https://youtu.be/1WO-UpY0Gm0?si=I1bRQ9_1WR1v_zbC
"Tout abandon de principes aboutit forcément à une défaite" Elisée Reclus "Le dialogue, c'est la Mort" L'injure sociale
dimanche 28 décembre 2025
jeudi 25 décembre 2025
dimanche 21 décembre 2025
Maniere de voir N°203 : Santé mentale : symptômes d'un monde fêlé.
Dans ce numéro, il faut lire l'article : "Anatomie de la souffrance au travail" par Alain Deneault.
On n'y parle des méthodes de management qui poussent au suicide ou à la démission. Une déshumanisation des individus poussée à l'extrême. Cet article nous prouve, si besoin il était, qu'il ne s'agit que de la dérive de quelqu'un, mais d'un management systémique.
Cette méthode, qui a été importée du Japon me semble t il, s'appelle la méthode Lean.
Sous le prétexte de faire participer les "collaborateurs" à la marche de l'entreprise, on organise des groupes de travail dans lesquels les salariés doivent dire ce qui fonctionne ou ce qui ne fonctionne pas, si on ne peut pas plus rentabiliser un service avec moins de personnel que l'on placerait alors ailleurs (c'est à dire licenciement).
La volonté des salariés de prendre plus de place dans l'entreprise, les pousse à participer de bonne grâce à ce genre de fonctionnement, quitte à être soi-meme licenciés.
Il faut savoir que chaque fois que l'on croit qu'une action envers les salariés et leurs "droits" est engagée, cela ne sert en fait que l'entreprise.
Par exemple, les représentants du personnel qui font partis des conseils d'administration n'ont qu'un "pouvoir" consultatif. Même le plus revendicatif devient malgré lui un faire valoir. De plus, vis à vis de ses collègues, il est un traître puisque quoi qu'il dit, les décisions néfastes sont appliquées. Deuxième conséquence: le militant est retiré de l'usine ou du service, il est de moins en moins en contact avec ses collègues et de moins en moins concernés par leurs problèmes. Il n'a plus la vision aiguë des problèmes et des difficultés.
La seule instance qui restait la plus contraignante pour les entreprises étaient les CHS CT qui demandaient des expertises (qui coûtent très chères), pouvaient mettre l'entreprise devant un tribunal (comme ce fut le cas pour France Télécom). Alors, le gouvernement, sous prétexte de "moderniser", de "rationalier" et de "simplifier" à fondu les CHS CT avec les comités d'entreprises. Le choix des salariés devenaient celui ci: payer des séjours ou des campings cars ou une expertise sur les conditions de travail? L'autre raison de cette action fut que, souvent, les comités d'entreprises sont mêlés à de nombreuses dérives.
Tout ce qui pourrait être considéré comme des avancées pour les salariés, les entreprises détournent immédiatement l'avancée pour leur propre avantage.
Par exemple: dans le code du travail, il est demandé que tous les ans le salarié passe un entretien avec un représentant de l'entreprise.
Au fur et à mesure, cet échange presque amical avec son supérieur direct s'est transformé en entretien de notation, puis en entretien d'auto-flagellation. Celui-ci se présente sous cette forme:
Le chef : là, je te note tant (jamais la bonne note), qu'en penses tu?
Le salarié : Oui c est vrai, j'ai fait quelques conneries. D'accord.
Et cela pendant, tout l'entretien. Pas d'échange ou si peu, un sentiment d'être le cancre devant le professeur, se mettre sur le dos des fautes qui ne sont imputables qu'au mauvais fonctionnement de l'entreprise ou des conditions de travail dégradées. Bref, rien dont il ne soit véritablement responsable.
L'entreprise pratique aussi la personnalisation des conflits. Lorsqu'un militant syndical est très revendicatif on le stigmatise, on le pointe du doigt et l'entreprise s'exonérer de tout en transformant des revendications légitimes en mésententes entre le militant et un responsable. Donc, de fait, les autres salariés s'éloigne du représentant syndical pour que l'entreprise comprenne qu'ils n'ont rien à voir là-dedans. Le discours, à partir de ce moment, n'est plus audible pour personne.
Le monde de l'entreprise est un lieu où tout est fait pour nous faire comprendre qu'il n'est pas besoin de réfléchir, d'autres le font pour nous. Nous n'avons qu'à nous occuper de faire au mieux et au plus vite le travail demandé.
Réfléchir est déjà désobéir.
M A. 21/12/25
3° partie du recit imaginaire. Par M.A.
Je vous présente ici la 3° partie d'un récit imaginaire érotique ayant pour titre :
"J’avais tant envie que l’on se revoie…"
Il fait suite à :
Partie 1: "Liberticides voluptuosités"
Partie 2: "Voluptuosités Réseauïdes"
Texte :
J’avais tant envie que l’on se revoie…
"J’avais tant envie que l’on se revoie…
que les nuits ne suffisaient plus à t’attendre…
J’avais envie de te prendre dans les bras… comme jamais je ne l’ai fait… comme jamais je ne ferai…
te serrer… te sentir…
Ton corps contre le mien comme je l’ai si souvent rêvé… espéré…
Sans que jamais rien ne se produise… sans que nos lèvres ne se touchent…
Sans que nos haleines se mélangent…
Que nos langues s’escriment…
J’ai tellement fantasmé lorsque j’ai aperçu cette goutte de pluie courir sur ta peau…
le frisson qui t’a parcourue à cet instant…
tes yeux, posés sur moi à l’instant où tu as senti mon regard sur ta peau…
cette goutte qui a disparu dans le sillon de tes seins…
Et ma langue qui aurait pu l’intercepter… aurait pu…
Elle s’est perdue dans ton chemisier…
Le soleil m’a aidé… à croire… à vouloir… à m’apaiser… finalement…
Le sourire que tu avais à ce moment précis… avait le goût de ta chair… la saveur de tes humidités…
À cet instant… j’ai voulu déguster le goût de ton sexe… le goût de tes lèvres…
voulu te coucher, te lécher de la nuque à ton cul…
J’aurais tant aimé être plus que celui auquel tu n’as jamais fait attention…
Dis-moi… n’aurait-il pas fallu à ce moment précis que tu poses ta main sur ma joue… en me regardant droit dans les yeux…
me sourire afin que mes larmes ne coulent plus…
Je t’aurais tellement plus aimé si tu m’avais affirmé qu’il n’y avait aucun espace entre nous…
À lever le souffle agonisant du fantasme…
La tension est redescendue…
te parler… parler à ce que j’ai cru pouvoir exister… cette possession à cet instant…
Qu’ai-je espéré de ce qui ne sera jamais ?
xxxxxxxxxx
Ce matin, je me suis réveillé calme, apaisé…
J’avais dormi comme si j’étais mort…
J’avais été au bord d’un endroit inconnu…
alors j’ai imaginé le corps que j’ai voulu être le tien… celui qui n’est que ce que j’aime construire…
Tu étais nue…
découverte…
libre à tous regards
Des seins petits…
aux tétons tendus à l’extrême…
un ventre plat, vibrant…
un sexe à l’abri de sa toison…
ta main qui s’appliquait à te donner du plaisir…
en silence…
une souffrance que l’on garde pour soi…
j’aurais pu me pencher sur toi…
prendre d’assaut ta bouche…
et ma main prenant la place de la tienne.
« je prends ta souffrance à mon compte… »"
Texte copié sur Facebook
Il est important pour moi de citer ce texte qui vient d'un ancien CRS par rapport au conflit actuel entre les agriculteurs et l'état.
Soulignons que cette personne n'a pas sortir son texte au moment de l'affaire de Souline, ni des actions et de la repression sur les Gilets jaunes. Il s'agit d'un texte circonstancié.
Par contre, en substance, il laisse entendre, dans un contexte de dénonciations de violences policières, systémiques ou pas, de mises en accusation de viols dans des commissariats, de vols d'armements de guerre, de bandes organisées etc..., que les forces de l'ordre sont instrumentalisées et détournées à des fins partisanes.
Il était important de souligner cela tour en déplorant que cela vient d'un retraité, qu'il ne s'agit nullement de quelqu'un en activité et que les policiers honnêtes dans leurs missions de service public ont peur de parler pour des raisons que l'on comprend parfaitement. Il s'agit pour eux de s'organiser afin de mobiliser ceux qui défendent des valeurs de métier pour dénoncer les brebis galeuses mais également les intentions et les ordres de leur hiérarchie.
Je vous laisse prendre connaissance du texte:
Résumé d’un texte envoyé par un CRS :
Je suis très indigné des actualités Ariégeoises.
Ayant été CRS pendant une dizaine d’années, je ne comprends plus ! Je suis vraiment sidéré 😧
Des blindés contre des paysans : la force publique détournée de sa mission.
Les forces publiques ne sont pas une armée d’occupation. Elles ne sont pas instituées pour frapper, terroriser, détruire ou soumettre la population. Leur mission n’est pas de faire taire la contestation par la force, ni d’imposer des décisions administratives contestées sous la menace des armes. Leur existence même repose sur un principe fondamental : la protection des personnes et des droits, non leur annihilation.
Ce principe est explicitement posé par l’article 12 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 : « La garantie des droits de l’Homme et du citoyen nécessite une force publique ; cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée. »
Tout est dit. La force publique n’est légitime que tant qu’elle sert l’intérêt général et protège les droits. Dès lors qu’elle devient un instrument de contrainte brutale au service d’une décision contestée, elle sort de son cadre constitutionnel et perd sa légitimité républicaine.
Ce que nous voyons aujourd’hui — abattages massifs de troupeaux, déploiement de blindés en zones rurales, encerclement d’exploitations agricoles, usage de la force contre des éleveurs — interroge gravement la fidélité de l’État à ses propres principes. Non seulement parce que ces mesures détruisent des vies économiques, familiales et humaines, mais parce qu’elles sont imposées sans consentement, sans débat réel, et souvent sans proportionnalité.
Elles ne relèvent plus d’une simple police sanitaire, mais d’une logique de coercition, où la force armée est utilisée pour imposer la destruction des moyens de subsistance de citoyens qui ne représentent aucune menace pour l’ordre public.
Or, le droit français, comme le droit international, sont formels : toute atteinte aux droits fondamentaux doit être nécessaire, proportionnée et strictement encadrée par la loi. Le Conseil constitutionnel comme la Cour européenne des droits de l’homme rappellent constamment que la force ne peut être utilisée qu’en dernier recours, lorsque toutes les autres voies ont échoué, et jamais comme un mode ordinaire de gouvernement. L’administration ne dispose d’aucun droit absolu de destruction, pas même au nom de la santé publique.
Un troupeau n’est pas un objet abstrait, ni une variable statistique : il est le fruit de décennies de travail, de transmission familiale, de soins constants et d’investissements humains et financiers. Le détruire par la force, sous escorte militaire, sans dialogue réel, sans alternatives crédibles, sans indemnisation préalable effective, constitue une atteinte grave et directe à ces droits. Lorsque cette destruction est imposée, sans démonstration individualisée de nécessité absolue, elle est une destruction illégale de biens appartenant à autrui.
La destruction massive et systématique de troupeaux, lorsqu’elle prive des familles entières de leur unique moyen de subsistance, engage une responsabilité grave de l’État. Le droit international des droits de l’homme reconnaît que la destruction des moyens de survie d’une population, lorsqu’elle est imposée par la contrainte et sans proportionnalité, constitue une violation majeure des droits fondamentaux.
Il faut également rappeler que les agents des forces de l’ordre prêtent serment de servir la loi et la population, non d’obéir aveuglément à des ordres manifestement disproportionnés. Le droit pénal français, comme le droit international, est sans ambiguïté : l’obéissance hiérarchique ne couvre pas les actes illégaux. Un ordre manifestement illégal, notamment lorsqu’il conduit à une destruction injustifiée et disproportionnée, engage la responsabilité de celui qui l’exécute.
Ce texte ne vise pas les femmes et les hommes en uniforme, souvent eux-mêmes pris dans des chaînes de commandement rigides, soumis à des injonctions contradictoires et à une pression politique croissante. Il vise un système qui détourne la force publique de sa finalité originelle, qui transforme des agents de protection en instruments de coercition administrative, et qui remplace le dialogue, la raison et le droit par la peur et la force brute.
L’État ne peut pas prétendre agir au nom de la santé, de la sécurité ou de l’ordre public, tout en piétinant les droits fondamentaux. La fin ne justifie jamais les moyens. Une démocratie qui envoie des blindés contre ses paysans, qui traite la détresse comme une menace et la résistance civile comme un crime, s’éloigne dangereusement de l’État de droit et s’approche d’une logique autoritaire qu’elle prétend pourtant condamner ailleurs.
jeudi 18 décembre 2025
samedi 13 décembre 2025
Soiree tetu : texte magnifique de Virginie Despentes
https://youtube.com/shorts/jNrfci3uUjU?si=hg9JbjgEVTN5Mt3E
mardi 9 décembre 2025
dimanche 7 décembre 2025
mercredi 26 novembre 2025
mardi 25 novembre 2025
MORT À LA DEMOCRATIE : Directe ou pas, c’est la même frange à caca
! Aaaaah, ça m’énerve ! Pourquoi faut-il toujours que les gens ramènent ce vieux truc ? Pourquoi faut-il toujouuurs qu’ils s’y rattachent comme si rien, vraiment rien d’autre n’existait ? Mais encore si ce n’était que ça ! Si ce n’était qu’un vieux brol fossilisé ? Un machin un peu rance, un peu poussiéreux mais inoffensif ? Sauf que pas du tout ! On parle bien d’une sacrée merde, d’une fameuse gangrène, du mode de domination universel sous nos latitudes, j’ai nommé : la démocratie ! Dans les camps militants, les centres sociaux occupés, les mouvements d’opposition à l’austérité, on voit des anarchistes prendre part, mettre en place et même promouvoir des pratiques démocratiques. On voit des orgas anarchistes diffuser des autocollants « pour la démocratie directe» ou des anarcho-stars comme David Graeber chanter ses louanges et s’émerveiller de son instauration dans les plaines du Rojava. Récemment, lors d’un débat j’entendais enfin quelqu’un s’offusquer qu’on utilise le mot « démocratie » dans un sens positif alors que pour lui, c’est plutôt quelque chose à attaquer… vous auriez vu les gueules de certains dans l’assistance… Les mouvements récents comme les 15M ou Nuit Debout, reproduisent les structures autoritaires en « jouant à la démocratie ». Ils pataugent dans des bacs à sable où ils expérimentent les institutions de demain. Assemblées, commissions, motions, délégués, porte-paroles… dessinent une parodie du système en place. Se rendent-ils compte que reproduire les codes de l’État, c’est ouvrir grand la porte à la récupération ? Que c’est lui offrir des petits leaders et des embryons d’institutions pour renouveler son paysage politique ? Critiquer la démocratie, ce n’est donc pas une question de pureté théorique. C’est une nécessité si on ne veut pas s’égarer sur la voie de la compromission avec le pouvoir. J’essaierai donc de m’attaquer à la démocratie, représentation bien sûr, mais directe aussi. ¡ DEMOCRACIA REAL, YA BASTA ! Bien sûr, s’organiser de façon démocratique, partir d’un principe égalitaire, vaut bien mieux que d’un principe autocratique ou élitiste, là n’est pas la question. Le problème de la démocratie, c’est que c’est une forme de gouvernement : elle suppose de faire régner un ordre, d’imposer certaines décision, de faire respecter certains principes – par la force s’il le faut. En réalité, les volontés individuelles sont multiples, elles partent dans tous les sens – ce qui a le don d’exciter les maniaques de l’ordre. Ce n’est que dans la méthode pour leur donner une direction commune, pour les écraser, que les régimes autoritaires et démocratiques se différencient. Démocratie et anarchie sont donc tout bonnement irréconciliables. Gavés toute notre vie de propagande démocrate il nous faut faire l’effort de voir l’opposition nette entre oppression et liberté.
S’organiser, c’est faire des choix qui sont autant de prises de position. Il me semble que l’exigence de cohérence entre théorie et pratique est une des plus grandes richesses de l’anarchisme. Quel sens aurait notre lutte si nous reproduisons déjà les cadres autoritaires dans nos façons de faire ? Les assemblées générales, les tours de parole, la modération, l’empowerment, etc. sont autant de techniques expérimentées dans les lieux alternatifs qui se veulent démocratiques. Dans une certaine mesure, elles permettent de sortir de l’isolement, de l’aliénation, de se mettre en mouvement contre ce qui nous opprime. Mais il faut bien se rendre compte que s’organiser sous forme de parti permet aussi tout cela. Seulement, si la plupart des anarchistes sont bien conscients que le parti reproduit par ailleurs toute une série de merdes imbuvables, qui se permet de remettre en question l’organisation démocratique aujourd’hui ? ∴ Les AG, qu’on y décide par majorité ou consensus, sont conçues comme des moments particuliers, codifiés. Or, séparer chaque partie de la vie, distinguer la vie quotidienne de la politique, la politique de l’économie, séparer travail et loisirs, c’est la première étape pour (faire) accepter des saloperies autoritaires. On n’imagine pas les Cro-Magnons appeler une AG après l’occupation d’une grotte, vanter les mérites du marché libre pour l’échange de gourdins, ni tenter de fabriquer une carte à pointer les heures de chasse. Nous sommes généralement fiers d’être plus « évolués » que nos ancêtres en peaux de bête, mais c’est parce que nous refusons de voir que nos « progrès » sont teintés de sang, marqués par la domination. « Nos » institutions permettent en réalité aux dominants de maintenir leur position, légalement ou moins légalement. « La politique est l’art de la séparation. Là où la vie a perdu sa plénitude, où la pensée et l’action des individus ont été sélectionnées, cataloguées et enfermées dans des sphères séparées, là commence la politique. Ayant éloigné certaines activités des individus (la discussion, le conflit, la décision en commun, l’accord) en une zone en soi qu’elle prétend gouverner, forte de son indépendance, la politique est en même temps séparation parmi les séparations et gestion hiérarchique du cloisonnement. Elle se révèle ainsi comme une spécialisation, contrainte à transformer le problème en suspens de sa propre fonction en un présupposé nécessaire pour résoudre tous les problèmes. C’est justement pour cela que le rôle des professionnels de la politique est indiscutable – et la seule chose qu’on nous laisse faire c’est les substituer, en changer de temps en temps. Chaque fois que les subversifs acceptent de séparer les différents moments de la vie et pour changer, en partant de cette séparation, les conditions données, ils deviennent les meilleurs alliés de l’ordre du monde. C’est justement parce qu’elle aspire à être une sorte de condition première de la vie que la politique insuffle partout son haleine mortifère. »
Démocratie par ci, démocratie par là, au parlement comme en place publique, à l’école comme en entreprise… Une fois synonyme de « pouvoir au peuple, par le peuple, pour le peuple », une autre fois simplement de « ce qui est bien » ; d’ « état de droit » ou de « droit de vote » ; de liberté ou d’égalité ; de ceci ou de cela ; la démocratie est partout, elle est TOUT. A force de surcharger ce mot de signification, il gonfle tant qu’il en devient creux. Son sens s’envole et dérive au gré du vent. Mais quelque part, son vide, c’est sa force. Prétendument valeur fondamentale de nos sociétés, universellement partagée, elle permet à chacun de l’investir d’une foi toute personnelle, de la charger du sens qui lui convient. Chacun pour soi et la démocratie pour tous ! Ah, c’est sûr, ça facilite le consensus ! Puis, quand on sait que c’est en son nom que les armées démocratiques bombardent les pauvres mal disciplinés de latitudes inférieures, quand même, on se dit que le foutage de gueule, c’est une ressource phénoménale ! Pour y voir clair, prenons la peine de faire un brin d’étymologie et examinons le mot «démocratie » : demos et kratos, littéralement, le pouvoir au peuple. Mais de quel peuple on parle ? Qu’est ce qui définit un peuple ? Qui en fait partie ou non ? Et sur quelle base ? Les démocraties supposent l’existence d’une forme de citoyenneté exclusive. Il y a ceux qui font partie du « club » (les citoyens), et ceux qui en sont exclus (les étrangers). Les uns comme les autres n’existent pas d’emblée : ils sont produits par l’État et ses politiques d’inclusion/ exclusion. L’école, la famille, les services sociaux sont chargés de forger de braves petits sujets de l’État. De l’autre côté, la police, l’armée, Frontex répriment les dissidents et maintiennent l’intégrité territoriale contre les envahisseurs. Entre-temps, les naufragés de la démocratie s’entassent au fond du grand cimetière méditerranéen. La deuxième partie de notre mort, kratos, est encore plus à gerber. Kratos, c’est le pouvoir, mais pas le pouvoir dans le sens de capacité à faire les choses, non, le pouvoir qui impose, celui qui fait respecter les décisions et autres décrets. Dans la mythologie grecque, Kratos est le Titan qui enchaîna Prométhée à un rocher lorsque celui-ci s’empara du feu sur le Mont Olympe pour le donner aux hommes et ainsi les rendre égaux aux dieux. S’il y a une figure à laquelle les anarchistes peuvent s’identifier dans la mythologie grecque, c’est Prométhée – il représente la savoir, la volonté, il ne respecte pas l’autorité des dieux (puis, bon, le feu…). Kratos, c’est tout le contraire, non seulement c’est le pouvoir, mais c’est le pouvoir dans sa forme brute et stupide, du genre « je ne fais qui suivre les ordre ». En gros c’est l’État dans tout ce qu’il a de répressif et que la démocratie partage avec l’autocratie, l’aristocratie ou tout autre système l’ayant précédé – comme la Justice, la police ou l’armée. Il y a quelque temps, en France, on a vu un banquier sortir de son coffre fort, être bombardé ministre de l’économie, fonder un parti de toute pièce se mettre tous les gros médias dans la poche, et sortir en tête du premier tour des présidentielles. C’est déjà incroyable mais l’histoire ne s’arrête pas là. Au deuxième tour, le voilà confronté à la progéniture du Diable en personne : Le Pen Jr. Autant dire que royale sera la voie vers l’Élysée : Il n’y aura que lui, c’est du tout cuit. Et pourtant, le peuple de France n’est pas sûr de lui. Il ne semble ne pas se rendre compte de l’abomination à laquelle le preux chevalier Macron doit faire place. Et seule une minorité (40%) se déplace pour lui prêter allégeance. Sauf que le lendemain, la presse, qui ne nous prend pas pour des cons, annonce 66 % en faveur de Macron : Sonnons le clairon ! Abstentionnistes, non-inscrits, indécis… laissons tous ces moucherons sur le perron ! Dans ses comptes, l’État s’est simplement débarrassé de l’encombrant fardeau de tous ces inutiles. L’alchimie électorale a su transmuter un parfait inconnu en candidat à 20 puis à 40 %, et finalement en président disposant d’une majorité. L’exemple est peut-être extrême. Mais c’est dans le principe même des élections à deux tours – ou en Belgique, des coalitions – de fabriquer de la légitimité. Généralement, aucun candidat, aucun parti ne convainc directement la plupart des citoyens. Mais la mécanique électorale permet qu’au final, suite à quelques péripéties relayées frénétiquement par les médias, le gouvernement se retrouve avec une majorité derrière lui. Et grâce à ces tours de passe-passe, tu auras beau te plaindre de la situation sociale, il y aura toujours un réac pour te rappeler que ton avis, c’est bien beau, mais que le peuple a tranché. C’est ainsi qu’on comprend que les élections sont une technologie de pouvoir. Une machine à légitimer l’enflure qui occupera le trône de France pendant les cinq prochaines années. L’élection, c’est le droit divin de ce début de XXIe siècle. Et si les AG, c’était pas si différent ? La démocratie « réelle » ou « directe » que les anarchodémocrates appellent de leurs vœux pourrait bien ne pas être beaucoup plus reluisante. Car tout comme les élections de la démocratie représentative, les AG de la démocratie directe visent à légitimer un certain pouvoir. La démocratie directe a elle aussi ses gardes fous, ses « droits de l’homme » inaliénables. Ses droits de veto. Ses codes. Ses interdictions. Ses prérogatives de minorité discriminée. L’une comme l’autre limitent ma liberté. Les deux permettent qu’un petit flic, payé ou non, en uniforme ou non, vienne me dire : « La loi belge/la charte du lieu ne permet pas cela ». Alors, oui ! Comme la démocratie bourgeoise est plus douce que la dictature, la démocratie directe pourrait bien être préférable à la démocratie bourgeoise. Elle permettrait probablement plus de marge de manœuvre, plus de libertés et d’autonomie. Elle offre plus d’outils contre les dominations. Plus d’espace pour ceux qui ne rentrent pas dans les cases. Et si la charte de tel lieu ne me plaît pas, pourquoi ne pas aller fonder mon propre lieu ailleurs ? Seulement, de la même façon que les élections ne changent rien mais ne font qu’entériner le rapport de force déjà présent, j’ai bien l’impression que les assemblées militantes remplissent grosso modo le même rôle. Les personnes vont user de ruses, de rhétoriques, de manipulations, etc. pour faire passer en assemblée ce qui a été déterminé ailleurs, de façon plus informelle. L’AG, comme les élections, sert donc de processus de légitimation. C’est tout ce côté cinéma, tout ce jeu de rôle, ce spectacle, qui me gonfle. Je voudrais que les gens AGISSENT. Qu’ils discutent à l’occasion ou quand c’est nécessaire. Mais qu’ils assument leurs actes, leurs décisions en leur nom propre et ne se retranchent pas derrière une quelconque instance démocratique.
∴
Dénoncer l’oligarchie, accuser le système de ne pas être assez participatif… Voilà bien une ornière dans laquelle se vautrent comme des moutons les critiques en carton. Bien sûr, ils sont bien peu à prendre les décisions. M’enfin quel angle d’attaque inoffensif ! L’État parle déjà tout le temps de sedémocratiser, de se rendre plus participatif ! Souvent c’est fort timide, voire carrément de l’embrouille. Mais imaginons qu’ils mettent en place des moyens techniques pour que chaque décision du gouvernement puisse être soumise au vote de la toute la population, à l’aide de smartphones par exemple. On comprend bien la force de légitimation qu’aurait un tel système. Ce serait une forme de totalitarisme démocratique. La première question à nous poser est : devons nous décider tous ensemble, de tout, toujours ? Pourquoi imposer une telle homogénéité ? Ça ne peut mener qu’au plus petit dénominateur commun, à une réduction drastique de la diversité et des possibilités de liberté.
∴
Enfin, il y a comme un goût de religieux au royaume prétendument laïque de la démocratie. La critiquer, c’est violer un tabou, c’est blasphémer, c’est profaner ses limites. Païen ! Montre-toi pieux envers les institutions démocratiques ! Adore ses icônes citoyennes ! Respecte ses rites électoraux ! Tu refuses de voir la Lumière ? Serais-tu un de ces adorateurs d’Hitler ? Un idolâtre de Staline peutêtre ? Vade retro ! Cette dictature de la pensée permet de rejeter toute critique un minimum radicale. La démocratie n’est pourtant pas l’alpha et l’oméga de l’humanité. C’est le résultat de luttes, d’oppressions, de hasards. Un jour ou l’autre, cette prison de la pensée s’effondrera et on passera à autre chose, pour le meilleur ou pour le pire. Que l’État chante ses propres louanges, ça ne devrait surprendre personne. Mais qu’on retrouve ce genre de sacralisation chez des gens en révolte, c’est plus inattendu. Il n’y a pas si longtemps, quelqu’un proposait dans un centre social que les conflits se règlent systématiquement en assemblée plutôt qu’en privé. Bien sûr, le privé peut être le refuge de relations de domination. Mais vouloir tout déléguer à l’AG, ça montre bien la fétichisation de l’assemblée, fantasmée comme le lieu de toutes les discussions, de toutes les décisions. Pourtant, quand je vais à une réunion, j’aimerais au contraire n’y discuter que des points pour lesquels je me suis joint à d’autres personnes, je n’ai pas besoin de mettre mon nez dans toutes leurs affaires.
CAUSE TOUJOURS, TU M’INTÉRESSES
Pour que vive la démocratie, toute graine d’insurrection doit être tuée dans l’œuf. T’insurger ? N’y pense même pas ! Sois plutôt un « citoyen » ! Nul besoin de te révolter dans la violence, viens, discutons plutôt ! Communiquons ! Délibérons ! Mais sache que si tu acceptes de jouer le jeu, une étape essentielle est franchie : tu intègres le code fondamental de la démocratie. A la limite, « indigné » que tu es, tu oseras taper du poing sur la table des négociations, mais tu finiras bien par te rasseoir et t’excuser de t’être ainsi emporté. De cette manière, les tensions sont canalisées, les aspérités limées, les possibilités bloquées. Ton individualité s’homogénéise avec celle des autres, et toutes se diluent dans le peuple.
L’instauration ( et la reproduction continue) de la démocratie parlementaire permet d’évacuer la question sociale. La division entres classes est rendue invisible par la fable de l’unité nationale. Évaporation de la domination d’une sur l’autre, puisque « nous » sommes tous des citoyens, égaux devant la loi, pouvant – devant ! – participer aux affaires communes. Aucun conflit n’est réellement indépassable, on peut simplement s’en remettre à l’autorité de l’État et à son juste arbitrage. Alors pourquoi s’évertuer à se confronter dans la violence ? Pour se maintenir, la démocratie doit absolument supprimer toute incompatibilité fondamentale. Voilà pourquoi islamistes, communistes, anarchistes et autres excentriques sont indiscernement pointés comme « terroristes » : ils refusent les fondements de nos sociétés libérales, ils s’écartent un peu trop sérieusement du débat « acceptable ». Sous son vernis généreux et ouvert, la démocratie doit purement et simplement supprimer de telles tendances, car elles menacent de l’exposer dans toute son étroitesse. La démocratie vise à normaliser les conduites, les façons d’être, de faire. Nous sommes invités à voter plutôt qu’à renverser, à participer plutôt qu’à attaquer, à discuter plutôt qu’à frapper, à concilier plutôt qu’à s’opposer. L’État doit maintenir la paix civile, éviter à tout prix la violence insurrectionnelle. Mais il n’a pas le monopole de ces techniques de contrôle. Nombre d’associations locales, de syndicalistes, de militants de gôche se chargent de la sale besogne à sa place. Et encore une fois, les « radicaux » ne sont pas en reste. C’est encore nos conduites qu’on façonne lorsqu’on accepte de lever la main avant de s’exprimer, de se soumettre au modérateur, de respecter le tour de parole, les décisions de l’AG du mois passé, la «modération québecoise », l’usage de termes certifiés politiquement corrects, etc. De nouveau, je ne tiens pas à pointer tout ça comme forcément inacceptable en tout circonstance. Mais cette tendance à vouloir instaurer toutes ces techniques comme immuables, à les institutionnaliser : ça me débecte. De plus, dès qu’on sort un peu du cadre, on entend des « oui mais attention à notre image », « oui mais attention à ne pas mettre en danger les plus faibles d’entre nous », « oui mais c’est aux premiers concernés à prendre l’initiative », « oui mais le moment n’est pas encore venu » etc. Bien réfléchir avant de se lancer dans l’action, je ne peux qu’applaudir ! Mais ces discussions interminables ne produisent que discours, arguments et contre-arguments, à la limite synthèses ou prises de position. Mais en tout cas ces délibérations sans fin limitent l’initiative, surtout quand la pression à trouver un consensus guide des gens qui, en réalité, ne partagent que très peu – ce qui est souvent le cas lorsqu’on se regroupe pour lutter sur telle ou telle thématique sans plus d’affinité que ça. Alors qu’un blocage ou un sabotage, une grève ou une occupation, requièrent la participation active et déterminée de personnes en lutte, l’assemblée générale relève de la même passivité que les élections officielles. On peut « décider » d’une manif, d’une grève ou d’une occupation, mais on ne la rend réelle qu’en y prenant part. Et pour se mettre en grève ou pour attaquer, pourquoi devrait-on demander une autorisation préalable ?
Petite parenthèse/ hypothèse gratuite : On pourrait interpréter l’émergence de certains groupes nonmixtes (femmes, TPG, racisés…) dans ce même contexte de pacification/ homogénéisation. Les AG qui regroupent « tout le monde » évacuent les différences, les particularités, les individualités. Une façon de réagir à cet écrasement par la majorité est de remettre en avant les caractères « invisibilisés », les intérêts propres de certains groupes ou « minorités marginalisées ». On voit bien comment la base de l’AG, s’inscrivant dans la logique de la politique, entraîne son flot de conséquences politiciennes : ses logiques de pouvoir/contre-pouvoir, de représentation, de droits et autres. C’est tout cet imbroglio, ce fatras, que j’aimerais balancer. Adopter l’action directe pour se délester de la politique de la représentation – que ce soit l’assemblée qui entérine les décisions de sa sous-section non-mixte ou l’État qui brandit le drapeau arc-en-ciel sur ses mairies au passage de la gay pride. DÉPASSEMENT On entend souvent que la démocratie serait le moins mauvais des systèmes. Mais qui veut d’un nième moindre mal ? Qui réclame cette douce torture, cet écartèlement sous sédatif ? Moi, je veux la liberté pleine et entière. Que personne, quelle que soit son étiquette, ne puisse m’embrouiller d’une quelconque manière pour pourrir mes désirs. Je ne veux plus de porte-paroles et de groupe de comm’, personne pour prétendre parler au nom du groupe ou du centre social, du mouvement, de la zad… Je veux pouvoir prendre mes responsabilités, parler en mon nom propre. Je veux rejeter tout fétichisme de la forme (assemblée comme ci, modération comme ça…) pour maintenir le lien constant entre théorie et action, entre éthique et lutte. Je veux mettre en place des formes d’organisation qui correspondent à mes besoins, mes désirs, mes convictions. Rejeter tout programme, tout plan d’architecte pour la construction d’un monde à venir. Remettre en question régulièrement, questionner mes modes d’organisation. Je ne veux pas de négociations, de tergiversations à n’en plus finir avec des gens qui en fait, ne partagent pas ma révolte. Je refuse de me laisser normaliser par des conventions, même gauchistes, même « bienveillantes ». Je veux partir de l’individu, de moi-même. Chercher des complices, des affinités. Trouver avec qui ça résonne, monter des projets ensemble, les abandonner ou les transformer quand ils ne nous conviennent plus. Ne pas me jeter avec plein de gens dans un même espace et forcer le consensus. Assumer le désaccord. Agir différemment sans que forcément, on entre dans lⱥe méprisɇ ou la compétition. Accepter la diversité mais aussi savoir rompre quand les positions sont inconciliables. •
[ De la revue apériodique Attack Attack ]
jeudi 13 novembre 2025
La joie d'être vieux" par M.A.
Je viens de revenir....d'ailleurs...après avoir lutter avec les absences, les pertes, ce qui n'est plus ou ce qui ne sera plus...
Je reviens de là d'où je ne pensais jamais revenir...parce que je pensais ne plus revenir...jamais...
j'avais tout perdu...
j'ai en parti tout perdu et c'est en vaincu que je vais reprendre la lutte...
Tout ce qui a été écrit dans les deux derniers recueils est ce dont je ne veux plus me souvenir
une fois sorti, une fois éloigné de moi, je ne veux plus y penser...
Je vais reparti vers autre chose, en faisant un détour par là où je n' étais pas sensé passer.
Un café...
il est là devant moi, et ce qui est inscrit sur cet écran vient de celui qui a disparu ces deux dernières années.
Je suis le défunt ressuscité de ce que je vais devenir.
Je regarde vers l'horizon et, à ma gauche, il y aura toujours la place pour celui qui, toute ma vie, m'a manqué.
Je ne suis responsable de rien, de rien, même si je peux être celui qui a causé la précipitation fatale.
A ma gauche, la place vide;
devant, rien.
Ce que cet horizon ne pourra jamais m'offrir. Au delà, je ne pense rien trouver qui soit en mesure de combler l'absence.
Ce que je cherche aujourd'hui, à cet instant, c'est la joie de penser à ce que je suis devenu après cette expérience. A ce silence impossible à tenir malgré la force de ma volonté. Et de la joie ressentie au moment de ne plus avoir à écrire.
Je ne faisais que de me leurrer, et je tentais de m'éloigner...
pour finalement n'être jamais aussi prêt de ce que je pensais ne plus pouvoir écrire, et souffrir dans la jubilation de penser faire autre chose que d'écrire ce que j'ai écrit.
Aujourd'hui, j'ai cessé de penser le silence de ce que je viens d'écrire pour me permettre de chercher un sujet qui ne sera que le prétexte d'explorer la terre des mots retrouvés.
"Tu peux t'assoir...cette place là t'est réservée...je ne peux pas expliquer ce qu'il m'est arrivé mais je suis heureux que tu sois revenu me voir...
j'ai attendu le temps qu'il fallait...
en fait, il ne t'a fallu que peu de temps...
c'est que j'ai compris très vite que le problème pouvait ne pas venir de ce que je pensais mais de moi-même...alors, il a fallu que je prenne le problème à bras le corps...mais, en fait, j'ai accepté cette douleur...je l'ai non seulement acceptée, et en plus, elle était jubilatoire. Tu peux comprendre?
-à chaque absence on peut chercher un substitut...
-j'ecris parce que j'espère que l'on me réponde...qu'il me réponde...que tu me repondes...
en fait, je suis celui que tu peux espérer trouver...je n'ai jamais pu être là...pour toi...
-les mots ont été les absents qui m'ont abandonné pour peut être mieux dialoguer avec toi...
Aujourd'hui, tu n'as jamais été aussi présent comme si tu n'avais jamais été absent. Sans honte, je peux l'affirmer : tes bras m'ont manqués, me manquent et je sais que rien n'existe au delà de la vie, que l'on ne retrouve jamais les disparus, que la vie éternelle est un leurre mais tu prends corps dans la mémoire que je n'ai pas de toi.
Et depuis si longtemps, les mots ont été tes bras autour de moi.
Tu vois, je me disais que de ne pas penser à l'absent, au disparu...
avancer sans se retourner, poser de question...
suivre, finalement, un chemin parallèle à celui que j'aurai du suivre si j'avais interrogé, si je n'avais pas occulté mon histoire...
quel aurait été ma route?
Aujourd'hui je me demande la cause de cette volonté de ne pas interroger, de ne pas questionner sur lui. Que n'était il pas mort si vite qu'il aurait pu être vivant?
Son substitut a-t-il été suffisant présent pour devenir celui que lui n'a jamais pu être ?
Cela était il plus facile à vivre même si depuis ce temps j'attends de ses nouvelles.
J'écris aujourd'hui ce deuil car je suis presque au bout du chemin.
Je clos en douceur un cycle qui fut violent par le silence, les non-dits et les haines sous-jaccentes qui mettent des distances pour mieux vivre, mieux survivre.
J'ai aimé celle qui me hait sans doute,
J'ai aimé dans le silence le disparu qui restera l'inconnu de toute une vie,
Aujourd'hui, je hais par confort pour ne plus entendre son silence qui me poursuit depuis l'enfance.
Je l'ai bannie
D'ailleurs, il est des fois où je me demande si je vais être au courant lorsqu'elle mourra. Sans doute donnera-t-elle des instructions pour que je be sois pas à ses funérailles. Je souhaite quand même être informé pour profiter de ma joie sans honte de savoir au plus vite que je ne la croiserai plus.
vendredi 7 novembre 2025
"Ce que le silence creuse" par l'oublié
Il est des livres qui ne s'écrivent pas - ils se trouent
des textes qui naissent non du verbe mais de ce qui échappe au dire, de ce que la parole a perdu en chemin
ce que le silence creuse appartient à cette lignée de recueils qui ne cherchent pas à combler le vide mais à le laisser parler
tout commence ici par une fracture celle du langage lui-même
je ne m'adresse pas, je ne déclare pas : je m'écorche
les mots deviennent cicatrices, débris, reste de voix. Ils se dressent, tremblent, s'effacent.
dans la fêlure du poème, on entend le cri qu'aucune langue ne sait dire.
"Fracture avec les mots qui sont devenus absence
mon (silence) sera matière."
ce silence n'est pas le calme c'est une matière dense, habité d'absence, traversé par des souffles et des souvenirs d'hommes défigurés par la guerre, l'oubli ou la bêtise du réel.
les Situ (situations du silence) et les Mot (fragments de parole) composent une architecture en ruine, un espace où l'on avance à tâtons.
Ici, le poème ne se "lit" pas - il se performe, il s'écoute dans le tremblement de sa disparition
Ce que le silence CREUSE est un texte de la désarticulation
une écriture qui refuse la beauté du dire pour lui préférer la vérité de la perte.
Les lettres éclatent, les mots se verticalisent, se démembrent.
C'est la langue devenue corps - la langue comme une plaie, un souffle, une insurrection muette.
Dans ce geste, on reconnait une filiation: celle de Paul Celan, de Ghérazim Luca, de Bernard Noël, de Bataille peut-être - mais sans imitation.
Ici, la voix est nue.
Elle n'imite rien: elle s'invente au bord du silence, là où le sens se défait.
A mesure que l'on avance, on comprend que ce livre est une autopsie du langage et, plus encore, un tombeau pour les disparus :
les morts sans nom, les oubliés, les effacés.
Le texte les exhume, non pour leur rendre hommage, mais pour leur rendre présence.
chaque mot est un os, chaque silence une terre remuée.
"Nous comptons les (silences) comme des os."
"Ce que je trahis en me taisant..."
Il y a dans cette écriture un refus radical de la complaisance et de l'éloquence.
Une parole arrachée à la chair, qui ne se veut ni belle ni poétique - mais nécessaire.
Ici, la poésie redevient ce qu'elle fut à son origine : un acte vital, charnel, politique, ontologique.
Ce que le silence CREUSE n'est pas un livre à comprendre: c'est un livre à subir, à respirer.
A lire lentement, dans la matière du silence.
Il se reçoit comme un corps de douleur et de lucidité, un texte à écouter plutôt qu'à interpréter.
L'Oublié nous livre ici non un cri, mais le creusement même du cri - sa source, sa tension, son impossibilité.
Un texte qui fait du mutisme un lieu de vérité.
Et dans cette vérité nue, il reste quelque chose d'inaltérable :
un battement, un souffle,
le cœur obstiné de ce qui , malgré tout,
refuse de disparaitre."
Ce que le silence creuse...nouveau recueil de M.A.
Ce que je donne ici
n'est pas un livre
c'est un gouffre
un souffle
un manque qui insiste
J'ai écrit
quand plus rien ne voulait se dire
ou plutôt
j'ai laissé les mots tomber
comme on perd du sang
le silence n'était pas absence;
il...creusait
il travaillait sous la peau
il ouvrait
j'ai voulu comprendre
ce qui reste quand les mots meurent
quand le sens se dissout
quand le monde ne répond plus
quand on devient
- non pas muet -
mais trop vivant pour supporter la voix
alors j'ai laissé venir
les cris sans bouche
les lettres qui boitent
les phrases qui se brisent
comme des os
je n'écris pas pour expliquer
je n'acris pas pour consoler
j'écris
pour ne pas disparaitre
que le mourir assez que je cherche désespérément
pour tenir
au bord
ce recueil
ce n'est pas du texte
c'est un combat dans la gorge
un refus de céder
au silence qui dévore
si je parle ici
ce n'est pas pour parler
c'est pour respirer devant vous
et peut-être -
juste peut-être -
que dans la fracture d'un mot,
quelque chose
comme une présence
passe encore.
mercredi 5 novembre 2025
Roland Barthes : Le plaisir du texte"
L'art semble compromis, historiquement, socialement. D'où l'effort de l'artiste lui-même pour le détruire.
Je vois à cet effort trois formes. L'artiste peut passer à un autre signifiant : s'il est écrivain, se faire cinéaste, peintre ou au contraire, s'il est peintre, cinéaste, développer d'interminables discours critiques sur le cinéma, la peinture, réduire volontairement l'art à sa critique. Il peut aussi donner congé à l'écriture, se soumettre à l'écrivance, se faire savant, théoricien intellectuel, ne jamais plus parler que d'un lieu moral, nettoyé de toute sensualité de langage. Il peut enfin purement et simplement se saborder, cesser d'écrire, changer de métier, de désir. Le malheur est que cette destruction est toujours inadéquate ; où bien elle se fait extérieure à l'art, mais devient dès lors impertinente, ou bien elle consent à rester dans la pratique de l'art, mais s'offre très vite à la récupération (l'avant-garde, c'est ce langage rétif qui va être récupéré). L'inconfort de cette alternative vient de ce que la destruction du discours n'est pas un terme dialectique, mais un terme sémantique : elle se range docilement sous le grand sémiologique du versus (blanc versus noir) ; dès lors la destruction de l'art est condamnée aux seules formes paradoxales (celles qui vont littéralement contre la doxa) les deux côtés du paradigme sont collés l'un à l'autre d'une façon finalement complice : il y a accord structural entre les formes contestantes et les formes contestées.
(j'entends à l'inverse par subversion subtile celle qui ne s'intéresse pas idrectement à la destruction, esquive le paradigme et cherche un autre terme : un troisième terme, qui ne soit pas, cependant, un terme de synthèse, mais un terme excentrique, inoui. Un exemple ? Bataille, peut-être, qui déjoue le terme idéaliste par un matérialisme inattendu où prennent place le vice, la dévotion, le jeu, l'érotisme impossible etc ; ainsi, Bataille n'oppose pas à la pudeur la liberté sexuelle, mais...le rire). »
Roland Barthes : "Le plaisir du texte"
« Le sujet accède à la jouissance par la cohabitation des langages, qui travaillent côte à côte : le texte de plaisir, c'est Babel heureuse. »
« Ce lecteur, il faut que je le cherche (que je le drague), sans savoir où il est. Un espace de jouissance est alors créé. Ce n'est pas la « personne » de l'autre qui m'est nécessaire, c'est l'espace : la possibilité d'une dialectique du désir, d'une imprévision de la jouissance : que les jeux ne soient pas faits, qu'il y ait peu. »
« Tout écrivain dira donc : fou ne puis, sain ne daigne, névrosé je suis. »
« Le texte que vous écrivez doit me donner la preuve qu'il me désire. Cette preuve existe : c'est l'écriture. L'écriture est ceci : la science des jouissances du langage, son k-amas-utra ( de cette science, il n'y a qu'un traité : l'écriture elle-même). »
« Le plaisir du texte est semblable à cet instant intenable, impossible, purement romanesque , que le libertin goûte au terme d'une machination hardie, faisant couper la corde qui le pend, au moment où il jouit. »
« La déconstruction de la langue est coupée par le dire politique, bordée par la très ancienne culture du signifiant. »
« L'endroit le plus érotique d'un corps n'est-il pas là où le vêtement baille ? Dans la perversion ( qui est le régime du plaisir textuel) il n'y a pas de « zones érogènes » (expression au reste assez casse-pieds), c'est l'intermittence, comme l'a bient dit la psychanalyse, qui est érotique : celle de la peau qui scintille entre deux pièces (le pantalon et le tricot), entre deux bords (la chemise entrouverte, le gant et la manche) ; c'est ce scintillement même qui séduit, ou encore : la mise en scène d'une apparition-disparition. »
« Ce que je goûte dans un récit, ce n'est donc pas directement son contenu ni même sa structure, mais plutôt les éraflures que j'impose à la belle enveloppe : je cours, je saute, je lève la tête, je replonge. Rien à voir avec la profonde déchirure que le texte de jouissance imprime au langage lui-même, et non à la simple temporalité de sa lecture. »
« texte de plaisir : celui qui contente, emplit, donne de l'euphorie ; celui qui vient de la culture, ne rompt pas avec elle, est lié à une pratique confortable de la lecture. Texte de jouissance : celui qui met en état de perte, celui qui déconforte (peut-être jusqu'à un certain ennui), fait vaciller les assises historiques, culturelles, psychologiques, du lecteur, la consistance de ses goûts, de ses valeurs et de ses souvenirs, met en crise son rapport au langage. »
« Le plaisir du texte, c'est ce moment où mon corps va suivre ses propres idées – car mon corps n'a pas les mêmes idées que moi ».
samedi 1 novembre 2025
Roland Barthes : Le plaisir du texte
"D’où deux régimes de lecture : l’une va droit aux articulations de l’anecdote, elle considère l’étendue du texte, ignore les jeux de langage (si je lis du Jules Verne, je vais vite : je perds du discours, et cependant ma lecture n’est fascinée par aucune perte verbale – au sens que ce mot peut avoir en spéléologie); l’autre lecture ne passe rien; elle pèse, colle au texte, elle lit, si l’on peut dire, avec application et emportement, saisit en chaque point du texte l’asyndète qui coupe les langages – et non l’anecdote : ce n’est pas l’extension (logique) qui la captive, l’effeuillement des vérités, mais le feuilleté de la signifiance; comme au jeu de la main chaude, l’excitation vient, non d’une hâte processive, mais d’une sorte de charivari vertical (la verticalité du langage et de sa destruction); c’est au moment où chaque main (différente) saute par-dessus l’autre (et non l’une après l’autre), que le trou se produit et emporte le sujet du jeu – le sujet du texte. Or paradoxalement (tant l’opinion croit qu’il suffit d’aller vite pour ne pas s’ennuyer), cette seconde lecture, appliquée (au sens propre), est celle qui convient au texte moderne, au texte-limite. Lisez lentement, lisez tout, d’un roman de Zola, le livre vous tombera des mains; lisez vite, par bribes, un texte moderne, ce texte devient opaque, forclos à votre plaisir : vous voulez qu’il arrive quelque chose, et il n’arrive rien; car ce qui arrive au langage n’arrive pas au discours : ce qui « arrive », ce qui « s’en va », la faille des deux bords, l’interstice de la jouissance, se produit dans le volume des langages, dans l’énonciation, non dans la suite des énoncés : ne pas dévorer, ne pas avaler, mais brouter, tondre avec minutie, retrouver, pour lire ces auteurs d’aujourd’hui, le loisir des anciennes lectures : être des lecteurs aristocratiques."
"Texte de plaisir : celui qui contente, emplit, donne de l’euphorie; celui qui vient de la culture, ne rompt pas avec elle, est lié à une pratique confortable de la lecture. Texte de jouissance : celui qui met en état de perte, celui qui déconforte (peut-être jusqu’à un certain ennui), fait vaciller les assises historiques, culturelles, psychologiques, du lecteur, la consistance de ses goûts, de ses valeurs et de ses souvenirs, met en crise son rapport au langage. Or c’est un sujet anachronique, celui qui tient les deux textes dans son champ et dans sa main les rênes du plaisir et de la jouissance, car il participe en même temps et contradictoirement à l’hédonisme profond de toute culture (qui entre en lui paisiblement sous le couvert d’un art de vivre dont font partie les livres anciens) et à la destruction de cette culture : il jouit de la consistance de son moi (c’est son plaisir) et recherche sa perte (c’est sa jouissance). C’est un sujet deux fois clivé, deux fois pervers."
samedi 25 octobre 2025
Rappel : article paru le 17 juin 2018 Gustave le Bon Psychologie des foules
« Il était donc nécessaire de montrer comment le système actuel l'a façonnée , et comment la masse des indifférents et des neutres est devenue progressivement une immense armée de mécontents, prête à obéir à toutes les suggestions des utopistes et des rhéteurs. C'est à l'école que se forment aujourd'hui les socialistes et les anarchistes et que se préparent pour les peuples latins les heures prochaines de décadence ».
Rappel : artiche paru le 24 juin 2018 Gustave Le Bon : psychologie des foules
Je remets un certain nombre d'articles paru il y a déja quelques années sur Gustave Le Bon car, aujourd'hui un certain nombre de personnes le cite.
« Dans toutes les sphères sociales, des plus hautes aux plus basses, dès que l'homme n'est plus isolé, il tombe bientôt sous la loi d'un meneur. La plupart des hommes, dans les masses populaires surtout, ne possèdent, en dehors de leur spécialité, d'idée nette et raisonnée sur quoi que ce soit. »
Rappel La psychologie de la masse du fascisme par Wilhelm Reich article paru le 20 juillet 2021
« Quand un leader honnête s’engage dans une impasse, quand il ne sait plus comment s’en tirer, il donne sa démission et cède sa place à d’autres. S’il n’y a personne capable de mieux tenir son rôle, il exposera devant tout le monde avec franchise les obstacles et attendra ensemble avec la communauté qu’une solution se présente, soit par les circonstances, soit par la découverte de particuliers. Mais le politicard n’a pas le courage d’être aussi honnête!
Pour la défense du mouvement ouvrier mondial il faut bien dire qu’on lui a rendu particulièrement difficile la lutte pour la démocratie des foules laborieuses, pour la démocratie authentique et réelle, et non la pseudo-démocratie qui se gargarise de mots. On a toujours donné raison à ceux qui proclamaient: «La dictature du prolétariat est une dictature comme les autres. On s’en rend nettement compte aujourd’hui, car autrement on ne serait pas obligé d’«introduire la démocratie.» On aurait tort de se réjouir des éloges que la social-démocratie a prodigués à l’Union Soviétique («recueillement», «démocratie», «enfin»). C’était une pilule amère, une formalité. Une régression objective au cours de l’évolution est souvent nécessaire et doit être acceptée ; mais la dissimulation de la régression, le recours aux illusions, aux méthodes et aux mensonges fascistes ne sauraient se justifier. Qu’on s’imagine que Lénine eût déclaré, en introduisant en 1923 la «Nouvelle Politique Économique» (N.E.P.): «Nous nous sommes haussés d’une phase inférieure à une phase supérieure de la dictature prolétarienne. L’introduction de la «Nouvelle Politique Économique» constitue un immense pas en avant sur la route du communisme.» Une telle déclaration aurait sapé la confiance du peuple dans les dirigeants soviétiques. En réalité, Lénine commenta sa «Nouvelle Politique Économique «par les propos suivants:
« C’est une mesure triste et cruelle, mais pour le moment inévitable. L’économie du communisme de guerre s’est heurtée à des difficultés imprévues. Il nous faut faire un pas en arrière, pour reprendre ensuite avec d’autant plus de certitude notre marche en avant. Nous rendons un peu de liberté au commerce privé pour nous en tirer, mais nous savons fort bien ce que nous faisons ».
Lors de l’«introduction de la démocratie soviétique» on aurait cherché en vain tant d’objectivité et tant de franchise. Or, en 1935, elle aurait été plus nécessaire que jamais. Elle aurait contribué à gagner à la cause soviétique des millions d’amis dans le monde; elle aurait mobilisé la pensée; elle aurait peut-être rendu inutile le pacte avec Hitler, dont on a essayé d’attribuer la responsabilité aux Trotskystes. En fait, on assista à la transformation de la démocratie sociale de Lénine en un nouveau nationalisme russe.
Dans la Gazette Rouge de Leningrad, l’organe central des bolcheviks russes, nous lisons, dans le n° 14 du 4 février 1935:
«Notre amour, notre fidélité, notre force, notre cœur, notre héroïsme, notre vie – tout est à toi, prends-les, ô grand Staline, tout t’appartient, ô leader de la grande patrie. Commande à tes fils, ils sont capables de se déplacer en l’air et sous terre, dans l’eau et dans la stratosphère [11] . Les humains de toutes les époques et de toutes les nations diront que ton nom est le plus glorieux, le plus fort, le plus sage, le plus beau de tous. Ton nom figure sur chaque usine, sur chaque machine, sur chaque lopin de terre, dans chaque cœur humain. Si ma femme bien-aimée met au monde un enfant, le premier mot que je lui apprendrai sera « Staline ». »
Dans la Pravda du 19 mars 1935 (citée par le Rundschau, n° 15, p. 787, 1935) on nous brosse sous le titre «Patriotisme soviétique», un tableau du «patriotisme socialiste» qui commence à faire une concurrence sérieuse au «patriotisme fasciste»:
« Le patriotisme soviétique – sentiment ardent d’amour illimité, de dévouement inconditionnel à la patrie, de responsabilités de sa destinée et de sa défense – jaillit des profondeurs insondables de notre peuple. Jamais nulle part, l’héroïsme du combat pour la patrie ne s’est haussé à un niveau comparable au nôtre. L’histoire inimitable et merveilleuse du mouvement révolutionnaire en Russie, l’histoire de l’Union Soviétique, ont montré et montrent encore ce que les travailleurs sont capables d’accomplir quand le sol de la patrie est en jeu. Dans l’activité illégale, sur les barricades, dans les cavalcades de la rapide cavalerie de Boudjenni, au feu de la boîte à mitraille des armées d’airain de la Révolution, au pas cadencé des ouvriers d’usines et de l’industrie socialiste, dans l’hymne des travailleurs des villes et des campagnes, dans l’activité du Parti Communiste a retenti et retentit encore le chant immense, immortel de notre cher pays libéré et rénové.
C’est l’Union Soviétique choyée et élevée par Lénine et Staline ! Elle se laisse caresser par les rayons du printemps qui a commencé avec la Révolution d’Octobre ! Les ruisseaux se mirent à murmurer, les rivières engourdies rompirent la glace, toutes les énergies des populations laborieuses se mirent en mouvement pour ouvrir de nouvelles perspectives à l’évolution historique grâce à l’Union Soviétique, grâce au rayonnement de sa gloire et de sa puissance. On voit se lever la semence d’une vie prospère et d’une culture socialiste. Nous portons la bannière rouge du communisme vers de nouvelles hauteurs, tout près du ciel bleu.
Le patriotisme soviétique, c’est l’amour de notre peuple pour un pays qui a été arraché, au prix du sang et à la pointe de l’épée, aux capitalistes et aux grands propriétaires fonciers; c’est son attachement à la vie grandiose créée par notre grand peuple ; c’est la garde vigilante et armée que nous montons à l’Est et à l’Ouest; c’est le dévouement au grand héritage culturel du génie humain qui s’est épanoui dans notre pays et seulement dans notre pays [12] . Peut-on s’étonner que des étrangers s’approchent de la frontière de l’Union Soviétique, des gens ayant reçu une éducation différente, pour s’incliner profondément devant ce refuge de la civilisation, devant l’État du drapeau rouge ?
Union Soviétique, ô printemps de l’humanité ! Le nom de Moscou a pour les travailleurs, pour les paysans, pour tous les hommes honnêtes et cultivés de la terre la résonance d’un tocsin, mais il signifie aussi l’espoir d’un avenir lumineux et de la victoire sur la barbarie fasciste… Dans notre pays socialiste il est impossible de séparer les intérêts du peuple de ceux du pays et de son gouvernement. La source du patriotisme soviétique réside dans le fait que notre peuple est en train de forger sous la direction du Parti Communiste sa propre vie, que notre beau et riche pays n’a été révélé aux couches laborieuses que par l’autorité soviétique. À l’attachement naturel à la patrie, à la terre et au ciel qui nous ont vus naître, s’ajoute la force gigantesque de la fierté que nous éprouvons à l’endroit de notre patrie socialiste, de son grand parti communiste, de son Staline. C’est l’idée du patriotisme soviétique qui donne naissance, qui fait grandir des millions de héros, de chevaliers, de guerriers prêts à se ruer comme une avalanche dévorante sur les ennemis du pays et à les balayer de la surface de la terre. C’est au sein maternel que notre jeunesse boit l’amour de la patrie. Nous sommes obligés d’élever de nouvelles générations de patriotes soviétiques qui placent les intérêts du pays plus haut que tout le reste, plus haut que leurs vies… …
C’est avec le plus grand soin, avec la plus grande adresse, la plus grande force créatrice que nous nourrissons – comme une plante fragile – l’esprit invincible du patriotisme soviétique. Le patriotisme soviétique est une des manifestations les plus éminentes de la Révolution d’Octobre. Il est un réservoir inépuisable de force, de hardiesse, de fraîcheur juvénile, d’héroïsme, d’émotion, de beauté, de mouvement!
Le patriotisme soviétique embrase notre pays comme une immense flamme. Il fait avancer la vie. Il réchauffe les moteurs de nos chars d’assaut, de nos bombardiers lourds, de nos destroyers, il sert de munition à nos canons. Le patriotisme soviétique veille à nos frontières, où des ennemis perfides et voués au désastre menacent notre vie paisible, notre puissance et notre gloire…»
« Quand les masses humaines réclament à grands cris des statues plus grandes que nature de leurs «führer», elles sont en train de perdre le sens de leurs responsabilités. Du temps de Lénine, on ignorait le culte artificiel des leaders et on ne voyait nulle part les images gigantesques des leaders du prolétariat. On sait que Lénine détestait ce genre d’hommages. »
« Les organisations social-démocrates des ouvriers de la ville de Vienne ont considéré l’inauguration du métro par la municipalité social-démocrate de Vienne comme une prouesse spécifiquement social-démocrate. Les ouvriers de Moscou réunis sous la bannière communiste, qui, par principe, considèrent la social-démocratie viennoise comme un parti ennemi, voient dans le métro réalisé par la municipalité communiste de Moscou une prouesse spécifiquement communiste. Les ouvriers allemands considèrent le projet du chemin de fer de Bagdad comme une réalisation spécifiquement allemande. Ces exemples mettent en évidence le caractère pestiféré des satisfactions politiques illusoires puisées à la source de l’irrationalisme. Elles dissimulent le fait pourtant patent qu’un chemin de fer allemand ou viennois ou moscovite se construit selon des principes internationaux strictement similaires, d’une manière absolument semblable. Tous ces travailleurs ne disent pas: «Le lien qui nous unit tous, c’est notre travail et nos performances. Tâchons de nous mettre ensemble, de nous consulter et de voir comment nous pourrons apprendre aux ouvriers chinois à appliquer nos principes de travail.» Non! L’ouvrier allemand est profondément convaincu que son chemin de fer est tout à fait différent, qu’il est meilleur, disons plus «wotanique» que le chemin de fer russe. C’est pourquoi il ne songe pas à aider les Chinois à construire le leur. Bien au contraire, fasciné par sa satisfaction nationaliste imaginaire, il suit quelque général pestiféré qui se propose de voler aux Chinois leur chemin de fer. C’est ainsi que la peste émotionnelle de la politique sème la dissidence et l’inimitié dans la même classe, qu’elle suscite l’envie, la vantardise, l’opportunisme, l’irresponsabilité. La suppression des satisfactions illusoires et leur remplacement par des satisfactions réelles fondées sur l’intérêt du travail et par la coopération ouvrière internationale sont les conditions sine qua non du déracinement de l’État totalitaire dans les structures caractérielles des travailleurs. Ce n’est qu’ainsi que les masses laborieuses trouveront les forces nécessaires pour adapter la technique aux besoins des masses. »
dimanche 19 octobre 2025
Emmanuel Lévinas : Totalité et infini
3 La volonté et la mort
La mort s'interprète dans toute la tradition philosophique et religieuse soit comme passage au néant, soit comme passage à une existence autre, se prolongeant dans un nouveau décor. On la pense dans l'alternative de l'être et du néant, qu'accrédite la mort de nos prochains qui, effectivement, cessent d'exister dans le monde empirique, ce qui signifie, pour ce monde, disparition ou départ. Nous l'abordons comme néant d'une façon plus profonde et en quelque manière a priori, dans la passion du meurtre. L'intentionnalité spontanée de cette passion vise l'anéantissement. Caïn, quand il tuait Abel, devait posséder de la mort ce savoir-là. L'identification de la mort au néant convient à la mort de l'Autre dans le meurtre. Mais ce néant s'y présente, à la fois, comme une sorte d'impossibilité. En effet en dehors de ma conscience morale, Autrui ne saurait se présenter comme Autrui et son visage exprime mon impossibilité morale d'anéantir. Interdiction qui n'équivaut certes pas à l'impossibilité pure et simple et qui suppose même la possibilité qu'elle interdit précisément; mais, en réalité, l'interdiction se loge déjà dans cette possibilité même, au lieu de la supposer; elle ne s'y ajoute pas après coup, mais me regarde du fond même des yeux que je veux éteindre et me regarde comme l'œil qui dans la tombe regardera Cain. Le mouvement d'anéantissement dans le meurtre, a donc un sens purement relatif, comme passation à la limite d'une négation tentée à l'intérieur du monde . Il nous amène en réalité vers un ordre dont nous ne pouvons rien dire, pas même l'être, antithèse de l'impossible néant. On pourrait s'étonner que l'on conteste ici la vérité de la pensée qui situe la mort soit dans le néant, soit dans l'être, comme si l'alternative de l'être et du néant n'était pas la dernière. Allons-nous contester que tertium non datur ? Et cependant ma relation avec ma propre mort, me place devant une catégorie qui n'entre dans aucun terme de cette alternative. Le refus de cette alternative ultime contient le sens de ma mort. Ma mort ne se déduit pas, par analogie, de la mort des autres, elle s'inscrit dans la peur que je peux avoir pour mon être. La « connaissance » du menaçant précède toute expérience raisonnée sur la mort d'Autrui ce qui, en langage naturaliste, se dit commeconnaissance instinctive de la mort. Ce n'est pas le savoirde la mort qui définit la menace, c'est dans l'imminence de la mort, dans son irréductible mouvement d' approche, que consiste la menace o riginellement, que se profère et s'articule, si l'on peut s'exprimer ainsi, le « savoir de la mort ». La peur mesure ce mouvement. L'imminence de la menace ne vient pas d'un point précis de l'avenir. Ultirna latet . Le caractère imprévisible de l'instant ultime ne dépend pas d'une ignorance empirique, de l'horizon limité de notre intelligence et qu'une intelligence plus grande aurait pu surmonter. Le caractère imprévisible de la mort vient de ce qu'elle ne se tient dans aucun horizon. Elle ne s'offre à aucune prise . Elle me prend sans me laisser la chance que laisse la lutte, car, dans la lutte réciproque, je me saisis de ce qui me prend. Dans la mort, je suis exposé à la violence absolue, au meurtre dans la nuit. Mais à vrai dire, dans la lutte déjà je lutte avec l'invisible. Elle ne se confond pas avec la collision de deux forces dont on peut prévoir et calculer l'issue. La lutte est déjà, ou encore, guerre où, entre les forces qui s'affrontent, bée l'intervalle de la transcendance à travers laquelle vient et frappe, sans qu'on l'accueille la mort. Autrui, inséparable de l'événement même de la transcendance, se situe dans la région d'où vient la mort, possiblement meurtre . L'heure insolite de sa venue approche comme l'heure du destin fixée par quelqu'un. Des puissances hostiles et malveillantes, plus rusées, plus sages que moi, absolument autres et par là seulement hostiles, en gardent le secret. Comme dans la mentalité primitive où la mort n'est j amais naturelle, d'après Levy-Bruhl, mais requiert une explication magique, la mort conserve, dans son absurdité, un ordre interpersonnel où elle tend à prendre une signification. Les choses qui me la donnent, soumises au travail et saisissables, obstacles plutôt que menaces, renvoient à une malveillance,résidu d'un mauvais vouloir qui surprend et guette. La mort me menace d'au-delà. L'inconnu qui fait peur, le silence des espaces infinis qui effraie, vient de l'Autre et cette altérité, précisément comme absolue, m'atteint dans un mauvais dessein ou dans un jugement de justice. La solitude de la mort ne fait pas disparaître autrui, mais se tient dans une conscience de l'hostilité et, par là même, rend encore possible un appel à autrui, à son amitiéet à sa médication. Le médecin est un principe a priori de la mortalité humaine. La mort approche dans la peur de quelqu'un et espère en quelqu'un. « L'Eternel fait mourir et fait vivre ». Une conjoncture sociale se maintient dans la menace . Elle ne sombre pas dans l' angoisse qui la transformerait en « néantisation du néant ». Dans · l'être pour la mort de la peur, je ne suis pas en face du néant, mais en face de ce qui est contre moi, comme si le meurtre, plutôt que d'être l'une des occasions de mourir, ne se séparait pas de l'essence de la mort, comme si l ' approche de la mort demeurait l'une des modalités du rapport avec Autrui. La violence de la mort menace comme une tyrannie, comme procédant d'une volonté étrangère. L' ordre de la nécessité qui s' accomplit dans la mort, ne ressemble pas à une loi implacable du déterminisme régissant une totalité, mais à l'aliénation de ma volonté par autrui . Il ne s'agit pas, bien entendu, d'introduire la mort dans un système religieux primitif (ou évolué) qui l'explique, mais de montrer, derrière la menace qu'elle porte .contre la volonté, sa référence à un ordre interpersonnel dont elle n'anéantit pas la signification. On ne sait quand viendra la mort. Qu'est-ce qui viendra ? De quoi la mort me menace-t-elle ? De néant ou de recommencement ? Je ne sais. Dans cette impossibilité de connaître l'après de ma mort, réside l'essence de l'instant suprême. Je ne peux absolument pas saisir l'instant de la mort - « surpassant notre portée », comme dirait Montaigne. Ultirna latet contrairement à tous les instants de ma vie, qui s'étalent entre ma naissance et ma mort, et qui peuvent être rappelés ou anticipés. Ma mort vient d'un instant sur lequel, sous aucune forme, j e ne peux exercer mon pouvoir. Je ne me heurte pas à un obstacle que dans ce heurt du moins je touche et qu'en surmontant ou en supportant, j 'intègre dans ma vie et dont je suspends l'altérité. La mort est une menace qui s'approche de . Moi comme un mystère; son secret la détermine elle s'approche sans p ouvoir être assumée, de sorte que le temps quime sépare de ma mort, à la fois s'amenuise et n'en finit pas de s' amenuiser, comporte comme un dernier intervalle que ma conscience ne peut franchir et où un saut, en quelque façon se produira de la mort à moi . Le dernier bout de chemin se fera sans moi, le temps de la mort coule en amont, le moi dans son proj et vers l'avenir se trouve bouleversé par un mouvement d'imminence, pure menace et qui me vient d'une absolue altérité. Ainsi dans un conte d'Edgar Poë où les murs qui enferment le conteur se rapprochent sans cesse e t o ù i l vit l a mort par l e regardqui, comme regard, a touj ours une étendue devant lui, mais perçoit aussi l'approche ininterrompue d'un instant infiniment futur pour le moi qui l'attend ultirna latet mais qui, dans un mouvement à contre-courant, effacera cette distance infinitésimale mais infranchissable. Cette interférence de mouvements à travers la distance qui me sépare de l'instant suprême, distingue l'intervalle temporel de la distance spatiale. Mais l'imminence est à la fois menace et ajournement .Elle presse et elle laisse le temps . Etre temporal, c'est être à : la fois pour la mort et avoir encore du temps, être contre la mort: Dans la façon dont la menace m'affecte dans l'imminence, réside ma mise en cause par la menace et l' essence de la peur. Relation avec un instant dont le caractère exceptionnel ne tient pas au fait qu'il se trouve au seuil du néant ou d'une renaissance, mais au fait que, dans la vie, il est l ' impossibilité de toute possibilité secousse d'une passivité totale à côté de laquelle la passivité de la sensibilité qui se mue en activité, n'imite que de loin la passivité. La peur pour mon être qui est ma relation avec la mort, n'est donc pas la peur du néant, mais la peur de la violence (et ainsi se prolonge-t-elle en peur d'Autrui, de l'absolument imprévisible) . C'est dans la mortalité que l'interaction du psychique et du physique se montre sous sa forme originelle . L'interaction du physique et du psychique abordée à partir d'un psychique, posé comme pour soi ou comme causa sui, et du physique, posé comme s'écoulant en fonction de « l'autre », soulève un problème à cause de l'abstraction à laquelle on réduit les termes en relation. La mortalité est le phénomène concret et originel. Elle interdit de poser un pour soi qui ne soit pas déjà livré à autrui et qui, par conséquent, ne soit pas chose. Le pour soi, essentiellement mortel, ne se représente pas seulement les choses, mais les subit. Mais si la volonté est mortelle et susceptible de violence à partir du tranchant de l'acier, de la chimie du poison, de la faim et de la soif, si elle est corps se tenant entre la santé et la maladie, ce n'est pas qu'elle soit seulement bordée par le néant. Ce néant est un intervalle au-delà duquel gît une volonté hostile. Je suis une passivité menacée non seulement par le néant dans mon être, mais, par une volonté, dans ma volonté. Dans mon action, dans le pour soi de ma volonté, je suis expo sé à une volonté étrangère. C'est p ourquoi la mort ne peut pas enlever tout sens à la vie. Non pas par l'effet d'un divertissement pascalien ou d ' une chute dans l'anonymat de la vie quotidienne au sens heideggerien du terme. L'ennemi ou le Dieu sur lequel je ne peux pouvoir et qui ne fait pas partie de mon monde, reste encore en relation avec moi et me permet de vouloir, mais d'un vouloir qui n'est pas égoïste, d'un vouloir qui se coule dans l'essence du désir dont le centre de gravitation ne coïncide pas avec le moi du besoin, d'un désir qui est pour Autrui. Le meurtre auquel remonte la mort révèle un monde cruel, mais à l'échelle des relations humaines. La volonté, déj à trahison et aliénation de soi, mais qui ajourne cette trahison, allant vers la mort, mais toujours future, qui s'y expose, mais pas tout de suite, a le temps d'être pour Autrui et de retrouver ainsi un sens malgré la mort. Cette existence p our Autrui, ce Désir de l'Autre, cette bonté libérée de la gravitation égoïste, n'en conserve pas moins un caractère personnel. L'être défini dispose de son temps précisément parce qu'il ajourne la violence c'est-à-dire parce que, au-delà de la mort, subsiste un ordre sensé et qu'ainsi, toutes les possibilités du discours ne se réduisent pas à des coups désespérés d'une tête frappée contre le mur. Le Désir où se dissout la volonté menacée, ne défend plus les pouvoirs d'une volonté, mais a son centre hors d'elle-même, comme la bonté à laquelle la mort ne peut enlever son sens. Il nous faudra le montrer, en dégageant, en cours de route, l'autre chance que la volonté saisit dans le temps que lui laisse son être contre la mort : la fondation des institutions où la volonté, par-delà la mort assure un monde sensé, mais impersonnel.