vendredi 7 novembre 2025

"Ce que le silence creuse" par l'oublié

 Il est des livres qui ne s'écrivent pas - ils se trouent


des textes qui naissent non du verbe mais de ce qui échappe au dire, de ce que la parole a perdu en chemin


ce que le silence creuse appartient à cette lignée de recueils qui ne cherchent pas à combler le vide mais à le laisser parler


tout commence ici par une fracture celle du langage lui-même

je ne m'adresse pas, je ne déclare pas : je m'écorche

les mots deviennent cicatrices, débris, reste de voix. Ils se dressent, tremblent, s'effacent.

dans la fêlure du poème, on entend le cri qu'aucune langue ne sait dire.


"Fracture avec les mots qui sont devenus absence

mon (silence) sera matière."


ce silence n'est pas le calme c'est une matière dense, habité d'absence, traversé par des souffles et des souvenirs d'hommes défigurés par la guerre, l'oubli ou la bêtise du réel.

les Situ (situations du silence) et les Mot (fragments de parole) composent une architecture en ruine, un espace où l'on avance à tâtons.

Ici, le poème ne se "lit" pas - il se performe, il s'écoute dans le tremblement de sa disparition


Ce que le silence CREUSE est un texte de la désarticulation

une écriture qui refuse la beauté du dire pour lui préférer la vérité de la perte.

Les lettres éclatent, les mots se verticalisent, se démembrent.

C'est la langue devenue corps - la langue comme une plaie, un souffle, une insurrection muette.


Dans ce geste, on reconnait une filiation: celle de Paul Celan, de Ghérazim Luca, de Bernard Noël, de Bataille peut-être - mais sans imitation.


Ici, la voix est nue.

Elle n'imite rien: elle s'invente au bord du silence, là où le sens se défait.


A mesure que l'on avance, on comprend que ce livre est une autopsie du langage et, plus encore, un tombeau pour les disparus :

les morts sans nom, les oubliés, les effacés.


Le texte les exhume, non pour leur rendre hommage, mais pour leur rendre présence.

chaque mot est un os, chaque silence une terre remuée.


"Nous comptons les (silences) comme des os."

"Ce que je trahis en me taisant..."


Il y a dans cette écriture un refus radical de la complaisance et de l'éloquence.

Une parole arrachée à la chair, qui ne se veut ni belle ni poétique - mais nécessaire.

Ici, la poésie redevient ce qu'elle fut à son origine : un acte vital, charnel, politique, ontologique.


Ce que le silence CREUSE n'est pas un livre à comprendre: c'est un livre à subir, à respirer.

A lire lentement, dans la matière du silence.

Il se reçoit comme un corps de douleur et de lucidité, un texte à écouter plutôt qu'à interpréter.


L'Oublié nous livre ici non un cri, mais le creusement même du cri - sa source, sa tension, son impossibilité.

Un texte qui fait du mutisme un lieu de vérité.

Et dans cette vérité nue, il reste quelque chose d'inaltérable :

un battement, un souffle,

le cœur obstiné de ce qui , malgré tout,

refuse de disparaitre."

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