mardi 18 août 2026

3 textes par L'Oublié

 

Une boîte vide



Sur la table, une boîte vide

Ils auraient pu claquer la porte.

Claquer les volets, fermer tous les rideaux.



Rien de tout ça.

Le silence.
Encore plus bruyant que d'habitude.



Une boîte vide.

Une boîte vide mais qui dit tout.



Rien eu avant.
Rien après, non plus.



Le vide est là.



On la regarde.
On y cherche quelque chose au fond pour croire.



Finalement, il n'y avait même pas de boîte vide.



Je viens juste de la déposer mentalement.



Dis moi qui n'est pas sur la photo,
Je te dirais ce que tu deviendras.


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Comme une toile de Cézanne.





Le couple s'installe.

Cézanne peint.

La misère jusqu'au bout du mégot.



La femme :



  • Mon mari a un cancer.

Le barman s'éclipse.
Les têtes se baissent.



Cézanne peint la fuite.



Les yeux de la femme, une touche de couleur dans un décor gris sale.



Cézanne les a peints.

La table est tâchée.
Bancale.
La fumée prend à la gorge.
Le comptoir, peu à peu, se dépeuple.



Cézanne a le souci du détail.
Les ballons de rouge.



Elle :



  • Rien ne doit s'arrêter.

Lui :

  • Je vais me battre.



Cézanne a peint dans leurs regards ces deux questions :



Elle :



  • Que vais-je devenir sans lui ?



Lui :

- Connaît-elle la date ?



Cette couleur qui coule dans les verres d'absinthe.

Ils quittent le bar.



Je me suis dit que d'autres prendront leur place.
Mêmes paroles.
Mêmes regards.



Quelles questions me poserais-je ce jour-là ?


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Je n'ai pas de haine !



Je suis encore en vie.



Depuis combien de temps suis-je ici ?
Je sens ma couverture mouillée.

Ils en ont encore profité pour y jeter un seau d'eau.



Qu'est-ce qu'il fait froid !



La lumière est floue. J'essuie mes yeux.
Ils me font mal.
Tous les points de mon corps me font mal.
On dirait qu'ils en ont visité chaque centimètre carré.

Il ne m'appartient plus.

Ils me l'ont volé.



Pourquoi parler ?
Pour quel soulagement ?



Mes amis seraient torturés aussi.

Comme moi, pour donner d'autres noms.



Parler pour mettre un terme à quoi ?
À la souffrance ?
À la mienne ?



Se dire que l'on se fout de tout ça ?

Que l'on se place au-delà de ce monde.
Que tout cela ne nous concerne plus.

Bien sûr, les gens comprennent. La torture, il n'a pas tenu. Finalement, on lui en veut un peu. Ça doit être horrible.



Est-ce qu'il y a un temps de résistance minimum à la torture avant de tout lâcher, sans être traité de lâche ?

C'est quoi la lâcheté ?

Est-ce nous qui en donnons une définition ou ce sont ceux qui sont dehors qui en définissent les limites ?

J'ai faim.
Je n'ai pas soif.
Toute cette humidité autour de moi fait que je n'aurai plus soif.
Du moins, le temps qu'il me reste.

J'ai froid.
J'ai dû dépasser les quatre jours puisque je ne pleure plus.
Maintenant, j'attends.



Je sais que je dois attendre qu'ils viennent me chercher.
J'en entends autour de moi qui pleurent encore dans les cellules à côté.
Je souris.



Après, on sait que cela fonctionne autrement.



À nouveau, mon regard se brouille.

Une douleur fulgurante me remonte des boyaux.
Sans doute la javel.



Je m'évanouis.

La porte s'ouvre.

Ils m’attrapent par les bras et me traînent vers le petit bureau à la porte verte.
La porte s'ouvre.


Je peux dessiner cette odeur.
La même obscurité.
Cette lumière aveuglante.
On me pose sur une chaise.



Les yeux fermés, je le reconnais.

  • Ouvrez les yeux quand je vous interroge !

    Je les ouvre.

    - Donnez-moi vos complices !
    - Je ne vois pas de quoi vous parlez. Je suis seul.
    - Vous commettez des actes terroristes, je veux les noms de ceux avec qui vous les faites.

    Il me tend un verre.

    - Buvez !
    - Je n'ai pas soif.
    - Buvez ! Allez, buvez !

    Je bois.
    Ça me déchire la gorge et les boyaux.
    Je me tords,

    je tombe de la chaise.

    Je sens encore le verre.



Voilà, je ne vais pas tarder à m'évanouir encore.



  • Si vous ne parlez pas, j'abats cette femme avec son enfant.

    Je cherche des yeux un peu d'air.

    Je vais bientôt m'asphyxier avec mon sang.

    Je ne peux plus déglutir.

    - Laissez-les ! Ça ne sert à rien, je ne sais rien.

    La femme serre son enfant contre elle.

    - Parlez ! hurle-t-elle. Parlez, je vous en supplie !

    Si je peux lui dire que cela dépasse nos simples êtres.
    Que c'est l'histoire qui se construit au-dessus de nous.
    Que nous ne devons plus faire cas de nos corps, de nos êtres et de nos proches.

    Je la regarde dans les yeux.
    Droit dans les yeux.

    Elle a compris.

    Elle serre un peu plus son enfant.

    Lorsqu'elles s'écroulent devant moi, je décide de m'évanouir afin d'aller les pleurer, tranquillement, sur mon matelas mouillé.

    Sa douleur, avec la mienne, dans une même lutte désespérée.

    Je n'ai pas de regrets.

    Aucun.

    Je n'en veux à personne.

    Ça a toujours été mon choix. Celui qui m'a amené ici.


    Parmi ces morts, tous ces morts.

    Même ceux qui nous torturent sont déjà des morts.
    Nous n'avons pas à les envier.

Un matin, ils m'emmènent à la lumière naturelle.



Quelle douleur de bonheur!



Enfin, je vais être libre.



Je ne peux plus les haïr,

je ne peux plus.





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