dimanche 5 mai 2019

L'anneau d'or: cahiers de spiritualité conjugale et familiale

Le couple vient de Dieu

"S'il est clair que le Seigneur n'ait point du tout présidé à votre choix; si l'imprudence, le respect humain, les passions seules vous ont formé un état de vie, votre sort est à plaindre, je l'avoue, mais il n'est pas désespéré..."

Chacun des époux peut déclarer à l'autre: " Tu m'aimes pour que notre communauté, qui est au service de la vie, m'apporte le bonheur...Mais tu m'aimes d'abord pour me prouver, par ton amour, que Dieu m'aime."


samedi 4 mai 2019

Lignes N°59: Les gilets jaunes: une querelle des interprétations

Tiré de l'article de Sophie Wahnich : "intelligibilité des gilets jaunes : lanterne magique ou cinéma?

Réseau antifasciste angevin, 14 février 2019

"Ils se sont d'abord infiltrés sur les ronds-points sans trop s'afficher, ils ont monté des pages facebook bison. Ils ont tenté en décembre de déployer une banderole islamophobe et se sont fait dégager. Ils se sont refait virer en janvier. De colère, ils ont abandonné l'idée de participer et ne cherchent plus qu'à se faire les gueules qui ne leur reviennent pas soit à cause de la couleur de la peau, soit à cause d'engagement social, syndical ou associatif. Nous estimons depuis le début du mouvement qu'une présence antifasciste est nécessaire mais ne voulant volontairement pas nous organiser en tant qu'identité politique à l'intérieur des cortèges nous n'avons pu que constater notre manque d'organisation afin de lutter contre la présence de ce groupe fasciste. Aujourd'hui en frappant un ami, un gilet jaune comme vous et nous, c'est envers tout le mouvement des gilets jaunes qu'ils ont dirigé leur haine. Après trois mois de lutte, si nous voulons gagner, il va falloir nous débarasser de la confusion induite par leur présence dans nos cortèges.Nous ne pouvons pas crier "Macron démission" avec des crapules bien pires à nos côtés. Nous ne pouvons pas réclamer plus de justice avec les héritiers des pires dictatures fascistes. Nous ne pouvons pas réclamer plus d'égalité avec ces fils à papa qui cautionnent un ordre social d'avant 1789. Comment lutter avec des personnes qui rêvent d'une société fasciste basée sur l'autoritarisme et la discrimination? Il est temps de tracer une ligne claire entre eux et nous!"

vendredi 3 mai 2019

Révolution ou Guerre N°11

Luttes ouvrières et révoltes populaires: la responsabilité historique du prolétariat dans la période présente:


"Même si de nombreux prolétaires y participent directement ou indirectement, la plupart du temps ces révoltes tendent à s’identifier au peuple plutôt qu’à une classe. De ce fait, elles sont d’autant plus facilement la proie des pièges nationalistes et démocratiques et se terminent souvent en impasse, voire en défaite sanglante"

"En particulier et d’une certaine manière, ils répondent – du moins leur composante ouvrière – aux échecs des cheminots du printemps 2018 6 et de la lutte contre la loi-travail en 2016. Il indique que la tactique des journées d’action syndicale ne suffira plus à contrôler la classe ouvrière et à la détourner de l’affrontement politique contre l’État et tout son appareil."

"Il pose aussi beaucoup de questions aux ouvriers combatifs et aux révolutionnaires que ceux-ci auraient tort, surtout une fois les gilets jaunes clairement dans l’impuissance politique, d’ignorer comme s’ils pouvaient – comme si nous pouvions – revenir à nos certitudes et schémas antérieurs. "




Risibles amours de Milan Kundera

Tiré de la nouvelle:  Edouard et Dieu

"Edouard savait que dans une petite ville le moindre événement se transforme rapidement en légende, mais il ne soupçonnait pas qu’une légende pourrait naître même de ses propres aventures dérisoires, dont il n’avait jamais surestimé l’importance ; il ne saisissait pas assez clairement à quel point il  faisait l’affaire de ses concitoyens qui, comme chacun sait, adorent les martyrs, car ceux-ci les confirment dans leur douce inaction en leur démontrant que la vie n’offre qu’une alternative : être livré au bourreau ou obéir."

"Son frère se taisait, et Edouard poursuivit : « Si tu ne lui disais que la vérité, que ce que tu penses vraiment de lui, ça voudrait dire que tu consens à avoir une discussion sérieuse avec un fou et que tu es toi-même fou. C’est exactement la même chose avec le monde qui nous entoure. Si tu t’obstinais à lui dire la vérité en face, ça voudrait dire que tu le prends au sérieux. Et prendre au sérieux quelque chose d’aussi peu sérieux, c’est perdre soi-même tout son sérieux. Moi, je dois mentir pour ne pas prendre au sérieux des fous et ne pas devenir moi-même fou. » 


Le dimanche s’achevait et les deux amoureux prirent le chemin du retour ; ils étaient seuls dans le compartiment (de nouveau la petite fille babillait joyeusement) et Edouard se souvenait comme il s’était réjoui, tout récemment encore, à l’idée qu’il pourrait trouver dans le personnage facultatif d’Alice un sérieux que ses obligations ne pourraient jamais lui procurer, et il comprenait avec tristesse (les roues frappaient idylliquement les joints des rails) que l’aventure amoureuse qu’il venait de vivre avec Alice était dérisoire, faite de hasards et d’erreurs, dépourvue de sérieux et de sens ; il écoutait les paroles d’Alice, il voyait ses gestes (elle pressait sa main), et il se disait que c’étaient des signes sans signification, des billets de banque sans couverture, des poids en papier, qu’il ne pouvait pas leur accorder plus de valeur que Dieu ne pouvait en accorder à la prière de la directrice nue ; et il se dit tout à coup que tous les gens qu’il côtoyait dans cette ville n’étaient en réalité que des lignes absorbées dans une feuille de papier buvard, des êtres aux attitudes interchangeables, des créatures sans substance solide ; mais ce qui était pire, ce qui était bien pire (se dit-il ensuite), c’est qu’il n’était lui-même que l’ombre de tous ces personnages-ombres, car il épuisait toutes les ressources de son intelligence dans le seul dessein de s’adapter à eux et de les imiter, et il avait beau les imiter avec un rire intérieur, sans les prendre au sérieux, il avait beau s’efforcer par là de les ridiculiser en secret (et de justifier ainsi son effort d’adaptation), cela ne changeait rien, car une imitation, même malveillante, est encore une imitation, même une ombre qui ricane est encore une ombre, une chose seconde, dérivée, misérable.




mercredi 1 mai 2019

Pourquoi sommes-nous anarchistes? Elisée Reclus

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"Nous sommes révolutionnaires parce que nous voulons la justice et que partout nous voyons l’injustice régner autour de nous."

"De deux choses l’une : ou bien la justice est l’idéal humain et, dans ce cas, nous la revendiquons pour tous ; ou bien la force seule gouverne les sociétés et, dans ce cas, nous userons de la force contre nos ennemis. Ou la liberté des égaux ou la loi du talion."

"Jamais aucun progrès soit partiel, soit général ne s’est accompli par simple évolution pacifique, il s’est toujours fait par la révolution soudaine."

"Tant que l’iniquité durera, nous, anarchistes-communistes internationaux, nous resterons en état de révolution permanente."

Avalanche N°1


S’ils touchent à l’un d’entre nous ... solidarité avec Mónica et francisco

Janvier 2014 – Espagne

Il y a déjà quatre mois que Mónica et Francisco ont été arrêté-es, avec 3 autres compagnon-nes, et mis-es à l’isolement. Ils ont ensuite été placé-es en détention provisoire, en dur régime FIES, tandis que les autres étaient remis-es en liberté provisoire (avec obligation de signer une fois par semaine) dans l’attente du jugement et avec les mêmes charges. Beaucoup de compagnon-nes de différents endroits nous ont fait part de l’atmosphère de « secret » qui semble être perçue quant à la situation des compagnon-es, commentant de plus qu’il aurait fallu se prononcer sur le cas en lui-même et le battage médiatique lié aux arrestations. Il est certain, comme nous ne le savons que trop bien, qu’il y a bien peu de contrepoids à apporter contre la propagande du régime et des idéologues, c’est à dire contre la presse ; on peut la mettre en évidence, voir comment elle tisse ses filets, et comment, main dans la main avec l’Etat, elle ouvre un créneau pour l’ennemi intérieur du moment : les islamistes, les indépendantistes galiciens, les animalistes accusés d’ouvrir plus de cages qu’ils ne devraient, les anarchistes ... Ceux qui refusent de passer par l’orthodoxie du clergé supposé les représenter correctement (c’est à dire démocratiquement, légalement, etc) rempliront le vide laissé par ETA, en tant qu’ennemi intérieur alimentant tout un arsenal bureaucratique, répressif et judiciaire, que l’on appelle l’antiterrorisme (une institution en soi qui refuse de disparaître et doit donc démontrer qu’elle est à la fois nécessaire et efficace), rempliront les cellules et les pages de la presse, rempliront l’espace qui pourrait exister pour d’autres préoccupations dans la tête des lecteurs ; peu importent les expulsions, que des millions de personnes ne puissent plus se débrouiller -y compris à travers les canaux de l’esclavage salarié-, que les politiciens se remplissent les poches et se foutent de notre gueule. Ils brandissent des fantasmes très dangereux, dont il faudrait vraiment avoir peur : les immigrants, les terroristes, etc. Celles et ceux qui ont vu les informations au moment des arrestations se souviendront de toute la charge xénophobe avec laquelle ces souffleurs de l’existant, les journalistes et idéologues du régime, ont qualifié nos compagnon-nes. Les intentions sont évidentes : créer de faux mythes. Ils nous parlent du “triangle méditerranéen”, de “gens venus d’ailleurs”, de ces “étrangers et étrangères qui viennent faire le mal”, de “méchants anarchistes venus de l’extérieur” et d’ “anarchistes grecs et italiens qui viennent instruire celles et ceux d’ici”, etc. Ces « experts » du mensonge sont incapables de reconnaître qu’il existe dans l’Etat espagnol une longue tradition -pour l’appeler d’une manière ou d’une autre- anarchiste, grande, diverse et fluctuante, mais presque aussi ancienne que l’anarchisme même : des luttes des libertaires andalous, des échos de la propagande par le fait, de la Semaine Tragique de 1909, la Révolution de 1936, la guérilla antifranquiste, les millions de personnes dans la Barcelone libertaire de 1977, l’anarcho-syndicalisme, autant de moments et d’événements qui démontrent qu’ici identification avec les idées et les pratiques acrates n’a rien de nouveau. Pour ce qui est de l’enquête contre nos compagnon-nes arrêté-es, elle est close, ce qui n’empêche pas que de nouvelles preuves puissent apparaître du jour au lendemain. Nous savons aussi qu’une autre enquête est ouverte qui cherche apparemment à créer une organisation anarchiste internationale, avec un fort harcèlement contre différent-es compagnon-nes. Nous n’avons aucune idée d’où viendra la surprise, dans la mesure où nous avons vu au cours des derniers mois que la capacité inventive policière connaît peu de limites. Nous ne savons pas non plus si les dernières arrestations en Galice font partie de ces manigances. Nous ne nions pas l’existence de “relations internationales”, ni que les anarchistes bougent -comme d’autres personnes- dans un monde qui t’oblige en grande partie à te bouger, même si tu n’en a pas envie ; nous sommes aussi à la recherche de complicités, nous n’allons pas nier l’évidence, en revanche nous refusons franchement de reconnaître l’existence de cette organisation structurée fictive que la police et les juges se plaisent à imaginer. Une fois de plus, ils tentent de trouver des éléments qui cadrent avec leurs théories, même si leur figure géométrique nécessite de déformer et d’ajouter des angles. Ce que nous avons vu de nos propres yeux, c’est la collaboration (ou la simple comédie) entre les polices et les autorités chiliennes, espagnoles et italiennes, nous avons vu leurs conférences de presse, leurs serrements de mains et leurs éloges mutuels, et cela nous a dégouté-es. La seule organisation terroriste internationale que nous connaissons, c’est celle des Etats et de leurs institutions. Dans l’héritage que nous ont laissé la religion et la laïcisation de concepts, au-delà de la religion elle-même, les notions de culpabilité et de châtiment sont les plus profondément enracinées. “Si ce n’est pas eux, pourquoi ne le disent-ils pas ?” demandent quelques voix ingénues. D’autres, moins ingénues, parlent du fait précis, dont sont accusé-es les compagnon-nes pour leur refuser la solidarité. Ces deux attitudes pointent un doigt accusateur et policier, “consciemment ou pas” (nos mères disaient déjà que c’est une mauvaise habitude de montrer quelqu’un du doigt). Toutes les actions sont discutables, y compris celle dont les compagnon-nes sont poursuivies, mais cela doit être fait entre nous, entre compagnonnes, de manière sérieuse, consciente et pour en tirer des conclusions qui favorisent la continuité de la lutte. Le broyage médiatique a eu d’emblée pour but de miner le possible chemin de la solidarité, pour créer une faille et un vide, pour séparer. Le vide que génère l’absence de solidarité est plus dur que les panneaux de bétons qui composent les prisons. Malheureusement, ils ont en partie trouvé un terrain que nous avons entretenu nous mêmes : de nouveau les bons et les méchants anarchistes, les insus et les sociaux, les culturels et ceux d’action, et un long etc. qui s’appuie sur une fausse séparation, une fausse dichotomie provenant selon nous d’une analyse simpliste et superficielle, qui fait s’affronter les différents fronts de la lutte anarchiste. La presse et la police ont lancé des messages clairs à ce sujet : “Si vous osez tenter de subvertir l’ordre établi, nous vous enfermerons, nous publierons vos visages et vos noms (1), et nous vous traiterons comme il se doit, comme des terroristes”, “si vous vous solidarisez avec celles et ceux qui font ce genre de choses ou sont accusées de le faire, vous serez aussi traité-es en terroristes”, etc. Et comme avec un père sévère, la main menaçante s’avère finalement plus efficace que le coup lui-même. Et si nous apprenions à affronter le coup pour qu’il nous nuise le moins possible ?
Si nous refusons de nous solidariser avec celles et ceux dont les accusations ne nous conviennent pas, c’est-à-dire avec celles et ceux dont nous ne partageons pas les actions dont ils sont accusé-es, nous légitimons la voix de l’Etat et, en confirmant ses accusations, nous entrons sur un terrain qui n’est pas le nôtre, mais celui de nos bourreaux. Au delà de ce que nous pensons des faits, nous sommes convaincues que la solidarité ne doit jamais être envisagée d’un point de vue moral, d’ailleurs très influencé par les médias, et à l’inverse nous ne pensons pas non plus que la validité de n’importe quelle action doive être mesurée à l’aune d’un code pénal et selon la dureté possible d’une condamnation. Nous laissons les lois et la morale (qui génère aussi implicitement les lois) aux juges, aux curés et aux journalistes pleurnichards, à celles et ceux qui ont peur d’eux-mêmes. Et de la rage des opprimé-es. La communication directe avec nos compagnon-es incarcér-es a été difficile dès le début. Nous savons qu’ils sont plein-es de force et de courage. Ils reçoivent des lettres (quelques-unes tardent beaucoup à arriver) et ne peuvent en envoyer que deux par semaine, dont une pour communiquer entre eux. Francisco a des parloirs, mais cela fait des semaines qu’il ne voit pas d’autres prisonniers, car ils l’ont laissé seul dans la division. Il y a quelques jours, ils lui ont notifié l’application de l’article 10 (FIES 1), et son transfert pour Córdoba. Après avoir été placée en observation, seule dans les quartier des arrivantes et sans régime végétarien, Mònica se trouve à présent à Brieva (Ávila) également sous article 10, dans un bâtiment avec 4 prisonnières politiques et 8 de droit commun. Bien qu’elle n’ait pas encore de parloirs (puisqu’il faut refaire les démarches bureaucratiques à chaque transfert), elle peut passer quelques coups de téléphone. Les arrestations et l’incarcération ont fait resurgir quelques questions : comment exprimer la solidarité ?, comment faire en sorte que ce ne soit pas seulement les personnes les plus proches des détenu-es et des inculpé-es qui doivent tout prendre en charge ?, que signifie le FIES pour les prisonnier-es anarchistes et que pouvons nous faire ?, comment ne pas céder au chantage de la prison et de son ombre ? Nous avons ouvert un mail à partir duquel peuvent écrire celles et ceux qui veulent suivre les informations sur la situation de Mónica et Francisco. Nous sommes aussi en train de collecter de l’argent pour les dépenses actuelles et à venir, puisqu’ils devront sûrement faire toute la préventive jusqu’au procès et nous savons toutes et tous les coûts que cela suppose. Pour les questions, contributions, critiques : solidaridadylucha@riseup.net Nous ne laisserons personne seul. S’ils touchent l’un-e d’entre nous, ils nous touchent tou-tes comme l’affirme une phrase que nous adorons gueuler. Voyons si nous pouvons la mettre en pratique.

Liberté et solidarité !

Avalanche N°1


C’est la faute aux anars Février 2014 Espagne

« Écoute, je viens chanter pour ceux qui sont tombés, je ne donne pas de noms ni d’indices, je ne dis que compagnons ... et je chante pour les autres, ceux qui sont vivants, et ont l’ennemi dans le viseur... »

Aux ami-e-s et compagnon-ne-s, connus et inconnus, qui embrassent les idées anarchistes, à ceux qui gardent la tête haute dans les prisons et ceux qui gardent vivante la lutte dans la rue. Une brève réflexion au sujet de la lutte anarchiste dans l’État espagnol. Nous nous trouvons dans une situation politique et sociale curieuse. D’un côté ETA dépose les armes. Le GRAPO [Groupes de résistance antifasciste du premier octobre] est désarticulé et le fondamentalisme islamique perd de sa présence médiatique dans cette partie du globe. Parallèlement la crise sociale liée à la soi-disant crise économique (et nous disons soi-disant parce que le capitalisme est en lui-même une crise constante et parce que pour ceux d’en bas c’est l’état perpétuel dans lequel nous nous trouvons) semble s’intensifier. De nouvelles éclosions de protestations et même d’émeutes apparaissent à différents endroits et milieux sociaux de la péninsule et l’État va se trouver sans ennemi interne à qui imputer les fautes, vu que le faire sur le « peuple », en faveur de qui tout le monde dit agir, ne semble pas être le plus approprié. Le fantasme anarchiste surgit alors, comme un diable interne sur le dos de qui l’on met tous les débordements des manifs, toutes les intensifications des luttes. Pour les désactiver l’État ne peut se permettre le luxe de réprimer brutalement la population ni d’insinuer que celle-ci a quelque chose à voir là-dedans. C’est pour cela qu’il doit isoler et calomnier toute tentative de rébellion, pour la rendre antipathique au commun des mortels, afin que ces épisodes et exemples ne se propagent pas. Ainsi depuis quelque temps ceux qu’il faut affronter, ceux qui mènent les pauvres gens sur le chemin de la violence et de la déraison, et qui en plus posent des bombes et brûlent des églises, ce sont les anarchistes (ce qui n’est pas non plus faux). Un éther, quelque chose sans corps défini mais qu’on essaie de structurer suffisamment pour qu’il puisse être catalogué comme groupe terroriste, mais pas au point qu’il lui reste en son sein une lueur de rébellion. On a pu apprécier au cours de l’année dernière l’apparition récurrente dans la presse d’articles qui font référence à l’essor de l’activité violente anarchiste dans la péninsule. De comment la puissance et la fréquence des attaques ont augmenté, de comment sont financés depuis ici des milieux anarchistes à l’étranger et de comment des compagnons anarchistes italiens ou grecs viennent enseigner aux autochtones l’art de la guerre sociale, pour prendre quelques exemples. Les rapports publics des flics vont dans le même sens, mettant en garde contre la dangerosité que les luttes anarchistes sont en train d’acquérir, en faisant l’une de leurs principales inquiétudes. Et même s’ils ont l’habitude de dire d’innombrables aberrations, avec l’intention de criminaliser et de réprimer, il est vrai que notre ambition est d’être leur pire menace. Mais de notre propre mérite. Nous connaissons bien le langage du Pouvoir. Ses doigts accusateurs nous pointent et nous ne sommes pas innocents. Nous ne voulons pas être innocents. Nous sommes anarchistes. Et en portant notre anarchisme nous voulons inspirer la passion, la solidarité et la révolte.
Le grand triomphe des idées anarchistes peut se comprendre lorsque nous voyons qu’elles n’ont jamais disparu malgré les efforts de tous les États, leur répression, l’emprisonnement, l’isolement et le harcèlement contre de nombreux compagnon-ne-s à travers le monde. Où que l’on cherche, il y a des compagnons anarchistes, les éléments agitateurs, les actions et tous les résultats concrets de la lutte contre le Pouvoir sont toujours là, fermes et intransigeants. L’erreur des appareils répressifs consiste à croire qu’un ordre judiciaire, des enquêtes policières tordues, l’emprisonnement de certains, les montages (c’est quoi leur justice si ce n’est un gros montage absurde), les conneries de la presse cherchant à maintenir son gagne-pain basé sur le mensonge, serviront à vaincre l’idée et le combat pour la liberté, des chemins de lutte, le sens de nos vies, lorsque nous ne nous sommes jamais sentis esclaves. C’est l’idée même des anarchistes qu’ils ne pourront jamais récupérer ni racketter. Il n’est pas possible d’en finir avec tout cela. C’est précisément ce en quoi consiste la gêne que nous représentons pour le Pouvoir. Où que l’on cherche, nous le disons une fois de plus, se trouve la main tendue du compagnon, la solidarité vive, la complicité contre ce monde dégouttant, oppressant, carcéral, la certitude que notre potentiel est inépuisable. Nous n’admettons aucune autorité, nous ne recevons aucun ordre, le mercenaire juge, le mercenaire policier, le mercenaire journaliste sera demain substitué par un autre. Il ne détient rien de plus que l’ordre de maintenir cette fausse paix sociale, c’est son boulot, ce sont des êtres pourris qui réaffirment ce système pourri, c’est là qu’ils sont, toujours en train d’essayer de faire leur devoir. Nous ne nous plaignons pas, nous savons comment tout cela fonctionne. Ce n’est donc pas compatible avec notre manière d’agir, le victimisme qui réclame moins de dureté, nous le laissons à ceux qui font confiance aux maîtres, à ceux qui sont à l’aise dans les petits espaces que cède la démocratie à la protestation dans son besoin de consensus. Nous ne sommes pas dissidents, pour l’être nous aurions dû d’abord adhérer ou soutenir le Système. Nous remettons en question tout ce qui compose chaque aspect de ce misérable monde, un chemin difficile et ardu mais satisfaisant et surtout un chemin que personne ne nous arrachera. Depuis 1906 où l’anarchiste Mateo Morral offrait un bouquet de fleur avec du nitrobenzène au cortège monarchique espagnol, jusqu’à nos jours, les choses ont changé mais nous sommes toujours debout. Nous nous solidarisons avec la compagnonne Sol, enfermée dans les prisons de l’État chilien, nous nous souvenons avec un amour acrate de Gabriel Pombo da Silva, Marco Camenisch, nous n’oublions jamais les compagnons morts en action Mauricio Morales, Lambros Foundas et Sebastián Oversluij, ni ceux mis en cause et poursuivis, et bien sûr, ces mots et la suite de la lutte vont aussi vers vous, Mónica Caballero et Francisco Solar.

Salut et Anarchie