"Tout abandon de principes aboutit forcément à une défaite" Elisée Reclus "Le dialogue, c'est la Mort" L'injure sociale
jeudi 20 octobre 2022
Marcel PROUST - LA MER
lundi 17 octobre 2022
L'espèce humaine Par Robert Antelme 1947
"Rigolade de mon nom, et je réponds" Présent!,. Il m'a frappé l'oreille comme un barbarisme, mais je l'ai reconnu. Un instant, j'ai donc été désigné ici directement, on s'est adressé à moi seul, on m'a sollicité spécialement, moi, irremplaçable! Et je suis apparu. Quelqu'un s'est trouvé pour dire " oui" à ce bruit qui était bien au moins autant mon nom que j'étais moi-même, ici. Et il fallait dire oui pour retourner à la nuit, à la pierre de la figure sans nom. Si je n'avais rien dit, on m'aurait cherché, les autres ne seraient pas partis avant qu'on ne m'ait trouvé. On aurait recompté, on aurait vu qu'il y en avait un qui n'avait pas dit" oui », qui ne voulait pas que lui, ce soit lui. Et, après m'avoir découvert, les SS m'auraient foutu sur la gueule pour me faire reconnaître qu'ici moi c'était bien moi et me faire rentrer cette logique dans le crâne: que moi c'était bien moi et que c'était bien moi ce rien qui portait ce nom qu'on avait lu.
"On se laisse emporter, et le corps bercé se détend. Ça roule, on a l'illusion de vaincre de l'espace. Mais, quand on sera arrivé, on le retrouvera intact, cet espace qui nous sépare de là-bas. On ne remue qu'à l'intérieur de l'Allemagne, et cette distance est neutre, et ce mouvement ne fait que brouiller ce qui, hier, était définitif et le sera demain. On secoue les cadavres".
"
La 17 octobre 1961: un massacre à Paris
Comme chaque année depuis que j'ai crée ce blog, je pense à cet anniversaire macabre. Pas pour culpabiliser, pas pour que le peuple français d'aujourd'hui s'excuse de quoi que ce soit. Mais, l'oubli qui se multiplie sur toutes ces horreurs ne nous aide pas à avancer.
La France est sortie grandi de cette histoire lorsque le président Macron a commémoré cette date. Sans trop de cinéma, humblement, il a reconnu les erreurs de la France et n'est ce pas cette volonté de voir la France s'éleva? Alors, bien sûr, encore une fois, l'extrême droite française, dans toutes ses composantes s'ne est donnée à coeur joie.
Voilà aujourd'hui, nous sommes autres, ils sont autres, et nous devons avancer ensemble.
(cliquez sur le lien) https://youtu.be/m9jJltIwkv4
Quand à l'histoire même, De Gaulle a mis comme préfet un personnage qui a été plus que sulfureux dans l'histoire de la deuxième guerre mondiale, comment ne pouvait-il pas devenier ce que ce genre de personnage pouvait être capable de faire?
dimanche 16 octobre 2022
L espèce humaine. Par Robert Antelme
"La mort était ici de plain-pied avec la vie, mais à toutes les secondes. La chemmée du crématoire fumait à côté de celle de la cuisine. Avant que nous soyons là, il Y avait eu des os de morts dans la soupe des vivants, et l'or de la bouche des morts s'échangeait depuis longtemps contre le pain des vivants. La mort était formidablement entraînée dans le circuit de la vie quotidienne. Nous étions des enfants, vraiment. "
"On nous avait comptés plusieurs fois. Toutes les opérations étaient terminées. Ceux qui restaient se tenaient à l'écart de nous, ils semblaient s'être éloignés. La différence entre nous s'affirmait, et en même temps un désir immédiat de se parler. On se faisait des signes par-dessus quelque chose. Ceux qui s'étaient engueulés se criaient: "Bon courage!,. Ceux qui n'avaient jamais échangé que quelques mots se demandaient à la hâte: «Où habites-tu?" Il était trop tard. Trop tard pour se connaître. Il aurait fallu se parler avant; ces inconnus qui se découvraient à la hâte étaient maladroits. Trop tard. Mais c'était donc que nous pouvions encore nouS émouvoir; nous n'étions pas morts. La vie, au contraire, venait de se réveiller du sommeil commençant des camps. Nous étions encore capables d'être tristes en quittant des camarades, encore frais, humains. Cela rassurait. Nous avions déjà besoin d'être rassurés. C'est pourquoi certains y mettaient peut-être quelque complaisance. "
"Nous n'avions pas le temps. Mais il y eut quelques secondes où cela apparut comme un déchirement. C'était bien là, sans doute, le mouvement de l'amour impossible. Eux voulaient nous retenir dans la vie. Tout à l'heure ce serait fini, nous ne serions plus à perdre, nous serions même oubliés. Ils le savaient, et nous le savions. Mais nous nous demandions ensemble, eux et nous, si nous aurions toujours la force de vouloir retenir l'autre dans la vie. Et si, même dans le calme relatif, non traqués, nous en arrivions à ne plus vouloir, à ne plus avoir la force de le vouloir? Alors nous serions sans doute devenus l'homme adulte du camp, le chef de block, une espèce d'homme nouveau. "
samedi 15 octobre 2022
Molière : L’amour médecin
Acte III scène première
M. Filerin :
N'avez-vous
point de honte, Messieurs, de montrer si peu de prudence, pour des gens de
votre âge, et de vous être querellés comme de jeunes étourdis ? Ne voyez-vous
pas bien quel tort ces sortes de querelles nous font parmi le monde ? Et
n'est-ce pas assez que les savants voient les contrariétés, et les dissensions
qui sont entre nos auteurs et nos anciens maîtres, sans découvrir encore au
peuple, par nos débats et nos querelles, la forfanterie de notre art ? Pour moi,
je ne comprends rien du tout à cette méchante politique de quelques-uns de nos
gens. Et il faut confesser, que toutes ces contestations nous ont décriés,
depuis peu, d'une étrange manière, et que, si nous n'y prenons garde, nous
allons nous ruiner nous-mêmes. Je n'en parle pas pour mon intérêt. Car, Dieu
merci, j'ai déjà établi mes petites affaires. Qu'il vente, qu'il pleuve, qu'il
grêle, ceux qui sont morts sont morts, et j'ai de quoi me passer des vivants.
Mais enfin, toutes ces disputes ne valent rien pour la médecine. Puisque le
Ciel nous fait la grâce, que depuis tant de siècles, on demeure infatué de
nous, ne désabusons point les hommes avec nos cabales extravagantes, et
profitons de leur sottise le plus doucement que nous pourrons. Nous ne sommes
pas les seuls, comme vous savez, qui tâchons à nous prévaloir de la faiblesse humaine.
C'est là que va l'étude de la plupart du monde, et chacun s'efforce de prendre
les hommes par leur faible, pour en tirer quelque profit. Les flatteurs, par
exemple, cherchent à profiter de l'amour que les hommes ont pour les louanges, en leur
donnant tout le vain encens qu'ils souhaitent : et c'est un art où l'on fait,
comme on voit, des fortunes considérables. Les alchimistes tâchent à profiter
de la passion qu'on a pour les richesses, en promettant des montagnes d'or à
ceux qui les écoutent. Et les diseurs d'horoscopes, par leurs prédictions
trompeuses profitent de la vanité et de l'ambition des crédules esprits : mais
le plus grand faible des hommes, c'est l'amour qu'ils ont pour la vie, et nous
en profitons nous autres, par notre pompeux galimatias ; et savons prendre nos
avantages de cette vénération, que la peur de mourir leur donne pour notre
métier. Conservons-nous donc dans le degré d'estime où leur faiblesse nous a
mis, et soyons de concert auprès des malades, pour nous attribuer les heureux succès
de la maladie, et rejeter sur la nature toutes les bévues de notre art. N'allons
point, dis-je, détruire sottement les heureuses préventions d'une erreur qui
donne du pain à tant de personnes (et, de l’argent de ceux que nous mettons en
terre, nous fait élever de tous côtés de si beaux héritages.)
jeudi 13 octobre 2022
La filouterie N° 2: les mots perdus
"Lorsqu'un être s'adonne à la recherche poétique, il donne sa sensibilité à l'autel du monde, quitte à y sacrifier tout ce qu'il y avait de stable dans un certain état d'accoutumance à l'atrophie des sens. Le poète ouvre ses sens à la possibilité de quelque chose comme une conscience ou une empathie quasi illimitées, c'est pourquoi il est peut-être plus lié qu'un autre à l'entente de tout ce qui meurtrit chaque jour la vie humaine. La poésie est "l'éthique d'une sensibilité en éveil" (Louis Janover). La poésie d'un homme juge de facto son comportement, car l'éthique de la poésie tend à ne jamais s'accommoder de la division entre les actes et les pensées, mais cherche au contraire à fusionner l'oeuvre et la vie".
La Filouterie N°2: les mots perdus
Fragments IV
La spécialisation des fonctions sociales, qui entretient une division des puissances sensibles, a créé un domaine délégué aux dites "productions de l'esprit", l'art. Ainsi la poésie peut-elle passer pour un sous-courant de la littérature, une dissection de l'âme sans conséquences pour le rapport de l'homme au monde; ainsi les poètes peuvent-ils se figer dans la pierre d'une trajectoire exceptionnelle, c'est-à-dire, ici, un: CECI EST,MAIS PAS POUR TOI. Chaque chose à sa place, et une place pour chaque chose.
Mais pour autant qu'elle passe à travers toutes les strates du monde, à la fois connaissance, expérience et liberté, la poésie échappe aux classifications, aux encadenassements; et ainsi des poètes, qui se sont liés à cette exigence totale.
Novalis, Hölderlin, Nerval, Artaud, Gilbert-Lecomte, Daumal, sont de ceux-là qui se sont entêtés dans une exigence semblable. Ce qu'ils en ont fait remet en cause, à un certain point, toute l'histoire humaine. "Après cet incident - certainement très grave- le corps du sieur fantomatique, tond comme un zéro satisfait, devint un trou, un trou sans contour, messieurs, à la surface du vide. Un trou qu'un jour, messieurs, il vous faudra bien mesurer afin d'en faire une triple preuve de la dimension exacte de votre néant. Le reste se perd dans la nuit des temps." (Jean-Pierre Duprey). Avec une caresse ou avec un pied-de-biche, les poètes sont venus fendre l'âme de ceux qui seront disposés à se fissurer pour laisser l'être entier venir hurler en eux; et pour si effrayante que puisse être une telle fracture, sa simple existence bouleverse l'insupportable simplicité de ce qui a cours, celle-là même qui voudrait oublier son double-fond et son ambivalence.
Mais à l'inverse l'existence d'un domaine spécialisé de l'âme ( l'art), autorise en retour les "artistes" à toutes les compromissions vis-à-vis des exigences formulées en poésie. En sorte que les principes énoncés dans la poésie peuvent fort bien, du fait même que l'organisation sociale de l'art la réserve à un pan restreint de l'existence, ne pas se présenter comme s'imposant légitimement au reste de la vie."