I
Le ciel est bleu, tirant par endroit sur le violet.
La cuisine n'a plus aucune odeur. Le four vient d'être nettoyé. La poêle est encore sur le gaz.
Sur la table, deux couverts. Il s'assoit. Il remplit les verres. Il mange avec appétit, en fixant la chaise en face de lui.
Il se lève en traînant la sienne. Il s'éloigne et se retourne.
- Je te laisse le temps de finir. Je dois partir. A ce soir.
Le silence est une réponse.
Le ciel est maintenant largement violacé. Une horloge dans l'autre pièce se fait entendre.
II
Sur son bureau, la photo jaunit. Un visage s'efface. Avant de commencer, il prend le cadre dans ses mains et semble dire quelques mots.
Personne ne l'approche plus.
Tout cela s'était passé à bas bruit. A peine une porte qui se ferme. Un léger parfum flottant pendant quelques secondes avant de disparaître. Un lit défait, une empreinte. Un plaid et un oreiller sur le canapé à ranger.
III
En face de son bureau, quelqu'un le regarde.
Il traite les dossiers au fil de l'eau. Celui qui est fini se met à droite.
Fin de journée. La pile de gauche a fondu, celle de droite monte petit à petit.
Face à lui, la personne se lève et va vers l'ascenseur. Elle semble ralentir un instant.
A chaque fois, l'ascenseur se resserre. Deux étages ainsi à descendre. Un mélange de sueur, d'un reste de parfum et un goût de chocolat.
La porte s'ouvre. La personne le frôle. Il esquive. Dans les phares de sa voiture une silhouette ralentit. Il la voit.
IV
Il rentre directement chez lui. L'assiette est froide sur la table. Il la vide et la pose avec les autres dans l'évier.
A la porte de sa chambre, il se penche:
- Tu es déjà couchée ? Bonne nuit.
Il la referme délicatement.
Dans le canapé, il rabat le plaid sur lui. Dormir vite.
V. Ailleurs
Elle traîne dans les rues de la ville. Il ne l'a pas vue.
Il pleut maintenant. Les rues s'allument. Les devantures s'éteignent ou se ferment. Les rues sont maintenant vides. Les jambes sont lourdes. Elle baille.
Elle rentre et se couche directement.
Dormir vite.
VI
Il se lève, va regarder dans la chambre. Il chauffe deux cafés. Il en pose un sur la table. Il boit le sien adossé à l'évier. Il fixe l'autre tasse.
Il pose sa tasse sur la pile d'assiettes sales. En refermant la porte, un courant d'air fait voler le petit mot qui était posé sur la table. Celui ci va finir sous un meuble.
VII
La journée se passe.
Il achète des fleurs et un gâteau. Il pose les fleurs devant la tasse et l'assiette froides. Il allume la bougie du gâteau. Il écrit ces quelques mots.
" Je n'ai pu t'attendre, je suis fatigué. Je me couche. C'est un anniversaire."
Sur le canapé, il rabat le plaid sur lui.
Dormir vite.
VIII. Ailleurs
Elle traîne dans les rues de la ville. Il ne l'a pas vue.
Il pleut maintenant. Les rues s'allument. Les devantures s'éteignent ou se ferment. Les rues sont maintenant vides. Les jambes sont lourdes. Elle baille.
Elle rentre et se couche directement.
Dormir vite.
IX
Au matin, le bouquet est presque fané. La bougie a fondu, le gâteau également.
Il sort de sa chambre. Le canapé est rangé. L'évier est vide lorsqu'il y dépose sa tasse. Il débarrasse la table.
Il part au travail.
X
En faisant le ménage, le petit mot perdu réapparaît. En lisant, un sourire. Il prend son café face à la fenêtre. Il jette le papier.
Il ouvre la porte de la chambre.
- Bonne journée Hélène.
Il commence à refermer la porte
- Toi aussi Paul.
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