jeudi 14 novembre 2019

BIBLIOTHÈQUE FAHRENHEIT 451

Posted: 14 Nov 2019 12:20 AM PST
Édith Thomas rend justice aux femmes en étudiant leur rôle, trop souvent ignoré et déformé, dans l’histoire de la Commune de Paris. Elle revient notamment sur l’accusation qui se cache derrière le terme de « pétroleuse » et les stigmatise encore.

Au sein du prolétariat, les femmes sont surexploitées. Une femme seule peut difficilement vivre de son salaire qu’elle doit souvent compléter au moyen de la prostitution. Le mariage légal et religieux n’est pas la règle de la famille ouvrière.
La section française de l’Association Internationale des Travailleurs est proudhonienne et résolument hostile au travail des femmes. Pourtant, Victorine Brochet, une de ses adhérentes, collabore à la création d’une boulangerie coopérative. Nathalie Lemel fonde avec Varlin une société d’alimentation : La Marmite, et Marguerite Tinayre, la Société des Équitables de Paris. Louise Michel est institutrice. Elle enseigne « le développement de la conscience assez grand pour qu’il ne puisse exister d’autres récompenses ou d’autres punitions que le sentiment du devoir accompli ou de la mauvaise action. » Plusieurs femmes réfutent les théories de Proudhon sur la supposée triple infériorité de la femme, au point de vue physique, intellectuel et moral.
Lorsque les Prussiens assiègent Paris, après la chute de l’Empire et la proclamation de la République, le peuple est prêt à se battre alors que le nouveau pouvoir préfère traiter avec l’ennemi. Le travail manque autant que la nourriture. Des comités de femmes préconisent l’établissement d’ateliers communaux et des réunions sont organisées en faveur de la Commune sociale. Certaines deviennent cantinières ou ambulancières, tandis que sont formés dix bataillons de femmes, les « Amazones de la Seine ». Après quatre mois de faim, de froid, de bombardements et de misère, la capitulation semble la seule issue. Le 31 janvier, les délégués des clubs, de la Garde nationale et des comités de vigilance se mettent d’accord pour s’opposer à la reddition et à garder les armes. Le 1er mars les Prussiens entrent dans Paris pour en ressortir le 2 et camper aux alentours. Le 18, Thiers fait entrer ses troupes dans la ville pendant la nuit, pour en occuper les points stratégiques et s’emparer des canons que les habitants sont bien décidés à défendre puisqu’ils les ont payés par souscription. Ainsi, à Montmartre, la foule composée majoritairement de femmes, accoure pour les défendre et contraint les soldats à « fraterniser » avec la Garde nationale. La Commune, élue le 26 mars, s’installe à l’Hôtel de ville le 29. Le Gouvernement s’est réfugié à Versailles.
Édith Thomas étudie l’implication réel des femmes dans les semaines qui suivirent, individuellement en s’attachant à quelques figures dont on peut suivre les traces, et collectivement, en dépouillant les communications de l’Union des Femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés, qui représente le courant révolutionnaire, des clubs et d’autres groupes de citoyennes, plus modérées. L’Union va prendre en charge la réorganisation du travail au moyen d’associations productives libres, sous l’impulsion d’Élisabeth Dmitrieff, en se préoccupant de la diminution du temps de travail, de l’égalité salarial entre les travailleurs des deux sexes et de la remise aux producteurs de leurs instruments de travail.
« Pour fonder la société de l’avenir dont rêvait la Commune, il fallait former des hommes et des femmes qui fussent libérés de l’empreinte cléricale. Il était nécessaire d’organiser un enseignement laïc, et de prévoir, pour les filles, dont l’instruction avait toujours été si négligée, de nouvelles écoles et, en particulier, des écoles techniques, qui les préparassent à gagner leur vie. » La société L’Éducation nouvelle  propose que l’instruction religieuse ou dogmatique soit supprimée dans les établissement de l’État, que l’instruction soit gratuite, complète et obligatoire. Louise Michel élabore une méthode d’enseignement qui attache une grande importance à la formation morale des élèves et développe leur conscience  au point « qu’il ne puisse exister d’autres récompenses ou d’autres punitions que le sentiment du devoir accompli ou de la mauvaise action ». Des crèches sont envisagées, non comme simple garderies pour les enfants pauvres mais comme cadre agréable pour leur donner un début d’éducation, ainsi qu’une dispense de travail pour les femmes qui allaitent. Dans les hôpitaux, les religieuses sont remplacées par des femmes du peuple.

Le 21 mai à 15 heures, les troupes de Versailles entrent dans Paris. Édith Thomas relate la place des femmes, notamment sur les barricades, pendant la Semaine sanglante qui commence alors. Elle pose bien sûr la question des incendies, rappelant le nombre important d’obus et des bombes pétrole lancés par l’armée de Versailles depuis début avril. La disparition dans les flammes de la Cour des comptes, du Conseil d’État, du ministère des Finances qui contenaient les archives de la gestion impériale, peut être attribuée à des agents bonapartistes. Quant à la question des « pétroleuses », croisant les différents témoignages, des virulent calomniateurs de la Commune comme Maxime Du Camp et de reporters anglo-saxons, elle conclut qu’il s’agit plutôt d’un mythe, « une de ces manifestations de peur collective, comme on en rencontre parfois dans l’histoire ». Elle étudie aussi deux procès qui condamnèrent lourdement une poignée de femmes, sans preuve, « parce qu’il fallait bien des coupables et que l’on en trouvait pas ».

« Beaucoup de femmes qui s’engagèrent dans les rangs de la Commune ne semblent pas y avoir été poussées par des motifs idéologiques. Certaines se contentèrent d’accompagner leur mari ou leur amant dans les rangs des fédérés. Mais d’autres, au contraire, accomplirent, pour la première fois, un acte politique, participèrent, pour la première fois, à la vie politique, dont elles avaient toujours été exclues. »

Étude remarquable dont la ré-édition s’imposait.


LES « PÉTROLEUSES »
Édith Thomas
Préface de Bernard Noël
372 pages – 24 euros.
L’Amourier Éditions – Coaraze – Octobre 2019
amourier.com
Première édition : Éditions Gallimard – 1963

mercredi 13 novembre 2019

BIBLIOTHÈQUE FAHRENHEIT 451

Posted: 09 Nov 2019 09:08 AM PST
Antoine Peillon, grand reporter au journal La Croix, dévoile les mécanismes d’une évasion fiscale organisée à grande échelle. Son enquête, concentrée sur le groupe bancaire suisse UBS, met en lumière des méthodes illégales de démarchages pour inciter les grandes fortunes privées à cacher une partie de leur patrimoine dans les paradis fiscaux, privant ainsi l’État français de colossales recettes fiscales chaque année.
 
Leader mondial dans la gestion de fortune, UBS France aurait aidé à soustraire au fisc français 85 millions d’avoir d’euros chaque année depuis l’an 2000, soit 850 millions en dix ans, d’après une évaluation des cadres de la banque. La filiale française présente un déficit structurel important régulier, puisque la commercialisation de comptes offshore ne peut apparaître dans sa comptabilité, sans que cette anomalie n’alerte les autorités de contrôle. L’évasion fiscale représenterait au total, selon plusieurs estimations, 590 milliards d’euros, correspondant à un manque à gagner de 30 milliards d’impôts sur le revenu potentiel chaque année.
Alors qu’il se trouvait en possession d’une liste de 8 000 détenteurs de comptes à la HSBC, le procureur de Nice, Éric de Montgolfier s’est vu ordonner par le ministère de la Justice de mettre fin aux investigations, alors même que le ministre du Budget communiquait bruyamment sur cette liste, minimisée à 3 000 noms, dont celui de Patrice de Maistre, gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt et employeur de Florence Woerth, épouse du ministre.
Pourtant le rapport de l’association Transparence International pour 2011 estimait que les difficultés économiques de la zone euro sont « en partie liées à l’incapacité des pouvoirs publics à lutter contre la corruption et l’évasion fiscale qui comptent parmi les causes principales de la crise ».
Les informateurs d’Antoine Peillon sont autant des cadres d’UBS qui cherchent à faire savoir ce qu’ils n’ont pu empêcher, que des agents du renseignement français. Ainsi, l’un de ceux-ci lui raconte comment ont été détruits d’importantes quantités de données alors que le Conseil constitutionnel vient d’exclure les locaux de la présidence, ceux de grands ministères et des services de renseignements du « secret défense », ouvrant ainsi leurs portes aux enquêteurs. La sous-direction K de la DCRI est notamment consacrée à la protection du « patrimoine », c’est-à-dire à la protection de l’économie et des groupes industriels stratégiques, mais sa mission réelle est de « protéger le premier cercle des fraudeurs, quand ceux-ci soutiennent, par cotisation en espèce ou par influence, le parti de ceux qui sont au pouvoir », de « connaître, le plus en amont possible, les délits des riches et des puissants » pour négocier des contreparties « en échange d’une solide et confidentielle immunité fiscale ». « Les constats de nombreuses fraudes fiscales sont souvent mis au coffre pendant trois ans, le temps de la prescription de ces délits, au lieu d’être transmis au fisc ou au parquet pour nourrir des procédures judiciaires qui seraient légitimes. »
L’Autorité de contrôle prudentiel (ACP) de la Banque de France est demeurée étrangement silencieuse après avoir reçu d’un collectif de cadres d’UBS en mai 2009, en décembre 2010 puis en octobre 2011, des notes de synthèses et des informations considérables, accusant la Banque UBS France d’avoir mis en place de 2002 à 2007 un système d’évasion fiscale de la France vers la Suisse, grâce à un processus de double comptabilité.
Tandis qu’aux États-Unis, la justice condamne la banque à une amende de 780 millions de dollars en 2009 et la menace de lui retirer sa licence, l’activité commerciale bancaire d’agents suisses sur le territoire français se poursuit en toute illégalité.

Fin 2003, John Cusack, responsable de la Conformité chez UBS, se penche sur la filiale française et alerte son président sur le profil de la plupart des clients, considérés comme « à risque », notamment deux, « présentant un risque majeur à la réputation » de la Banque : la Société nationale des hydrocarbures (SNH) du Cameroun et la fille d’un entrepreneur brésilien décédé, impliqué dans plusieurs scandales.
Un audit interne, de 2003 à 2009, découvrira des « affaires spéciales », une somme impressionnante d’irrégularités, de risques et de délits, dont certains relèvent de la criminalité, mêlant blanchiment et évasion fiscale, financements du crime organisé, de dictatures africaines et de terrorisme, mais la direction de la banque n’en tiendra pas plus compte.
Des accidents informatiques vont se répéter et faire disparaître d’importantes quantités de preuves de la responsabilité de la banque.
L’agence « Gestion de fortune » du XVIe arrondissement de Paris subit une attaque à main armée en octobre 2003 : clair message d’intimidation pour que l’audit cesse de coopérer avec TRACFIN.

Antoine Peillon, grâce aux informations fournies par ses nombreux informateurs, expliquent le fonctionnement du « blanchiment à l’envers », du « noircissement » de capitaux légaux appartenant à la famille princière saoudienne et qui finissent par alimenter, par des virements en cascade, une multitude d’organisation islamistes dont les activités peuvent être criminelles, voire terroristes.
Il rapporte également comment les fondateurs d’une société en ingénierie informatique, Altran, ont réussi à faire évader leur patrimoine dans des paradis fiscaux. Par ailleurs, l’un d’eux, Hubert de Martigny, racheta en 1998 la salle Pleyel au Crédit Lyonnais pour 10 millions d’euros avant de la louer puis de la revendre à la Cité de la Musique avec une plus-value de 65 millions et l’aval du ministre de l’Économie et des finances de l’époque, Nicolas Sarkozy.
Il consacre tout un chapitre au fonctionnement du système de double comptabilité reposant sur des « carnets du lait » servant à alimenter le fichier « vache » avec les opérations d’ouvertures de comptes en Suisse, non déclarés au fisc français. Dans un autre chapitre, il explique comment une centaine d’événements sportifs, culturels et mondains sont organisés chaque année pour permettre aux agents de la banque d’approcher leurs futurs clients, parfois célèbres, toujours fortunés, et leur vendre de l’évasion fiscale. 
Il explique comment ont circulé les avoirs du portefeuille UBS de Liliane Bettencourt, client offshore, et comment celle-ci a acheté son immunité fiscale en cotisant à l’UMP.

Étant donné l’ancienneté (relative) de cet ouvrage nous nous permettons des commentaires un peu moins concis que d’ordinaire. Tout d’abord, des procès ont bien eu lieu concernant une partie au moins des faits dénoncés ici. Des condamnations ont été prononcées, et d’importantes amendes réclamées, confirmant donc la véracité de ce système organisé d’évasion fiscale et de corruption politique, même si la Justice n’aura certainement pas fait toute la lumière sur cette affaire, laissant dans l’ombre bon nombre de personnalités impliquées. Certains faits laissent cependant supposer qu’il perdure : nouvelles réductions d’impôts votées en faveur des plus riches, des lois attaquent les lanceurs d’alerte au lieu de les protéger. Considération toute personnelle, car, bien entendu, Antoine Peillon ne se permet pas d’extrapoler ainsi au-delà de ce que dénonce son enquête.


 


CES 600 MILLIARDS QUI MANQUENT À LA FRANCE
Antoine Peillon
194 pages – 15 euros.
Éditions du Seuil – Paris – Mars 2012

 

Du même auteur :


Voir aussi :

OFFSHORE - Paradis fiscaux et souveraineté criminelle

LA VIOLENCE DES RICHES - Chronique d’une immense casse sociale

LE PRÉSIDENT DES ULTRA-RICHES - Chronique du mépris de classe dans la politique d’Emmanuel 

LE LIVRE NOIR DES BANQUE$.

Campagne Contre l’Esclavage en Prison — Campaign Against Prison Slavery

Se battre pour mettre fin au travail forcé dans les prisons L’esclavage n’a pas été aboli en Grande-Bretagne, derrière les hauts murs et les portes fermées, il reste florissant. Les travailleuses sont obligées de trimer dans des conditions pénibles, au mépris des inspections de santé et de sécurité, du respect des droits du travail et des accords syndicaux même les plus basiques, et sont sévèrement punies si elles refusent de se soumettre. Dans les prisons britanniques, il y a eu des coupes sauvages dans les budgets de l’éducation depuis plus de cinq ans et toute prétention de réhabilitation des prisonnières et d’apprentissage de compétences valorisées a été abandonnée. Elles sont maintenant perçus comme une force de travail exploitable à merci, une colonie du tiers-monde dans la propre arrière-cour de la Grande-Bretagne, bon marché, non syndiquée, disponible et littéralement acculée au travail. Si les prisonniers refusent de travailler, ou ne sont pas considérés comme assez productifs, ils sont placés en isolement, brutalisés, n’ont plus droit aux visites et voient leur peine rallongée de jours supplémentaires. Les sociétés privées font d’énormes profits grâce au travail pénitentiaire : 52,9 millions de livres en 1999, et les chiffres progressent rapidement. Ils l’utilisent parce qu’il est bon marché – les prisonnières ne bénéficient pas de congés maladie ni de vacances, qu’il leur est interdit de tenir des réunions, qu’elles ne posent pas de problèmes de transport, et que, s’il n’y a pas de travail, elles peuvent être simplement bouclées dans leurs cellules. Elles sont traitées comme les patrons aimeraient tous pouvoir nous traiter. La question du travail en prison concerne tous les travailleurs, et pas uniquement parce qu’elle sape les salaires et les conditions générales du travail. Pas parce que les prisonniers voleraient en quelque sorte les emplois, ils n’ont absolument aucun choix sur ce point, mais parce que les entreprises peuvent réduire les salaires de leurs propres employés en utilisant le travail pénitentiaire et que celui-ci entraîne l’augmentation du travail intérimaire et des licenciements. Les employés de Dysons par exemple, le fabricant d’aspirateurs, ont été viré quand Dysons a décidé d’utiliser la main-d’œuvre bon marché et non syndiquée de Malaisie. Mais combien d’employés de Dysons savaient que depuis quelque temps l’entreprise employait la main-d’œuvre bon marché et non syndiquée de la prison de Full Sutton ? Sans surprise, les esclavagistes modernes cherchent désespérément à cacher leur responsabilité à leurs propres employés et au grand public. Pour mieux vendre le travail pénitentiaire aux entreprises avides de profit, le ministère de l’Intérieur assure non seulement le faible coût et la fiabilité, mais aussi l’anonymat. Peu d’entreprises qui ont recours au travail forcé en prison l’assumeraient face à leurs employées et à leurs clientes. Un des premiers objectifs de la Campagne Contre l’Esclavage en Prison est de faire circuler des informations fiables et mises à jour sur ces entreprises esclavagistes, puis de les pointer du doigt et d’en faire des cibles. Dans le but d’obtenir de telles informations, nous sommes en contact avec les prisonniers, leurs amies et familles, pour que l’on sache ce qui se passe dans les ateliers esclavagistes des prisons de Grande-Bretagne, quelles sont les entreprises contractantes, quelle est la nature du travail, et combien sont payés les prisonniers. Le simple fait que le silence qui entoure l’exploitation des prisonnières puisse être rompu, et que l’esclavage carcéral puisse être mis à l’ordre du jour, aura à lui seul un effet sur la capacité du ministère de l’Intérieur à vendre le travail des détenus. Nous nous sommes déjà aperçus qu’il s’agit là d’un sujet controversé pour l’opinion publique, et nous avons reçu énormément de soutien. Il s’agit d’entreprises capitalistes soucieuses de leur image de marque, elles ne veulent pas être liées à l’esclavage, ne veulent pas que leurs clients les boycottent, et ne veulent certainement pas que des gens protestent devant leurs magasins. Un développement relativement récent du marché de l’esclavage carcéral est l’exploitation de prisonnières pour le travail informatique. À Rye Hill par exemple, une entreprise internet appelée Summit Media paie les prisonniers 9 £ par semaine, mais facture aux clientes plus de 50 000 £ pour 2-3 semaines de travail. Sur son site internet Summit Media souligne sa fiabilité, pourtant cela est complètement contradictoire avec son recours à l’esclavage. Les lectrices peuvent se rappeler de toute l’anxiété des médias il y a une paire d’années, quand les données du recensement de 1901 avaient été mises sur le net. Les gens étaient alors contents de trouver qui étaient leurs ancêtres et le site devint très populaire. De toute façon, ce site a vite été fermé après qu’on ait découvert que les données qu’il contenait ne valaient pas un clou, ce qui est très peu surprenant quand on sait que les prisonnières ont été forcés de les enregistrer. Il y a une leçon à tirer de l’histoire du recensement de 1901 : le travail carcéral est exploitable seulement parce qu’il est jugé fiable pas les entreprises voraces. Avec la panne d’un ordinateur clé ou la lacération d’une longueur de coton, il devient considérablement moins fiable. Les grèves, la lenteur au travail, les sabotages, avec ces actes de résistance et d’autres, les esclavagistes des prisons pourraient voir les choses différemment. Actuellement, les prisonnières sont prises dans un cauchemar où elles sont simplement entreposées et exploitées comme main-d’œuvre bon marché, où l’éducation est une farce, et où les choses empirent. En se joignant à la Campagne Contre l’Esclavage en Prison, les activistes des deux côtés des barreaux peuvent changer les choses, rejeter l’esclavage et le Complexe Industriel des Prisons.

dimanche 10 novembre 2019

INFIDÈLE, INFIDÉLITÉ adj. et subst. (in, privatif, et fidelis, fidelitas) Encyclopedie Anarchiste de Sébastien Faure




En leurs acceptions les plus répandues, ces mots s’opposent à fidèle, fidélité (v. ce dernier mot). C’est la négation ou le contraire des pratiques et des vertus (tantôt désirables, parfois purement conventionnelles et même tyranniques) dont ces vocables désignent l’état ou l’exercice. Un ami, un employé infidèles ; une femme « infidèle » ; une nation infidèle aux traités, ces « chiffons de papier » de l’histoire ; une narration (ou le narrateur) infidèle : « Qui peut avoir fait ce récit infidèle ? » (Racine). Une mémoire, des souvenirs infidèles : qui trahissent, qui se dérobent au rappel. La fortune est souvent infidèle (la chance et notamment, surtout autrefois, le sort des armes). « Le destin des combats peut vous être infidèle. » (C. Delavigne). Par rapport à une foi religieuse, regardée comme l’expression d’une irréfragable vérité, sont infidèles les individus et les peuples contestants ou réfractaires. C’est pour réduire les peuples infidèles, c’est pour arracher des mains des Infidèles le tombeau du « Sauveur des hommes » que les croisés entreprirent en Terre Sainte de fanatiques expéditions. Pour la théologie est infidèle (négatif) le non-initié aux lumières de l’Évangile, et infidèle aussi (positif) celui qui refuse d’accorder crédit absolu aux textes sacrés. Il y a, parmi les chrétiens, tels infidèles qui sont ainsi sur le chemin du schisme, au moins de l’hérésie...
Le terme infidélité correspond substantivement à la plupart des sens sus-énoncés : l’infidélité de l’ami, du dépositaire, du miroir, du traducteur, etc. L’infidélité aussi de 1’amant, du mari ou de la femme (incartades ou variations passionnelles, transgression, inobservance des règles que le mariage impose aux contractants dans la vie conjugale). Avec la conception de l’amour affranchi de la contrainte et des moralités hypocrites, s’évanouissent en tant qu’anomalies les attitudes et les élans aujourd’hui flétris du nom d’infidélité. Dans « l’infidélité » normale où s’épanouissent le sentiment libéré, les unions loyales, les attaches sincères, les attractions désentravées, disparaissent, faute d’objet, les « infidélités » qui, dans une société fausse, se traînent de la fourberie au scandale... En matière religieuse, l’infidélité - ou les infidélités - ont le caractère de détachement ou d’ignorance évoqués plus haut. Ainsi : « les infidélités du peuple juif » ou... « Ces filles de Tyr vivant dans l’infidélité. » (Massillon).
L.

INFERIORITE n. f. Encyclopedie Anarchiste de Sébastien Faure




Parmi les sentiments qui dirigent les actions humaines, celui d'infériorité paraît avoir la plus grande importance. D'où vient-il? Est-ce d'une situation d'insécurité, soit qu'il s'agisse de la conservation de l'individu (nourriture), soit de la conservation de l'espèce (reproduction)? Mais cette insécurité me paraît insuffisante à expliquer la force et les effets violents du sentiment d'infériorité, considéré comme sentiment social sous le nom d'amour-propre. L'amour-propre ne peut naître que de la vie collective, de la réaction de la collectivité sur l'individu. Il faut nous reporter à la vie extrêmement lointaine des primitifs pour essayer d'en comprendre la genèse. A ce moment l'individu n'existait et ne pouvait exister en dehors du groupe humain. La tribu elle-même dépendait de la solidarité et de l'entraide de tous. La défaillance d'un membre, qu'elle fût lâcheté ou maladresse, ou bien offense à la coutume, était durement châtiée, à cause des conséquences terribles qu'elle pouvait avoir pour la collectivité. Sans parler de la mort et des coups, les huées, la réprobation publique et le mépris étaient une punition redoutable, car ils pouvaient rendre la vie intenable aux défaillants, d'autant que personne n'avait la ressource de se séparer du groupe. La peur de se trouver en état d'infériorité vis-à-vis d'autrui s'est ainsi enracinée dans le cœur des hommes et a créé le sentiment de l'amour-propre. Une offense à l'amour-propre se traduit quelquefois par la pâleur, le plus souvent par la rougeur émotive (honte dans le cas d'acceptation de l'infériorité, colère dans le cas de révolte). La timidité naît de la crainte d'être exposé aux affronts. Ce sont là de véritables réflexes conditionnels, créés par la vie sociale. Le sentiment d'infériorité apparaît comme le sentiment le plus pénible à supporter. De fait, l'amour-propre joue un plus grand rôle, un rôle plus fort dans les actions humaines que l'intérêt matériel. On pourrait en donner des exemples multiples, il suffit d'y réfléchir. Conserver la face vis-à-vis de l'opinion publique est donc le fondement de l'amour-propre et, par conséquent, le fondement de la morale. L'opinion publique agit comme contrôle sur les actes des individus. Plus tard, lorsque les hommes ont commencé à se libérer du groupe, l'amour-propre a pu prendre point d'appui, non pas seulement sur l'approbation publique, mais sur la conscience individuelle, tout au moins chez quelques personnes. L'individu, tout à fait affranchi du contrôle collectif (préjugés, croyances) exerce sur lui même le contrôle nécessaire à la vie sociale. Rien n'est plus pénible que d'avoir honte de soi-même. Mais la plupart du temps les hommes s'excusent à leurs propres yeux, ils se donnent d'excellentes raisons pour légitimer de basses actions. L'éducation morale de l'enfant est nécessaire pour lui apprendre à contrôler ses actes et à les juger. Le sentiment d'infériorité n'est pas toujours un sentiment individuel. Lorsqu'une personne se trouve dans une situation d'infériorité, elle a souvent tendance à compenser cette infériorité en projetant son amour-propre dans le groupe, dans l'équipe, dans le corps ou dans la nation dont elle fait partie. Ainsi s'explique aussi bien l'esprit de corps que le patriotisme, avec les points d'honneur particuliers attachés à chaque catégorie de groupement, avec la vanité et la jactance dont se parent les membres de chaque collectivité, avec le mépris dont ils font profession vis-à-vis des étrangers. Ainsi s'explique, en partie tout au moins, la politique du prestige. Les individus eux-mêmes sacrifient souvent au prestige leurs véritables intérêts. Pour échapper à la situation d'infériorité, ils recherchent les satisfactions de vanité, et ils convoitent les richesses, non pas tant pour le confort que pour l'apparat et pour la considération. La vanité se développe surtout chez ceux qui ne sont pas absolument sûrs, au fond d'eux-mêmes, de leur supériorité. La véritable supériorité, acquise par l'effort et par le mérite, n'a pas besoin de satisfactions extérieures. Sa jouissance est dans la conscience d'elle-même et elle s'allie très bien avec la plus grande simplicité.
- M. PIERROT.

INFECTION n. f. (latin infectio) Encyclopedie Anarchiste de Sébastien Faure




Ensemble de troubles organiques causés par une invasion microbienne. Selon le microbe, l'infection porte différents noms. Infection gonococcique, causée par le gonocoque : microbe de la blennorragie. La syphilis est une infection qui a pour cause le spirochète. La pneumonie est déterminée par le pneumocoque ; la fièvre typhoïde par le bacille du Dr Eberth ; la grippe par le bacille de Pfeiffer, etc. Toute infection a son microbe, mais on ne le connaît pas toujours ; le spirochète de la syphilis n'est connu que depuis un petit nombre d'années. Le microbe du cancer n'est pas encore découvert. Il ne faudrait pas croire cependant que là où il y a un microbe, l'infection doive fatalement se produire. Le terrain, c'est-à-dire l'état de l'organisme récepteur, joue un rôle très important. C'est pour cela que, au cours des épidémies, certaines personnes sont contaminées tout de suite alors que d'autres peuvent vivre impunément au milieu des malades infectés. Néanmoins, quand la virulence du microbe est très grande, comme dans certaines épidémies de choléra ou de grippe infectieuse, le microbe a raison du terrain, et des personnes en très bonne santé auparavant se trouvent frappées. Les symptômes de l'infection sont à peu près identiques dans un grand nombre de maladies : perte de l'appétit, faiblesse, maux de tête, fièvre. Il faut y ajouter les symptômes locaux : difficultés de la respiration dans la pneumonie ; écoulements dans la blennorragie, etc., etc. On se défend contre les infections en évitant les risques de contagion, les changements brusques de température (pneumonie), les rapports sexuels avec un partenaire suspect (blennorragie et syphilis), etc. Il faut, en outre, autant que cela est en notre pouvoir, rendre son terrain réfractaire. On y parvient par une grande propreté du corps et du linge, en veillant aux excrétions (constipation), en évitant les intoxications (alcool, tabac), en assurant une bonne aération : logement propre, ouverture fréquente des fenêtres. L'infection s'atténue au fur et à mesure des progrès de la civilisation. Le Moyen-âge a connu des épidémies terribles qui ont disparu aujourd'hui.
- Doctoresse PELLETIER.

INFANTICIDE Encyclopedie Anarchiste de Sébastien Faure




Meurtre d'un enfant. Se dit surtout, dans la législation criminelle, en parlant d'un enfant nouveau-né : cette femme est accusée d'infanticide. Meurtrier d'un enfant, ou de son propre enfant. La mère, auteur principal ou complice, est punie, dans le premier cas, des travaux forcés à perpétuité, dans le second cas, des travaux forcés à temps ; mais ses complices ou co-auteurs sont passibles des peines applicables à l'assassinat ou au meurtre. « L'infanticide est l'effet presque inévitable de l'affreuse situation où se trouve une infortunée qui a cédé à sa propre faiblesse ou à la violence » (Beccaria). On sait que c'est le désespoir, la honte, la misère qui, le plus souvent, poussent la main de l'infanticide. Les véritables infanticides ce sont les bénéficiaires du régime actuel, qui donnent un salaire de famine à ceux et à celles qu'ils exploitent. Les femmes gagnent à peine de quoi pourvoir à leur entretien. Certaines sont dans l'obligation, tout en travaillant, de recourir à la prostitution. Lorsqu'un enfant naît dans de telles conditions, la mère s'affole à la pensée que son petit être manquera même de pain. Quant au recours à l'assistance publique, souvent elle y renonce, sachant dans quelles conditions on lui prend son enfant. L'infanticide est lié à la société capitaliste : tant que celle-ci persistera, il sera, non seulement possible, mais presque normal. La société se montre bien sévère à l'égard des mères que la misère pousse à se débarrasser de leur progéniture, alors que par centaines de milliers elle assassine chaque année des enfants pauvres par manque d'hygiène ou par insuffisante alimentation, sans compter les millions de jeunes hommes qu'elle fauche sur les champs de bataille. Dans la société libertaire l'infanticide disparaîtra. La femme, pauvre ou abandonnée, enfante aujourd'hui dans la douleur. Libre et assurée du lendemain, elle procréera dans l'espérance.
- Pierre LENTENTE.