samedi 13 septembre 2025

QUAKER n. m. (de l'anglais quake, trembler) encyclopediea anarchiste de Sébastien Faure

 



Voltaire a dit que, si l'on avait souvent tourné les quakers en ridicule, on avait été contraint de respecter leurs moeurs. Pour notre part, nous reconnaissons volontiers à la Société des Amis des qualités qui nous rendent ses membres particulièrement sympathiques. Les doctrines enseignées par George Fox, son fondateur, se trouvent déjà exprimées, d'une façon plus ou moins claire, chez les mystiques allemands Eckhardt etTauler, ainsi que chez d'autres écrivains antérieurs. Citons encore, parmi les précurseurs des quakers, le pasteur puritain Roger William's qui s'en alla, en 1638, fonder l'Etat de Rhode Island, en Amérique. Il proclamait l'inviolabilité de la conscience humaine et ne reconnaissait aux autorités aucun droit de contrôle sur la voix intérieure qui parle ennous. Il interdisait de prêter serment et condamnait le paiement des taxes réclamées par les ministres des cultes. Mais c'est grâce à George Fox que l'appel à l'inspiration personnelle et directe du Saint-Esprit devint la base d'un système théologique célèbre etd'une association religieuse puissante. Ce réformateur naquit à Drayton (Leicester) en 1624 ; il mourut à Londres au début de 1691. Fils d'un pauvre tisserand presbytérien, il fut lui-même berger, mais se sentit de bonne heure appelé à prêcher une doctrine nouvelle. Il rejetait les observances rituelles et la hiérarchie ecclésiastique, déclarait que dieu n'habite pas les temples construits par les hommes et que chacun trouve un guide infaillible dans sa propre conscience inspirée par le Saint-Esprit. Comme il s'élevait contre la tyrannie sacerdotale et défendait de verser le sang humain, Fox fut longtemps et durement persécuté. C'est à l'occasion des poursuites intentées contre lui, en 1650, à Derby, qu'il fut appelé quaker (trembleur) par le juge Bennet qu'il exhortait à « honorer dieu et à trembler devant sa parole » ; ce surnom resta à ses disciples. Ses prédications dans les diverses régions de l'Angleterre, de l'Irlande, de l'Ecosse, sa douceur et sa charité lui gagnèrent de nombreux partisans. A l'époque de la restauration des Stuarts,

George Fox fut mis en prison et y resta, presque sans interruption, jusqu'en 1666. Inquiété de nouveau en 1672, il se rendit en Amérique, puis, à son retour, visita diverses contrées d'Europe, spécialement la Hollande. Il jouissait de la paix dans son propre pays, quand il mourut ; la Société des Amis s'imposait alors à l'attention de tous. Parmi ceux qui contribuèrent le plus à répandre le quakérisme, il faut citer Robert Barclay et William Penn. Très versé dans la connaissance du grec et de l'hébreu, Robert Barclay écrivit l'apologie de la nouvelle religion à une époque où la chose était dangereuse ; il fut emprisonné, mais ne renonça pas à ses idées. William Penn, fils d'un amiral, s'était converti au quakérisme en 1667, alors qu'il étudiait à Oxford. Son père crut qu'un voyage en France et dans les Pays-Bas modifierait ses idées ; il n'en fut rien. Emprisonné quelque temps en Irlande, chassé par sa famille, il commença en 1668, à prêcher et à écrire. C'est pendant son incarcération à la Tour de Londres qu'il composa England's present interest où il réclamait pour tous l'absolue liberté de conscience. Il accompagna Fox dans son voyage de propagande en Allemagne et en Hollande. Après la mort de son père, il échangea une créance de 16.000 livres, que ce dernier possédait sur la couronne, contre la cession en Amérique d'un territoire plus vaste que l'Angleterre, à l'Ouest du Delaware, et qui prit le nom de Pensylvanie. Il y appela ses coreligionnaires, ainsi que les persécutés des autres sectes. Comme les nouveaux venus n'occupèrent que des territoires achetés aux Peaux-Rouges, ils vécurent en bonne intelligence avec ces derniers et n'eurent jamais recours à la force. De plus, exemple bien méritoire à cette époque, ils pratiquèrent la tolérance même à l'égard de leurs adversaires. Penn mourut en 1718, après avoir connu des succès entremêlés de dures peines. La Pennsylvanie fut le premier Etat d'Amérique qui libéra les esclaves. Maintes fois les quakers ont été accusés par les autorités politiques et religieuses de favoriser l'esprit d'insubordination et de révolte. Ils n'ont aucun respect, en effet, pour la hiérarchie sacerdotale, pour les rites et les cérémonies cultuelles ; ils dénient aux gouvernants le droit de violenter la conscience

individuelle. Devant les tribunaux, ils refusent de prêter serment et se bornent à une

déclaration affirmative ou négative ; leur véracité est d'ailleurs proverbiale. Fidèles au

précepte biblique : Tu ne tueras point, ils refusent de porter les armes et de s'associer

aux fêtes militaires. Ces consciencious objectors, n'ont pas craint de supporter la prison et même la mort pour la cause de la paix. Ils ont montré l'exemple à nos objecteurs de conscience actuels ; et cela suffirait pour que nous leur accordions une estime méritée. Longtemps, on se moqua des quakers à cause de leurs vêtements : les hommes portaient des chapeaux à larges bords, des habits très simples et de couleur sombre ; les femmes avaient un tablier vert et une mantille noire. Ils ne saluaient personne et tutoyaient tout le monde, par souci d'égalité. Adversaires de la traite des noirs, ils ont puissamment contribué à l'affranchissement des nègres aux Etats-Unis. Dès 1751, ils décidèrent que ceux qui ne banniraient pas complètement l'esclavage de leurs maisons ne seraient plus reçus parmi eux. A l'égard des déshérités de toutes les races et de tous les pays, ils font preuve d'un amour fraternel qui impose le respect même à leurs adversaires. Maintes foison a fait remarquer, et à juste titre, que selon l'expression de Madeleine Madel, la Société des Amis qui ne se donne pas l'étiquette libertaire en possède effectivement l'esprit. Dans ses groupes, ce n'est ni un individu, ni une coterie, ni la majorité qui commande : les décis ions concernant la collectivité doivent être prises à l'unanimité. Parmi les sectes nées du quakérisme, il en est une que signalent avec intérêt les historiens des colonies communistes : celle des Shakers. Fondée par une jeune femme illettrée, cette société pratiquait d'une façon absolue le communisme de la production et de la consommation. Mais si l'individu devait rester pauvre, la communauté pouvait être riche ; et cette richesse collective devenue considérable fut néfaste aux Shakers, car elle poussa certains adhérents cupides il s'en emparer personnellement. Ajoutons que les membres de la secte étaient soumis à une discipline rigoureuse, qu'ils s'astreignaient à une chasteté absolue et ne toléraient, en matière d'art, que la musique et la danse. D'autre part, signalons qu'on a surnommé les Frères Moraves, les quakers de l'Allemagne. Créée en 1457 avec les débris des Hussites qui n'avaient pas voulu se soumettre aux décisions du concile de Bâle, leur association fut persécutée à plusieurs reprises. Reconstituée en 1722, elle fonda une colonie à Hernhut dans la Haute-Lusace. Les Frères Moraves vénèrent la Bible, mais pensent que l'on peut entrer en communication avec dieu par la lumière inrieure. Ils s'assemblent souvent pour des repas en commun, portent un costume uniforme et se font remarquer par un grand amour de la paix. Malgré le surnom qu'on leur donne, il est impossible de les confondre avec les disciples de George Fox. A l'heure actuelle, ces derniers, les Amis, se rencontrent surtout aux Etats-Unis, où ils exercent une influence appréciable, et en Angleterre. Ils ont aussi quelques communautés en Hollande, en Allemagne, en France (où un périodique, (l'Echo des Amis est publié par leurs soins) et dans d'autres pays.

- L. BARBEDETTE.

QUADRATURE n. f. encyclopedie anarchiste de Sébastien Faure

 



Au point de vue géométrique, évaluer l’aire d’une surface, c’est en faire la quadrature. En astronomie, lorsque les longitudes de deux corps célestes différent de 90°, on déclare qu’ils sont en quadrature. Fréquemment, dans le langage ordinaire, on parle de la quadrature du cercle, c’est-à-dire de la réduction du cercle en un carré équivalent. Et, comme il s’agit là d’un problème insoluble, l’expression « chercher la quadrature du cercle » s’emploie surtout concernant des travaux ne pouvant jamais aboutir, des efforts dépensés en pure perte. Or, les hommes ont vite fait de déclarer une chose impossible, lorsqu’elle réclame un labeur trop pénible ou trop long, surtout lorsqu’elle contredit des préjugés traditionnels et d’inavouables intérêts. Les anciens philosophes et les pères de l’Église assuraient que l’abolition de l’esclavage était impossible ; de nos jours, les partisans du régime capitaliste prétendent qu’on ne saurait trouver un système meilleur. Dans le passé, tous les progrès accomplis furent d’abord combattus comme utopiques ; à l’heure actuelle, on condamne des réformes qui se réaliseront dans un avenir prochain. « Matérialisation des désirs humains successifs, écrit L. Barbedette dans Vers l’Inaccessible, application dans le domaine pratique des perfectionnements conçus par la pensée, voilà les causes du progrès. Elles sont réalisées et au-delà, à notre époque, les merveilleuses féeries dont rêvaient nos ancêtres du XIIIe siècle ; nos souhaits en apparence les plus impossibles seraient probablement satisfaits, si nous ressuscitions en l’an cinq mille. Alors, d’autres aspirations auront surgi qui, pour rendre effectives les transformations espérées, demanderont des siècles de travail à leur tour. « Lentement, notre espèce s’évade des bas-fonds où elle naquit et gagne les sommets, toujours plus élevés, que l’imagination, d’avance, avait décrits. Cette marche à l’infini deviendrait rapide sans les obstacles que suscitent sottise oumalignité. Durant des millénaires, négligeant de dompter la nature par un effort persévérant, les hommes eurent confiance en de vaines prières ; trompés par les mensonges théologiques, ils comptaient sur les dieux, non sur eux-mêmes. Si notre espèce échoue dans sa mission rédemptrice, si elle est vaincue finalement par lesforces cosmiques, elle le devra aux religions. Quand l’heure viendra des cataclysmes ultimes, la science de nos descendants sera-t-elle assez grande pour qu’ils ne succombent pas ? Espérons-le ; mais repoussons les joies mystiques qui nous détourneraient de la bonne voie. Et ne comptons ni sur des gouvernants, pour qui le nec plus ultra de la grandeur souveraine consiste à gaspiller milliards et vies humaines, afin de reculer les bornes d’une frontière, ni sur de fausses aristocraties qu’intéressent exclusivement les jeux surannés de la politique ou les spéculations financières. Au regard de l’immense tragédie cosmique, dont nous sommes pour de courtes années et les acteurs et les témoins, combien mesquines de pareillespréoccupations ! » Quand on reproche aux anarchistes de chercher la quadrature du cercle, de vouloir l’impossible, ils auraient donc tort de se laisser émouvoir. Ce reproche fut adressé successivement à tous ceux qui, dans un domaine quelconque, apportèrent des vues neuves et des suggestions originales. Disparition de l’autorité, du capitalisme, de la religion, du militarisme, suppression des multiples injustices présentes sont parfaitement réalisables, et même pour un avenir prochain, si nous savons le vouloir avec énergie et ténacité.

PURGATOIRE n. m. (du latin : purqatorius, de purgare : purger).

 Le purgatoire est un lieu intermédiaire entre le ciel et l'enfer, où les âmes qui n'ont pas entièrement satisfait, en ce monde, à la justice divine sont purifiées des peines contractées par le péché, avant d'être admises en la présence de Dieu. Les anciens n'avaient qu'une idée très vague du purgatoire ; nombre de peuples même l'ont totalement ignoré. Les Grecs avaient imaginé des limbes, séjour des enfants morts jeunes et un purgatoire où des traitements peu rigoureux purifiaient les âmes, mais ils n'en avaient tiré aucun corps de doctrine. Le Lamaïsme, dérivé du Bouddhisme, admet, ainsi que certains peuples Tartares, l'existence d'un purgatoire. Cette doctrine est particulière à la religion catholique. D'après celle-ci, les âmes des hommes qui meurent avec de petits péchés, des imperfections vénielles sur la conscience, ne peuvent entrer, ainsi souillées, au royaume des cieux. Elles ne méritent pas, pour ces légers manquements, la damnation éternelle. II doit y avoir un lieu de purification possible. C'est au purgatoire qu'elles iront. Là, les âmes souffriront des peines proportionnées à leurs fautes et demeureront un temps déterminé selon la gravité de leurs péchés. De plus, les vivants ont la précieuse faculté - précieuse surtout pour les finances de l'Eglise - de soulager les âmes du purgatoire et abréger la durée de l'expiation, par des messes, des bonnes oeuvres, des prières, faites à leur intention. L'Eglise s'est bien gardé de définir ni le lieu exact où se trouve le purgatoire, ni la nature des peines endurées par les âmes. Elle laisse cependant supposer que ces peines consistent en supplice du feu. L'Eglise a professé, au cours des âges, les opinions les plus vagues, les plus variées, les plus contradictoires au sujet du purgatoire. Elle n'a d'ailleurs érigé cette croyance en dogme qu'après le concile de Florence, en 1439. Les Hébreux n'en avaient aucune idée. Leur livre religieux, l'Ancien Testament, n'en parle pas. Dans le Nouveau, il n'y a que d'imprécises allusions. encore faut-il beaucoup de bonne volonté pour considérer les versets 32 et. suivants de l'Evangile selon saint Mathieu (XII) comme une indication. Sur ce point., les pères de l'Eglise ont eu, à propos du purgatoire, des opinions divergentes, allant jusqu'à s'annuler l'une l'autre. D'abord ils crurent que les âmes ne sont pas jugée s après la mort, mais qu'elles doivent attendre la résurrection des corps, au jugement dernier, pour être punies ou récompensées. Ensuite, certains estimèrent le contraire et imaginèrent le purgatoire. Saint Augustin nie, dans plusieurs de ses OEuvres, l'existence du purgatoire. Saint Fulgence n'y croit pas, mais Origène l'admet fermement. Cette doctrine s'imposa surtout après l'institution de la fête des morts (xre siècle) qui fut créée sur la foi apportée au récit suivant : cc Un pèlerin, revenant de Jérusalem, fut jeté dans une île où il trouva un ermite qui lui apprit que l'île était habitée par des diables qui plongeaient les âmes des trépassés dans des bains de flammes. Ces mêmes diables ne cessaient de maudire saint Odillon, abbé de Cluny, lequel, par ses prières, leur enlevait des âmes. Rapport de cela ayant été fait à Odillon, celui-ci institua, dans son couvent, la fête des morts. (Légende rapportée et certifiée digne de foi par le cardinal Pierre Damien, - d'après Voltaire -). L'Eglise adopta bientôt cette solennité. Comme l'usage de racheter, par des aumônes et les prières des vivants, les peines des morts et des âmes du purgatoire, commençait à se généraliser et que, d'un autre côté, le pape délivrait pour cela des indulgences qui avaient une capacité de rachat supérieure aux simples prières, la fête dégénéra vite en abus. Les prêtres et les moines mendiants surtout, se firent payer pour tirer les âmes du purgatoire. Ils ne parlèrent plus que d'apparitions de trépassés, d'âmes errantes qui venaient implorer du secours, des châtiments éternels et des calamités qui punissaient les vivants assez hardispour refuser du secours. Ce trafic éhonté des indulgences augmenta encore après l'institution des « jubilés » par Boniface VIII (1300). Pour permettre à tous les croyants de participer aux grâces que l'Eglise promettait en retour d'un pèlerinage à Rome, on institua des jubilés tous les 25 ans. Ces jubilés étaient l'occasion d'une vente massive d'indulgences plénières ou partielles. Le commerce non dissimulé des indulgences, la rapacité des prêtres et des moines qui profitaient de la circonstance pour accroître leurs revenus déjà plantureux, les multiples excès résultant de cette coutume firent énormément pour le progrès des hérésies précédant la Réforme. (Voir ce mot). Afin de réprimer ces abus et pour lutter contre les ravages du protestantisme naissant, l'Eglise, soucieuse avant tout de ses intérêts spirituels et matériels, codifia la doctrine du Purgatoire et l'érigea définitivement en dogme au cours des conciles de Florence, en 1439, et de Trente, en 1545. En admettant cette croyance chère aux classes pauvres, en faisant sienne cette superstition, l'Eglise se montra logique avec elle-même, car sans Ce royaume intermédiaire, elle ne saurait se tirer des contradictions et des absurdités qui découlent de la croyance au paradis et à l'enfer et du péché originel. Pour ce dogme, comme pour tous les autres, l'Eglise, obligée par ses prétentions théocratiques, d'imposer au monde un certain nombre de croyances indémontrables, contrainte de répondre sans cesse aux hérésies renaissantes, en évitant de heurter trop directement le sens commun et les croyances générales, à dû imaginer une théologie qui répondait à toutes les objections. Elle a dû, pour sauvegarder l'essentiel de son patrimoine : ses intérêts financiers, progresser sans cesse dans l'absurde, et par des atténuations, des détours, des subtilités, donner au

dogme un caractère et des formes en accord avec les besoins et les opinions du moment. Jusqu'au jour où, lassée des objections et des arguments dont l'intelligence humaine, sans cesse en progrès, commençait à l'accabler, elle eut l'idée (qui clôturait toute discussion !) de faire un « mystère » du dogme incriminé.


- Ch. ALEXANDRE.

jeudi 11 septembre 2025

"Que trahis-tu là de toi, que tu abrites depuis l'enfance, en n'écrivant plus?"

 "Que trahis-tu là de toi, que tu abrites depuis l'enfance, en n'écrivant plus?"


Que me dis-tu ami, quand la souffrance est autant dans le fait d'écrire que de décider d'arrêter? 

La réponse à l'écriture, au fait d'écrire, au fait de partir ailleurs pour ne pas être présent, dans le présent ou les présents.

Peut-on n'être qu'ailleurs quand le temps devient une course qui ne s'interrompt plus, quand il n'y a plus de rêves, ou d'échappatoire.

Comment à 12 ans déjà vouloir être ailleurs que dans le milieu familial?

Comment à 12 ans ne pas vouloir être avec sa "famille"?  La famille est un milieu fasciste m'as-tu dit un jour? 

Ecrire ce que je ne pouvais vivre, écrire pour lire ce que je ne parvenais pas à lire?


Mais aujourd'hui, aujourd'hui, je te paraphrase avec plaisir dans une remarque tirée de ton roman "Le monde des amants/ l'éternel retour : 


« Je ne vais plus écrire, non parce que je t’ai rencontré, mais parce que je n’ai plus à écrire que je t’ai rencontré ».


Ecrire me fait souffrir, ne plus écrire me fait souffrir. Quelle est la plus pénible des décisions? 

En effet, je n'ai jamais écrit pour être lu mais pour écrire. L'idée, le but a changé parce que il existe des lieux où la course à la notoriété nous oblige à produire, produire, chaque jour comme pour ne pas disparaitre. 

Et, en fait, j'étais en contradiction avec moi-même, puisque je n'ai de cesse de disparaitre pour prouver que je n'ai jamais existé. 

Alors, produire, être lu, admiré même pourquoi pas, salué, congratulé. Qu'est ce devant ce que je m'apprête à vivre d'ici quelques années? Ce qui est en fait la vraie question.

Et je ne veux plus me débattre dans ce monde, je ne veux plus parler, expliquer, argumenter quand les mots prononcés sont passés systématiquement au travers de filtres ; la religion, la politique, le syndicalisme, la morale, l'église, le travail.

Rien est écouté, ceux en face de nous superpose leur vie minable sur la mienne qui n'est guère moins minable. Ils utilisent des mots pour d'autres, ils retournent les sens. 


Fini tout cela, le silence. Voilà le silence. Et peut-on pervertir le silence?