits fonctionnaires minables.

La question est donc celle-ci : que va-t-il se passer ce soir ?

dimanche 3 septembre 2023

Georges Bataille texte tiré de "Georges Bataille la mort à l'oeuvre" de M.S.

 "Il me semble qu'il est important d'apercevoir ce qui manque dans le monde, je sais qu'on peut tout simplement dire que ça ne manque pas, puisqu'on peut s'en passer, mais cela n'est pas vrai pour tous: il y a certaines gens pour lesquelles le souvenir de ce que Dieu a représenté...il faut que je fasse attention, je crois que je peux dire ici des bêtises, c'est-à-dire des choses très lourdes, mais enfin il me semble que l'on peut apercevoir ce que Nietzsche a exprimé par la formule de la mort de Dieu. Pour Nietzsche, ce qu'il a appelé la mort de Dieu laissait un vide terrible, quelque chose de vertigineux, presque, et de difficilement supportable. Au fond c'est à peu près ce qui arrive la première fois qu'on prend conscience de ce que signifie, de ce qu'implique la mort: tout ce qu'on est se révèle fragile et périssable, ce sur quoi nous basons tous les calculs de notre existence est destiné à se dissoudre dans une espèce de brume inconsistante...est-ce que ma phrase est finie?

-Je crois.

-Si elle n'est finie, cela n'exprimerait pas mal ce que j'ai voulu dire..."

le lion chatré de georges Bataille ( article )

 Je n'ai pas grand chose à dire sur la personne d'André Breton que je ne connais guère. Je ne m'intéressais pas à ses rapports de police. Je regrette seulement qu'il ait si longtemps encombré le pavé avec ses idioties abrutissantes.

Que la religion crève avec cette vieille vessie religieuse.

Cela vaudrait la peine, cependant, de conserver le souvenir de ce gros abcès de phraséologie cléricale, ne serait-ce que pour dégoûter les jeunes de se châtrer dans des rêves. 

"Ci-gît le bœuf Breton, le vieil esthète, faux révolutionnaire à tête de Christ".

Un homme qui a du respect plein la bouche n'est pas un homme mais un bœuf, un prêtre ou encore, un représentant d'une espèce innommable, animal à grande tignasse et tête à crachats, le lion "châtré".

Il reste donc la fameuse question du surréalisme, religion nouvelle vouée, en dépit des apparences, à un vague succès. 

Personne ne doute en effet que les conditions élémentaires du succès religieux ne soient réunies par la religion surréaliste, le "mystère" touchant les dogmes allant aujourd'hui jusqu'à "l'occultation", l'"hypocrisie" touchant les personnes atteignant , dans un manifeste aussi grandiloquent, aussi faux qu'un catafalque, une impudeur grossière.

Il me parait d'ailleurs nécessaire de ne laisser aucune ambiguïté dans cette manière de présenter les choses. Je ne parle pas de religion surréaliste uniquement pour exprimer un dégoût insurmontable mais bien par souci d'exactitude., pour des raisons en quelque sorte techniques.

Je suppose qu'il est idiot de parler de violence en escroquant un semblant de violence à l'obscurité. Il est possible sans aucun doute de sauvegarder la plus grossière virilité et de s'opposer aux veuleries comme aux oppressions bourgeoises en utilisant des procédés techniques. L'abominable conscience qu'a n'importe quel être humain d'une castration mentale à peu de chose près inévitable se traduit dans les conditions normales en activité religieuse, car le dit être humain, pour fuir devant un danger grotesque et garder cependant le goût d'exister, transpose son activité dans le domaine mythique. Comme il recouvre de cette façon une fausse liberté, il n'éprouve plus de difficultés à figurer des êtres viril, qui ne sont que des ombres, et, par la suite, à confondre lâchement sa vie avec une ombre, mais tout le monde sait aujourd'hui que la liquidation de la société moderne ne tournera pas en eau comme cela s'est produit à la fin de la période romaine avec le christianisme. A l'exception d'esthètes peu ragoutants, personne ne veut s'enterrer dans une contemplation aveugle et idiote, personne ne veut d'une liberté mythique.

Etonné de voir que cette liquidation se passait uniquement sur le plan politique, se traduisait uniquement par des mouvements révolutionnaires, le surréalisme a cherché avec l'inconscient obscutionnisme et la fourberie politique du cadavérique Breton, à se faufiler comme il pouvait dans les fourgons du communisme. La manœuvre ayant échouée, le même Breton en est réduit à dissimuler son entreprise religieuse sous une pauvre phraséologie révolutionnaire. Mais l'attitude révolutionnaire d'un Breton pourrait-elle passer pour autre chose qu'une escroquerie?

un faux bonhomme qui a crevé d'ennui dans ses absurdes "terre de trésor", ça c'est bon pour religion, bien assez bon pour petits châtrés, pour petits poètes, pour petits mystiques-roquets. Mais on ne renverse rien avec une grosse gidouille molle, avec un paquet-bibliothèque de rêves.