Dans ce numéro, il faut lire l'article : "Anatomie de la souffrance au travail" par Alain Deneault.
On n'y parle des méthodes de management qui poussent au suicide ou à la démission. Une déshumanisation des individus poussée à l'extrême. Cet article nous prouve, si besoin il était, qu'il ne s'agit que de la dérive de quelqu'un, mais d'un management systémique.
Cette méthode, qui a été importée du Japon me semble t il, s'appelle la méthode Lean.
Sous le prétexte de faire participer les "collaborateurs" à la marche de l'entreprise, on organise des groupes de travail dans lesquels les salariés doivent dire ce qui fonctionne ou ce qui ne fonctionne pas, si on ne peut pas plus rentabiliser un service avec moins de personnel que l'on placerait alors ailleurs (c'est à dire licenciement).
La volonté des salariés de prendre plus de place dans l'entreprise, les pousse à participer de bonne grâce à ce genre de fonctionnement, quitte à être soi-meme licenciés.
Il faut savoir que chaque fois que l'on croit qu'une action envers les salariés et leurs "droits" est engagée, cela ne sert en fait que l'entreprise.
Par exemple, les représentants du personnel qui font partis des conseils d'administration n'ont qu'un "pouvoir" consultatif. Même le plus revendicatif devient malgré lui un faire valoir. De plus, vis à vis de ses collègues, il est un traître puisque quoi qu'il dit, les décisions néfastes sont appliquées. Deuxième conséquence: le militant est retiré de l'usine ou du service, il est de moins en moins en contact avec ses collègues et de moins en moins concernés par leurs problèmes. Il n'a plus la vision aiguë des problèmes et des difficultés.
La seule instance qui restait la plus contraignante pour les entreprises étaient les CHS CT qui demandaient des expertises (qui coûtent très chères), pouvaient mettre l'entreprise devant un tribunal (comme ce fut le cas pour France Télécom). Alors, le gouvernement, sous prétexte de "moderniser", de "rationalier" et de "simplifier" à fondu les CHS CT avec les comités d'entreprises. Le choix des salariés devenaient celui ci: payer des séjours ou des campings cars ou une expertise sur les conditions de travail? L'autre raison de cette action fut que, souvent, les comités d'entreprises sont mêlés à de nombreuses dérives.
Tout ce qui pourrait être considéré comme des avancées pour les salariés, les entreprises détournent immédiatement l'avancée pour leur propre avantage.
Par exemple: dans le code du travail, il est demandé que tous les ans le salarié passe un entretien avec un représentant de l'entreprise.
Au fur et à mesure, cet échange presque amical avec son supérieur direct s'est transformé en entretien de notation, puis en entretien d'auto-flagellation. Celui-ci se présente sous cette forme:
Le chef : là, je te note tant (jamais la bonne note), qu'en penses tu?
Le salarié : Oui c est vrai, j'ai fait quelques conneries. D'accord.
Et cela pendant, tout l'entretien. Pas d'échange ou si peu, un sentiment d'être le cancre devant le professeur, se mettre sur le dos des fautes qui ne sont imputables qu'au mauvais fonctionnement de l'entreprise ou des conditions de travail dégradées. Bref, rien dont il ne soit véritablement responsable.
L'entreprise pratique aussi la personnalisation des conflits. Lorsqu'un militant syndical est très revendicatif on le stigmatise, on le pointe du doigt et l'entreprise s'exonérer de tout en transformant des revendications légitimes en mésententes entre le militant et un responsable. Donc, de fait, les autres salariés s'éloigne du représentant syndical pour que l'entreprise comprenne qu'ils n'ont rien à voir là-dedans. Le discours, à partir de ce moment, n'est plus audible pour personne.
Le monde de l'entreprise est un lieu où tout est fait pour nous faire comprendre qu'il n'est pas besoin de réfléchir, d'autres le font pour nous. Nous n'avons qu'à nous occuper de faire au mieux et au plus vite le travail demandé.
Réfléchir est déjà désobéir.
M A. 21/12/25
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