mardi 27 octobre 2026

L'échange symbolique et la mort" de Jean Baudrillard

 "Mais nous savons ce que signifie ces lieux introuvables : si l'usine n'existe plus, c'est que le travail est partout, si la prison n'existe plus, c'est que le séquestre et le renfermement sont partout dans l'espace/ temps social, si l'asile n'existe plus, c'est le contrôle de psychologique et thérapeutique, s'est généralisé et banalisé, si l'école n'existe plus, c'est que toutes les fibres du procè social sont imprégnées de discipline et de formation pédagogique, si le capital n'existe plus (ni sa critique marxiste), c'est que la loi de la valeur est passée dans l'autogestion de la survie sous toutes ses formes, etc,etc. Si le cimetière n'existe plus, c'est que les villes modernes tout entières en assument la fonction : elles sont villes mortes et villes de mort. Et si la grande métropole opérationnelle est la forme accomplie de toute une culture, alors tout simplement la nôtre, est une culture de mort."


"La révolution ne peut consister que dans l'observation de la mort, non, l'égalité de la survie."


L'émergence de la survie peut donc s'analyser comme l'opération fondamentale de naissance du pouvoir. Non seulement parce que ce dispositif va permettre l'exigence du sacrifice de cette vie-ci et le chantage à la récompense dans l'autre - toute la stratégie des castes des prêtres - mais plus profondément par la mise en place d'un "interdit de la mort" et simultanément de l'instance qui veille sur cet interdit de la mort : le pouvoir. Briser l'union des morts et des vivants, briser l'échange de la vie et de la mort, désintriquer la ville de la mort et frapper la mort et les morts d'interdit, c'est là le tout premier point d'émergence du contrôle social. Le pouvoir n'est possible que si la mort n'est plus en liberté, que si les morts sont mis sous surveillance, en attendant le renfermement futur de la vie entière. Ceci est la loi fondamentale et le pouvoir et gardien des portes de cette loi."



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